PROVINCE SainT DOMINIQUE

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Dominicans of Canada

cornerJurassic Park et la dernière Cène

Conférence donnée au "The Tablet Open Day", Londres, Juin, 1994

fr. Timothy Radcliffe, o.p.

 

Timothy Radcliffe, o.p.L'an dernier, j'ai eu à m'adresser à l'Union des supérieurs majeurs (les responsables d'ordres religieux) pour une causerie de dix minutes sur les difficultés particulières que rencontrent dans leur mission les religieux en Occident. Tâche quasi impossible! Que peut-on dire en dix minutes? J'ai alors été voir le film Jurassic Park et il m'est apparu clairement que cette histoire nous donne une excellente image du monde dans lequel nous avons aujourd'hui à vivre notre foi. Ce film est un des plus grands succès de l'histoire du cinéma.

À un certain moment, en Italie, il était donné dans un cinéma sur trois et, en France, le ministre de la Culture a déclaré qu'il était un danger national. Dans les stations service on peut acheter des biscuits pour les enfants en forme de dinosaure. Pourquoi un tel succès ? Certainement parce que chaque culture se nourrit d'histoires, de récits qui façonnent notre perception du monde et de nous-mêmes - qui nous disent ce que c'est que d'être un homme; et voici une histoire dans laquelle des millions de gens se retrouvent - peut-être sans bien s'en rendre compte. Mais nous, les chrétiens, prétendons vivre d'une autre histoire, que nous nous remémorons et revivons en nous réunissant tous les dimanches : l'histoire de la dernière Cène, l'histoire d'un homme qui a réuni ses amis pour partager un repas avec eux, et qui leur a donné son corps et son sang - sa propre personne. C'est cette histoire, plus que toute autre, qui devrait façonner nos vies et la conscience que nous avons de nous-mêmes. Ainsi, vouloir être un chrétien, ce n'est pas juste vouloir être bon. D'ailleurs, rien ne permet d'affirmer que les chrétiens soient, dans l'ensemble, meilleurs que les autres et Jésus n'a pas appelé les saints mais les pécheurs. Vouloir être chrétien, c'est plutôt accepter de fonder son existence sur une histoire que certains de nos contemporains trouvent très bizarre et qui propose une autre vision du monde, une autre façon d'être homme. Je voudrais ce soir évoquer quelques différences entre ces deux histoires.

Je suppose que la plupart d'entre vous ont vu Jurassic Park. Vous y avez probablement emmené vos enfants, en prétendant que c'était juste pour leur faire plaisir, mais vous y avez trouvé vous-mêmes beaucoup de plaisir. Pourtant, juste au cas où vous ne l'auriez pas vu, je vous le raconte. Un millionnaire (Richard Attenborough) utilise une expérimentation sur l'ADN pour ramener des dinosaures à la vie. Il crée une réserve mésozoïque où les dinosaures sont en liberté. Malheureusement, certains s'échappent et se mettent à tuer des visiteurs. Alors les humains se sauvent et désertent l'île et sa jungle. Cela vous semble peut-être n'avoir que peu de rapports avec la vie dans les banlieues londoniennes - ou alors les choses ont vraiment beaucoup changé depuis que je suis parti pour Rome! - mais à mon avis, cela rejoint des éléments importants de notre culture contemporaine.

Violence

Le premier élément que je voudrais souligner est tout à fait banal. Jurassic Park nous parle d'un monde de violence, de troupeaux de dinosaures sillonnant la campagne et dévorant tout ce qu'ils rencontrent. C'est une violence à laquelle l'homme ne peut répondre que par une nouvelle violence.

Notre autre histoire, celle de la dernière Cène, est aussi une histoire de violence : la violence infligée à Jésus, et qu'il assume " comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir. II n'ouvrait pas la bouche " (Is 53, 7).

J'ai récemment demandé à un groupe de dominicaines et de dominicains américains ce qu'ils considéraient comme la question numéro 1 posée à notre prédication, ils ont répondu sans hésiter que c'était la violence.

Dans les derniers mois, j'ai été au Rwanda, au Burundi, en Haïti, en Angola, en Croatie et à New York. Partout, j'ai été confronté à la violence d'une grande partie du monde dans lequel nous vivons. Je suppose que l'histoire humaine a presque tout le temps été violente et, à part les horreurs des deux dernières guerres, la nôtre n'a pas été sensiblement pire. Bien des société du passé ont exalté la violence. Je crois que la nôtre en fait autant, quoique de manière moins explicite et plus subtile.

Jurassic Park nous offre la réanimation d'une jungle darwinienne, où les animaux luttent pour survivre. Les plus faibles n'y réussissent pas et meurent; leur race s'éteint, comme celle des dinosaures. La compétition violente pour un territoire et de la nourriture appartient au processus vital qui est à l'origine de notre existence. La lutte brutale pour la vie est le berceau de notre naissance. En fin de compte, nous laisse penser le film, la violence porte du fruit. Mais la théorie darwinienne de l'évolution (que je ne puis prétendre avoir étudiée) m'intéresse à titre de symptôme : elle témoigne d'un profond changement, depuis environ deux cents ans, dans notre façon de comprendre ce que c'est qu'être homme. Elle représente le surgissement d'une conviction : à savoir que toute société humaine ne fonctionne et ne se développe que par une lutte sans merci entre des individus, chacun à la poursuite de son propre intérêt. On trouve dans notre langage bien des traces de la métaphore de la survie du plus apte, de la vie conçue comme une jungle darwinienne.


Ainsi Sumner, économiste de Yale, a-t-il écrit que " les millionnaires sont un produit de la sélection naturelle... On peut, à juste titre, les considérer comme des agents de la société, naturellement sélectionnés pour certaines tâches ".

C'est Mandeville, au XVIIIe siècle, avec sa petite parodie intitulée la Parabole des abeilles, qui nous fournit l'un des premiers témoignages du sérieux glissement qui s'est opéré dans notre façon de comprendre la société humaine. Selon lui, la convoitise, l'envie, l'orgueil, tous les vices traditionnels pourraient bien, en réalité, être très utiles. Ce serait grâce à eux que le monde tourne rond et que la société humaine est florissante : vices privés, peut-être, mais vertus publiques. La concurrence effrénée est un comportement qui a déjà un long passé derrière lui. C'est cette façon-là de comprendre ce qu'est un homme qui fait de nos cités des " Jurassic Parks " urbains, des jungles citadines pleines de violence, où les faibles sont écrasés.

Notre histoire, celle de la dernière Cène, en représente une radicale mise en question, et pas seulement parce qu'on y voit un homme qui subit la violence et refuse de l'exercer à son tour. Elle propose une image entièrement différente de ce que c'est qu'être un homme. Il nous offre son corps. C'est la Nouvelle Alliance, notre refuge et notre demeure. Le sens de notre vie n'est pas donné dans la quête de notre intérêt propre, mais dans l'acceptation d'un don de communion.

On a souvent dit - et la plupart d'entre nous en conviendraient sans doute - que ce qui est difficile ici, c'est de briser la fascination qu'exerce une image finalement nuisible et destructrice de l'être humain : un être humain qui est à jamais une monade solitaire en quête de son intérêt personnel. Nous sommes la chair les uns des autres; cette communion trouve sa parfaite réalisation dans cette chair que le Christ nous donne - son propre corps. Notre quête est fondamentalement celle du bien commun. Le problème qui se pose à l'humanité est de savoir comment échapper à l'emprise de ce mythe trompeur. Comment faire - Comme l'a écrit David Marquand dans son The Unprincipled Society (La Société sans principes) : " Comment une société en miettes peut-elle retrouver son unité ? Comment une culture imprégnée d'un individualisme égoïste peut-elle recréer les liens de la communauté ? Si l'on admet que l'obstacle majeur au nécessaire réajustement économique et politique est le type de bon sens qui a prévalu depuis près de 200 ans, comment redéfinir le bon sens ? " (The Unprincipled Society : New Demands on Old Politics, Glasgow, 1988, p. 288.)

Le récit de la dernière Cène peut rompre les entraves de notre imagination. C'est l'histoire d'une communauté brisée, en miettes. L'homme qui en est le coeur va être trahi et renié. Tous ses amis vont se disperser. C'est l'histoire de la naissance d'une communauté où l'aliénation sous toutes ses formes, la trahison et même la mort sont abolies. Une histoire qui nous apporte l'espoir.

Paroles

Au coeur de l'action de Jésus, il y a une parole puissante - des mots qui ont le pouvoir de transformer; ceci est mon corps, je vous le donne. Il dit une parole. Dans Jurassic Park, les mots ne sont pas très importants. On y entend beaucoup de grondements, de grognements, et le bruit des os broyés, mais a-t-on envie de bavarder avec un Tyrannosaurus Rex ? Un Russe ou un Chinois pourrait, sans perdre grand-chose, voir le film en version originale. Cette différence n'est pas négligeable. Il me semble que l'une des manières d'édifier une société humaine et d'échapper au piège de l'individualisme égoïste est de retrouver la révérence due aux mots, de redécouvrir que la parole a le pouvoir de construire et de soutenir une communauté. Nous sommes des êtres humains, et c'est parce que nous pouvons nous parler que nous sommes solidaires les uns des autres. Une société où l'on méprise la parole est une société en désintégration. Lorsque je me trouvais à San Salvador, j'ai été voir, à l'Université, la pièce où les Jésuites ont été abattus; les meurtriers ont également tiré sur leurs livres. On voit un exemplaire du Dictionnaire théologique du Nouveau Testament de Kittel, ouvert à l'article sur l'Esprit saint, source de toute sagesse, et dont la page est entièrement déchiquetée par les balles. Je repense à la bibliothèque d'un prêtre de Haïti dont tous les livres avaient été déchirés et saccagés. Je repense à un petit village à la frontière entre Croatie et Serbie, rasé jusqu'au sol. Les tombes du cimetière avaient été ouvertes, les corps, jetés tout autour et, dans l'Église, le missel avait été déchiré et souillé d'obscénités. Tout cela exprime la même haine des mots et la même crainte devant leur pouvoir.

Lorsque je fais escale en Angleterre au milieu de mes voyages, pour me remettre du décalage horaire et laver mes affaires, je ne trouve pas mention dans la presse de membres du Parlement faisant irruption les uns chez les autres et saccageant la bibliothèque de leurs adversaires - mais j'ai le sentiment que nous nous lançons facilement des mots à la tête, sans bien penser aux conséquences, comme des enfants qui joueraient aux cow-boys et aux Indiens sans se rendre compte qu'ils tiennent de vrais fusils. C'est comme si nous avions oublié que parler est un acte moral, qui exige un sens extrême de la responsabilité. Je ne puis m'empêcher d'être abasourdi quand je vois la différence entre ce qu'on disait de John Smith' avant et après sa mort. Est-ce que tout cela n'était que des " paroles verbales " ? L'une des causes de la profonde crise sociale que nous vivons est que nous avons perdu confiance dans l'idée que les mots disent vraiment la réalité des choses. Nous avons perdu cette profonde vénération qu'exprimait saint Augustin pour " les mots, ces précieux réceptacles du sens ".

Le livre de la Genèse nous dit que la vocation d'Adam fut d'appeler les choses par leur nom. Dieu a fait Adam pour qu'il l'aide dans son oeuvre de création; Il lui montrait un lion, ou un lapin, et Adam lui donnait son nom; il savait de quoi il s'agissait et pouvait donc aider Dieu à faire surgir du chaos un monde de sens. Les noms qu'il donnait n'étaient pas des étiquettes collées arbitrairement sur les choses, comme s'il avait pu aussi bien nommer le lapin lièvre. Ils participaient au pouvoir qu'a la Parole divine d'amener à l'être, d'amener à la lumière. Parler, utiliser des mots, est presque une vocation divine. Cela nous donne pouvoir de vie et de mort, comme Dieu. C'est quelque chose de religieux.

La violence de notre société imprègne notre langage. Vaclav Havel, président de la République tchèque, a opposé les paroles de Salman Rushdie aux paroles de l'Ayatollah Khomeini : " des mots qui ont un effet magnétique sur la société par leur vérité et leur liberté, sont mis en face de mots qui hypnotisent, qui trompent, qui excitent, qui rendent fou, qui ensorcèlent, des mots nocifs, mortels même. La parole changée en flèche'. " (Cité par The Independent, 9 décembre 1989, p. 29.)

George Steiner écrit : " Il en va des mots comme des particules en physique : il y a la matière et l'antimatière. La construction et l'annihilation. Lorsqu'ils se trouvent face à face, en train de se parler, parents et enfants, hommes et femmes sont en situation d'extrême danger : un mot peut endommager une relation humaine, peut noyer l'espoir dans la boue. Les lames de la parole sont plus tranchantes que celles des couteaux. Et pourtant, ce même outil, lexical, syntaxique, sémantique, est aussi instrument de révélation, d'extase, il permet la merveille d'une compréhension qui est communion'. " (Real Presences : Is There Anything in What We Say?, Londres, 1989, p. 58.)

Une soeur dominicaine de Taiwan m'a parlé d'une petite fille qui portait un enfant sur le dos. Quelqu'un lui dit : " Mon enfant, tu portes une charge bien lourde! " Et elle de répondre : " Ce n'est pas une charge, c'est mon petit frère que je porte. " Un mot qui transforme.

Les tenants du politiquement correct sont dans le vrai, mais à tort : ils ont bien compris que les mots que nous utilisons sont très importants, car nos mots peuvent être des épées meurtrières. Mais la communauté humaine ne peut retrouver la santé simplement parce qu'on lui interdit l'usage de certains mots. Comme l'écrit Robert Hughes dans The Culture of Complaint (Une culture de la protestation) : " Nous souhaiterions créer une sorte de Lourdes linguistique, où le mal et le malheur seraient supprimés par un plongeon dans les eaux de l'euphémisme. " Et il rappelle qu'on n'efface pas l'horreur de la mort simplement en décidant que désormais on ne parlera plus de " cadavre " mais d'une " personne sans vie " , comme le propose le New England Journal of Medecine (un cadavre obèse, précise-t-il, devient une personne sans vie aux mensurations inhabituelles). Les administrateurs de l'université de San Francisco à Santa Cruz avaient tort de croire que l'on peut vaincre le racisme en bannissant certaines expressions comme " rire jaune " ou " manger la grenouille " (Il faut se rappeler qu'en anglais, les Français sont parfois appelés frogs par dérision. Les expressions du texte original, sans équivalent littéral en français, peuvent être entendues comme une allusion voilée aux Japonais (there is a nip in the air) ou aux Chinois (a chink in one's armour)) sous prétexte que dans certains contextes, elles pourraient sembler avoir des relents racistes.

Ce n'est pas en interdisant les mots déplaisants que nous réussirons à établir une communion et à panser les plaies, mais en utilisant les mots qui créent la communion, qui accueillent l'étranger, qui comblent les distances. Au coeur de notre histoire de la dernière Cène, il y a un homme qui prononce les mots capables de donner vie à une communauté : " Ceci est mon Corps, je vous le donne ". Et si la doctrine de la Présence réelle - que ces mots soient réellement capables d'opérer une transformation en profondeur - semble stupide et absurde à nombre de nos contemporains, c'est sûrement parce que nous avons oublié quelle peut être la force des mots. Il faut relire ce qu'écrivait Emily Dickinson :

" Quelle lèvre mortelle pourrait pressentir
Ce que contient en puissance Une syllabe proférée,
sans défaillir sous le poids ? "

Les mots de la consécration, prononcés par le Christ, dévoilent ce à quoi tout langage humain aspire : la grâce parachevant la nature. Lorsqu'aux temps anciens, les moines d'Irlande s'enfuirent vers la côte, ils emportèrent avec eux les textes des Évangiles, qu'ils copiaient et recopiaient, ornaient et traitaient avec révérence. Ils fondèrent des communautés qui gardèrent vivante cette révérence pour les mots sacrés. Peut-être sommes-nous appelés à former des communautés capables de traiter avec révérence le langage, les mots porteurs de vérité, les mots constructeurs de communion. Si l'Église doit être un lieu où l'on peut retrouver en profondeur le sens de ce que c'est qu'être homme - des gens dont l'identité la plus profonde est d'être-avec-les-autres -, alors nous devons, avant tout, former une communauté où les mots sont utilisés avec révérence et de manière responsable.

Cela signifie que nous devons être une communauté où l'on ose débattre, discuter, chercher dans le dialogue une vérité dont nous ne pourrons jamais être les maîtres. Bien souvent, dans cette Église que nous aimons, on a peur du débat. Je ne veux pas dire des désaccords : il y a toutes sortes de clameurs exprimant bruyamment des désaccords. Je veux parler de cette lutte ardue de deux personnes qui cherchent à s'éclairer mutuellement, de ces discussions dans lesquelles on s'oppose à l'autre avec d'autant plus de passion qu'on est animé du désir de s'enrichir de son point de vue.

Dans la Somme, saint Thomas part toujours des objections de ses opposants. Non pas pour leur prouver qu'ils ont tort, mais pour découvrir en quel sens ils peuvent avoir raison. Nous combattons avec nos opposants comme Jacob avec l'ange, de manière à pouvoir demander une bénédiction. La révérence pour les mots implique l'humilité devant la vérité et devant l'autre. Nos mots dans l'Église comme dans la vie sociale, sont souvent lourds d'arrogance.

Je voudrais citer une dernière fois Havel : " Tous ensemble, nous devrions lutter contre les mots arrogants et garder un oeil vigilant pour l'arrogance insidieuse dont les germes se glissent dans des mots apparemment pleins d'humilité. A l'évidence, il ne s'agit pas juste d'une tâche linguistique. La responsabilité envers les mots est fondamentalement une tâche éthique. Comme telle, elle échappe d'ailleurs à l'horizon du monde visible pour rejoindre le monde où réside la Parole qui était au commencement, et qui n'est pas de l'Homme. "

Pardon

Quand nous nous réunissons, le dimanche, pour écouter à nouveau notre récit de fondation, les mots puissants que nous entendons sont des paroles de pardon, qui parlent du sang répandu pour le pardon de nos péchés. Une parole qui guérit et absout. Il y a pourtant, au coeur de notre culture, une résistance profonde à la notion de pardon. Elle vient en partie, me semble-t-il, de l'idée selon laquelle les gens qui s'intéressent beaucoup au pardon - notamment les catholiques - souffriraient d'une obsession malsaine concernant le péché. Cela n'est absolument pas le catholicisme dans lequel j'ai été élevé, marqué par l'influence bienveillante des Bénédictins. Plus radicalement, je me demande si, en réalité, notre culture ne se méfie pas du pardon parce que nous ne sommes pas convaincus que ce soit une bonne chose. N'y aurait-il pas, dans la culture contemporaine, l'idée qu'en dehors de la sphère strictement personnelle et privée, le pardon est nuisible, voire même dangereux ? S'il y avait trop de pardon, notre société se déliterait. Comme le beurre, ou le chocolat, ou d'autres bonnes choses, il faut le consommer avec une stricte modération.

Et pourtant c'est un élément central de notre foi. Il est vrai qu'après Dresde et Hiroshima, après Dachau et Auschwitz, on peut être réticent devant une notion trop facile du pardon. Comme si on pouvait tout simplement oublier de telles horreurs. Mais notre réticence est peut-être plus profonde encore et nous en trouvons des indices dans Jurassic Park. Dans la jungle darwinienne, il ne peut y avoir de pardon. La conséquence nécessaire de la faiblesse et de l'échec est l'extinction. Et il est heureux qu'il en aille ainsi, sinon il n'y aurait pas d'évolution. Nous autres, êtres humains, sommes le résultat d'un processus inflexible d'annihilation d'espèces innombrables qui n'ont pu s'adapter; et cela a mené à nous. C'est une histoire sans pardon qui est à l'origine de notre humanité. Dans Jurassic Park, les dinosaures sont sauvés de l'annihilation, et l'on constate bien vite que c'est une lourde erreur. Il aurait mieux valu laisser leur ADN emprisonné dans les gouttes d'ambre.

Je ne peux vraiment pas prétendre m'y connaitre en économie. Prieur, je me suis bien vite trouvé perdu dans les explications qui m'étaient données en anglais sur les comptes. Maintenant que je vis à Sainte-Sabine, à Rome, et que les explications me sont données en italien, je suis dans le noir complet. Mais j'ai dans l'idée que l'image de la survie du plus apte opère ainsi, hors de toute notion de pardon, dans une bonne part de notre économie et de notre politique; l'une des fonctions d'un gouvernement est justement de supprimer tout ce qui masque et protège les industries mal adaptées. Il ne faut pas de pardon. Les faibles doivent périr et la pitié est chose dangereuse. Je me rends bien compte que je simplifie à outrance et qu'en réalité, nous ne travaillons pas sans filet; nous rêvons d'une économie de marché sociale, d'un capitalisme bienveillant, et pourtant cela rejoint, dans la sensibilité contemporaine, quelque instinct fondamental.

Notre culture contemporaine est volontiers sans merci. Un des plaisirs de mon existence errante - soixante pays en deux ans! - est de trouver un journal anglais. Il est parfois vieux de plusieurs semaines, pourtant je me jette dessus comme un homme affamé. Mais je m'afflige d'y lire si souvent dénonciations et accusations. La méthode habituelle pour parvenir à la vérité semble être le scandale, le dévoilement des péchés de quelqu'un. Certes, tout cela est fait au nom de la moralité, pour un retour aux valeurs fondamentales. Mais on peut se poser la question : finalement, qu'est-ce qui est dévoilé ? Qu'est ce qui est mis à nu et révélé ?

Seule une attention patiente permet de pénétrer la vérité d'autres êtres humains, avec leurs vices et leurs vertus, leur méchanceté et leur bonté. Il faut les écouter attentivement et les laisser se dévoiler. La vérité n'est pas donnée dans la mise à nu brutale, mais dans un moment de révélation. Elle a besoin de tendresse, pas de dénonciation. Pour y voir clairement, il faut de la compassion, et même de l'amour. Thomas d'Aquin nous a appris que la vérité et la beauté se rejoignent.

Le journaliste qui a un scoop me fait penser à Pompée, prenant d'assaut le temple de Jérusalem et exigeant de voir ce que cachait le voile du Saint des Saints. Il l'arrache et s'écrie : " Mais il n'y a rien, rien du tout! " Il n'y avait rien qu'il puisse voir. Le pardon, dans la dernière Cène, n'est pas d'abord une question d'oubli. Il ne vient pas nous rassurer avec l'idée que notre Dieu veut bien ignorer nos fautes, regarder de l'autre côté. C'est un acte radicalement créateur, une guérison. Dans notre tradition, le pardon est ce moment de création pure, dans lequel Jésus est ressuscité des morts. Ce n'est pas ce qui nous permet d'oublier. Cela rend la mémoire possible. C'est le mystère d'un Dieu qui, selon l'image médiévale, fait que le bois mort de la croix bourgeonne et se couvre de fleurs; un Dieu de fertilité qui fait refleurir nos vies mortes. Nos deux histoires, Jurassic Park et la dernière Cène, diffèrent profondément dans leur façon de percevoir la création. Dans la première, les hommes sont créés selon un processus inflexible qui détruit les faibles. Dans la seconde, il y a une parole créatrice, qui guérit et rachète, qui nous restaure dans notre intégrité.

Les héros, dans Jurassic Park, sont les dinosaures. Ils sont, bien sûr, des victimes; ceux qui avaient été condamnés par l'évolution. Ce sont des héros qui conviennent à notre culture, où la victime a souvent statut de héros. La colère et l'amertume des victimes d'abus, d'injustices ou de mauvais traitements s'enracine dans le sentiment que rien ne peut jamais être fait pour guérir leurs blessures. Les victimes se sentent condamnées à jamais à en subir les effets. Évoquer seulement la possibilité d'un pardon reviendrait à banaliser leur souffrance et à augmenter leur colère. Tout ce qu'on peut faire, c'est chasser le coupable. Il n'y a que la croyance en un Dieu d'absolue fécondité, un Dieu qui a fait tout à partir de rien et a relevé Jésus d'entre les morts, qui puisse nous donner le courage de penser à ceux que nous avons blessés, ou à ceux qui nous ont fait du mal, et d'espérer le pardon.

Dans la dernière Cène, le pardon n'est pas juste une absolution privée, c'est la naissance d'une communauté. Ce n'est pas juste le don de la paix intérieure, personnelle, c'est la paix vécue ensemble. C'est comme cela que ça se passait en Europe où le sacrement de la réconciliation était le sacrement de la guérison de la communauté - un événement public jusqu'à ce que le concile de Trente invente le confessionnal.

C'est au Burundi l'année dernière, durant les massacres, que j'ai été témoin d'un des exemples les plus émouvants de ce pardon partagé. Le conflit entre Hutus et Tutsis qui a ensuite décimé le Rwanda avait déjà commencé au Burundi. Nos frères, qui appartenaient aux deux groupes ethniques, avaient tous perdu des membres de leur famille. C'était, pour eux, un temps de profonde souffrance. Comment faire pour construire et maintenir une communauté religieuse dans laquelle vivaient ensemble des ennemis ancestraux ? Cette question était notre toute première priorité. Je parcourais le pays en compagnie du responsable de notre conseil général pour l'Afrique, qui est Hutu, et du supérieur local, qui est Tutsi. Nous ne vîmes presque personne, sinon les habituelles bandes armées traquant leurs ennemis. Visitant les camps de réfugiés, nous y avons rencontré des parents de nos frères et de nos soeurs. Il était d'une importance capitale qu'ils acceptent de rencontrer ces deux frères, le Hutu et le Tutsi ensemble. Ce fut le premier geste de réconciliation et de pardon mutuel. Puis avant que je quitte la capitale, Bujumbura, nous nous sommes réunis et avons essayé de nous parler. Chacun dut écouter, dut entendre, non pas des dénonciations et des accusations, mais le récit de ce que les autres avaient eu à endurer; de telle sorte qu'ils ne deviennent pas des étrangers mais puissent demeurer des frères. C'est peut-être là le plus extraordinaire moment d'attention, d'écoute d'un autre qui semblait appartenir à un autre univers, qu'il m'ait été donné de vivre. Ce fut un moment de profond silence -le genre de silence qui accompagne des mots difficiles à prononcer, difficiles à entendre. Le pardon, ici, n'est pas une amnésie, mais l'impossible don de communion.

Fatalisme

Je voudrais encore faire ressortir un dernier contraste entre Jurassic Park et la dernière Cène - contraste qui est profondément lié à la possibilité même de pardon. Il s'agit des différentes façons de comprendre la liberté qu'impliquent nos deux histoires. Jurassic Park est une sorte de parabole, comme l'était l'histoire de Frankenstein, sur l'échec de notre culture scientifique à réaliser son rêve de tout maîtriser. C'est l'histoire d'une perte de contrôle, d'un échec de la liberté. C'est tout à fait explicite dans le livre, lorsque la cabine de contrôle du parc tombe en panne et que tous les dinosaures peuvent sortir. Le héros prend un instant de réflexion, alors qu'on est sur le point de sombrer dans le chaos, et s'écrie : " Depuis Newton et Descartes, la science nous a explicitement donné l'image d'une maîtrise totale. Elle a prétendu avoir le pouvoir d'arriver à tout maîtriser, grâce au fait qu'elle comprenait les lois de la nature. Mais, au XXe siècle, cette prétention a été anéantie, définitivement'. > Finalement, la seule liberté laissée à nos héros est la liberté de s'enfuir, d'échapper au gâchis qu'ils ont créé. Cela nous incite à attendre Jurassic Park 2 avec impatience. Cette liberté, la liberté de rester indépendant, de n'être pas solidaire, est bien celle de notre homme moderne, cet être isolé et solitaire, pour qui être solidaire, c'est se laisser piéger.

Bien des choses extraordinaires sont arrivées ces derniers temps; on a obtenu des libertés inespérées. Nous avons vu s'écrouler le mur de Berlin; Nelson Mandela devenir président d'Afrique du Sud. Peut-être même va-t-on vers la paix au Proche-Orient. Pourtant, en dépit de tout cela, nous sommes tentés par un certain fatalisme désabusé. Nous avons parfois le sentiment que nous ne pouvons absolument rien faire pour surmonter la pauvreté croissante, la cruauté et la mort. C'est ce dont parle Havel comme de l' " incapacité générale de l'homme moderne à maîtriser sa propre situation ". Peut-être ce fatalisme n'est-il pas dû uniquement au fait que la science n'a pas réussi à fournir toutes les réponses. Dans The Culture of Contentment (La Culture de la satisfaction), l'économiste américain John Kenneth Galbraith affirme que notre système économique implique ce genre de fatalisme, que, depuis deux siècles environ, notre politique a été profondément influencée par une philosophie du laissez faire. Cela signifie qu'interférer avec le marché ne peut qu'être nuisible. Nous devons laisser le marché se développer selon ses propres lois et tout ira bien. " La vie économique peut trouver en elle-même la solution à ses problèmes et faire en sorte que finalement tout s'arrange pour le mieux. " C'est une philosophie qui nous encourage tous à vivre dans le court terme; car, comme l'a dit Keynes, " à long terme, nous serons tous morts ". (The Culture of Contentment, Londres, 1992, p. 79.)

La dernière Cène nous offre justement la liberté face à la mort, cette perspective à court ou à long terme. Elle nous offre le souvenir d'un homme destiné à la mort. Il est nécessaire - c'est là un des maîtres mots de l'Évangile de Marc - que le Fils de l'homme soit livré, pour souffrir et mourir. C'est son destin. Et pourtant, face à l'anéantissement, la nuit avant qu'il soit livré, il accomplit un acte de folle liberté. Il prend sa souffrance et sa mort, il s'empare de son destin et en fait une offrande : " Ceci est mon corps, je vous le donne. " Le destin est transfiguré en liberté. Et la forme que cela prend est exactement l'inverse de ce qui se passe dans Jurassic Park : il refuse d'échapper aux disciples qui vont le renier et le trahir. Il se remet entre leurs mains. Il les laisse faire de lui ce qu'ils veulent. C'est une liberté tout à fait différente de celle des héros de Jurassic Park, qui échappent à la furie des dinosaures en fuyant dans leur avion. C'est la liberté de se montrer solidaire. Et c'est la plus profonde liberté qui soit car, en dépit de ce que nous pensons souvent, nous sommes la chair les uns des autres, nous ne pouvons nous en sortir tout seuls.

Être libres de nous échapper c'est fuir notre nature profonde. Si vous me demandiez ce que j'ai appris de plus important, durant ces années comme Maître de l'Ordre, toujours entre deux aéroports, je dirais que j'ai appris un tout petit peu ce qu'implique cette liberté d'être solidaire. Ce que j'ai vu c'est tant d'hommes et de femmes, très souvent des religieux mais aussi, souvent, des laïcs, qui ont osé s'emparer de cette liberté-là, qui ont osé faire don de leur vie, en faire une offrande. J'ai appris une petit peu mieux ce que signifie célébrer l'Eucharistie.

Je viens de rentrer d'Algérie, où les frères ont décidé de rester, comme un signe d'espoir et d'une communion à venir, en dépit des menaces de mort proférées par les fondamentalistes islamistes. Pour eux, chaque Eucharistie est célébrée face à la mort.

Je repense à un jour, au nord du Rwanda, dans la zone des combats; c'était avant les événements présents. J'avais visité un camp abritant trente mille réfugiés. J'y avais vu des femmes essayant en vain de nourrir des enfants qui avaient renoncé à faire l'effort de vivre. J'avais visité l'hôpital tenu par les soeurs; service après service, j'y avais vu des enfants et des adolescents aux membres arrachés. Je me rappelle particulièrement un enfant, huit ou neuf ans, avec les deux jambes arrachées, et un bras, et un oeil, et son père, assis près de lui, qui pleurait. Nous sommes rentrés chez les soeurs; il n'y avait rien à dire. Pas un mot qu'on puisse ajouter. Mais nous avons pu célébrer l'Eucharistie, nous avons pu nous rappeler la dernière Cène. C'était la seule chose à faire, et qui pouvait donner aux soeurs le courage de rester, le courage d'être solidaires.

Pour conclure, comment briser le pouvoir, la fascination qu'exerce cette image de l'homme, qui tient notre humanité captive ? Comment allons-nous nous libérer de ce nouveau mythe, qui fait de nous des êtres solitaires, chacun à la poursuite de son propre intérêt, en une compétition effrénée ? Comment arriverons-nous, pour reprendre les mots de Marquand, à redéfinir ce qui a été le bon sens durant ces deux cents dernières années ? À comprendre que nous sommes frères et soeurs, enfants d'un même Dieu et frères dans le Christ, faits de la même chair et incapables de nous épanouir seuls ?

En vérité, le tréfonds de notre nature humaine n'est pas la convoitise et l'égoïsme, c'est la faim et la soif de Dieu, un Dieu en qui nous nous trouverons les uns, les autres. Si l'on en croit Alasdair McIntyre, nous devrions suivre l'exemple de nos ancêtres lointains, et former des petites communautés locales " où la vie morale pourrait se maintenir, de sorte que le sens moral aussi bien que le sens civique pourraient survivre à l'époque prochaine de ténèbres et de barbarie' ". (After Virtue, Londres, 1981, p. 244.) Il n'est pas douteux que l'une des façons de témoigner de ce que c'est qu'être un homme est de se réunir en petites communautés locales pour revivre l'histoire de la dernière Cène, avec son mystère de liberté et de pardon. En Angleterre, certaines de ces petites communautés sont nommées paroisses. Elles prennent bien des formes diverses à travers le monde. Dans ces communautés, nous devrions être nourris de la certitude que le bien que nous recherchons n'est pas notre satisfaction personnelle mais le bien commun. Mais ces communautés ne devraient pas être des petits groupes repliés sur eux-mêmes, des bandes de copains. Cela, je ne pourrais pas m'y faire. Non! Il nous faut entretenir le sens d'une appartenance plus vaste, goûter notre communion avec tous les hommes, les saints et les pécheurs, les vivants et les morts.

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Notre mission

Nos Constitutions définissent notre mission de la manière suivante :

L’Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique fut, on le sait, dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes.

Notre mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus-Christ par la parole et par l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection.

 

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