La vie Dominicaine aujourd’hui

Charisme

Fondé en 1216, l’Ordre dominicain inaugure son huitième centenaire. Aujourd’hui, tout comme au tout début de cette aventure missionnaire audacieuse initiée par saint Dominique de Guzman, notre zèle se fonde dans notre passion d’ouvrir aux hommes des chemins de vie, de vérité et de liberté, par la parole. C’est la vocation de l’Ordre des Prêcheurs dès l’origine d’oeuvrer pour le “salut des âmes” par la prédication, de proclamer l’Evangile.

L’amour pour la prédication est le signe distinctif de toutes les branches de notre Ordre, communément appelé dominicain. Nous découvrons aujourd’hui de plus en plus l’importance de sa dimension de famille où des femmes et des hommes, des laïcs et des clercs, peuvent être unis pour collaborer à la mission évangélique, en appartenant à des communautés où ils sont égaux, respectueux des différences mais unis par la foi. Nos efforts, pour croître comme famille, sont eux-mêmes des aspects réels de notre prédication.

Cette tâche commune de la prédication est l’offre de l’expérience d’un Christ qui est vivant, qu’il est possible de rencontrer et à qui on peut parler. Elle nous impose l’obligation d’écouter la voix, les yeux et le coeur de ceux qui se sont approchés de l’apôtre Philippe en lui demandant : “Nous voulons voir Jésus” (Jn 12, 21), et qui sont aujourd’hui les cris d’un grand nombre dans le monde. La réponse de Dominique et une des clés de son succès comme prédicateur furent sa façon de vivre. Ce qui attire les gens vers le Christ Jésus, ce n’est pas tellement ce que nous disons, mais ce que nous sommes. C’est pourquoi notre prédication ne remplit totalement sa tâche que si les plus pauvres peuvent reconnaître Jésus en nos communautés. L’évangile que nous prêchons est la Bonne Nouvelle aux pauvres. En engageant notre vie avec eux, nous devenons destinataires de leur Évangile. Pour aller à leur rencontre, elle nous invite, non pas à un engagement dans une activité pastorale locale, mais à une mobilité apostolique. C’est pourquoi Dominique a voulu prêcher dans la pauvreté itinérante selon le modèle évangélique.

Notre charisme à l’intérieur de l’Église est d’exercer, en collaboration avec le ministère des évêques, la prédication dans sa dimension prophétique, de façon collégiale, communautaire. Il est un rappel constant pour toute l’Église de l’importance de la prédication. Notre travail théologique, sur lequel prend appui notre prédication, veut déchiffrer sans cesse et ensemble la Parole de Dieu et l’expérience humaine. Il nous oblige, comme congénitalement, à faire du neuf, à apporter une réponse adaptée, pour qu’il n’y ait rien de vraiment humain qui ne trouve un écho dans notre coeur et dans notre parole. Cette caractéristique prophétique de l’Ordre fait que notre quête intellectuelle garde le secret d’une liberté intérieure, celle de la foi qui est adhésion à une personne vivante, Dieu lui-même, et qui ne doit qu’à elle l’hommage de son obéissance. Cette liberté de l’esprit conjointe à la liberté de déplacement ne sont pas accidentelles mais un libre propos délibéré de Dominique. C’est ainsi que, toujours vécue dans la communion avec l’Église, notre prédication itinérante communautaire et prophétique se donne comme proclamation joyeuse aux hommes de la Parole de Dieu vivante et vivifiante.

(Sources : Tugwell, Simon. Saint Dominique. Éditions du Signe, 1996. Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les frères prêcheurs autrement dits dominicains. Le Sarment / Fayard. 1997).

Frère coopérateur

L’Ordre de Frères Prêcheurs, par définition, est un ordre de clercs, mais il a toujours accueilli des frères qui n’aspiraient pas à l’ordination presbytérale. On les appelait les frères convers. « Après le concile Vatican II, les frères convers dominicains ont reçu dans les Constitutions, et sans l’avoir tellement demandé, le nom de coopérateurs. Leur vocation est plutôt celle du service silencieux, et on pourrait les comparer à ces poutres invisibles ou ces piliers souterrains qui permettent à une communauté, à une maison, de se tenir debout sans qu’on voie très bien à qui on est redevable de ce miracle quotidien. » (Bedouelle, Alain; Quilici, Alain. Les frères prêcheurs autrement dits Dominicains, Fayard, 1997, p. 265.)

Aujourd’hui, ces frères ne sont plus confinés exclusivement aux tâches liées à l’entretien de nos couvents. Ils peuvent s’engager dans la société et dans l’Église, et mettre à profit leurs talents au service d’une unique mission, l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ sous toutes ses formes.

Étudier

Le prologue des Constitutions primitives affirment ce qui suit au sujet de l’étude dans notre Ordre : “Notre étude doit viser principalement, ardemment et avec le plus grand soin à ce que nous puissions être utile à l’âme du prochain”. L’étude tient une grande place dans la vie dominicaine. Elle en est un des piliers. Saint Dominique fait rupture avec la tradition monastique et remplace le travail manuel, source de revenus autant que d’équilibre personnel par le travail intellectuel. La lectio divina s’amplifie en travail théologique.

“L’étude assidue nourrit la contemplation, favorise la mise en oeuvre des conseils (i.e. des voeux) avec une fidélité lucide, constitue une forme d’ascèse dans sa persévérance même et sa difficulté, et par excellence appartient à l’observance, en atnt qu’événement essentiel de notre vie” (LCO 83).

L’étude n’est pas à considérer comme un “moyen” au service d’une fin. Elle est une des composantes de la vie dominicaine. Comme tout le reste elle est finalisée par le salut des âmes. Elle est aussi un lieu de contemplation et, par là, nourrit la prière des frères prêcheurs.

Notre contemplation n’est pas seulement celle inhérente à la prière. Elle est plus généralement celle de l’étude dans la rumination de la vérité sur Dieu et sur l’homme, dans la recherche du sens. L’étude n’a pas d’abord pour objet de faire de nous des spécialistes en philosophie et en théologie. Elle tend à une certaine manifestation du sens des choses et du monde, de l’homme et des situations humaines, du dessein de Dieu dans l’histoire.

Cette manifestation du sens est pour nous une tâche collégiale. L’étude nous constitue pour répondre à notre vocation, particulière au sein de l’Église, d’exercer de façon collégiale la dimension prophétique du ministère sacerdotal. C’est pourquoi nous faisons le choix de vivre ensemble l’aventure intellectuelle sans fin de l’étude, l’affrontement à la parole de Dieu, l’exigence de la vérité, la discipline d’un questionnement à produire et à entendre, et la passion de comprendre.

(Sources : Tugwell, Simon. Saint Dominique. Éditions du Signe, 1996. Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les frères prêcheurs autrement dits dominicains. Le Sarment / Fayard. 1997).

Prêcher

Le service de la Parole chez les dominicains

Les fils de saint Dominique se considèrent comme les serviteurs privilégiés de la Parole. L’intuition originale du fondateur de l’Ordre des Prêcheurs n’est pas d’avoir voulu rester en terre cathare pour prêcher pauvre à ceux qui prêchaient la pauvreté. Cette idée est plutôt celle de son évêque Diègue d’Osma. Ce n’est pas non plus de remettre à l’honneur une forme itinérante de prédication selon les préceptes du Seigneur (Lc 9, 3-5), car beaucoup en ces années charnières du XIIe au XIIIe siècle en avaient eu l’idée et la mettaient à exécution.

L’idée originale de saint Dominique a été de doter l’Église d’un ordre de prêcheurs. Il met à sa disposition des communautés de moniales et des communautés de frères dont la vocation est de ” porter la Parole “. La porter d’abord dans une prière permanente, comme une femme porte un enfant dans son sein, dans ses bras, ou sur son dos. La porter aussi comme le héraut porte, en courant, une nouvelle importante à tous ceux dont la vie en dépend. (Pour en savoir plus sur la dimension “prédicante” de la vocation dominicaine lire l’article de J. G Ranquet, o.p. : Au service de la prédication.)

Un feu à transmettre

La Parole est comme un feu qui habite le coeur et toute la vie des disciples de Dominique. Et ce feu vient de l’Esprit. Il tombe sur l’Église primitive, le jour de la Pentecôte. Il éclaire les Apôtres sur les mystères qu’ils ont côtoyés et qu’ils doivent maintenant annoncer. Il les illumine, leur donnant de vivre à la perfection ce que les prêcheurs demandent au Seigneur de vivre aussi. Leur théologien et maître, saint Thomas d’Aquin, en a donné la définition qui est devenue leur devise ” Contempler et porter aux autres Le fruit de cette contemplation. ” Le feu les rend incandescents du feu qui brûle au coeur du Christ et qui n’est autre que l’amour de charité.

C’est ce feu qui les unit les uns aux autres par des liens d’un amour brûlant, car ils partagent tous une même passion pour le Sauveur. La Parole est un feu et elle se répand comme le feu, de proche en proche, de personne à personne. Elle brûle le coeur des auditeurs et purifie en eux tout ce qui n’est pas pur. Elle les réchauffe et les réconforte. Et rien ne l’arrête si ce n’est le refus de ” prendre ” qui lui est opposé, comme on dit d’un feu qu’il prend, ou qu’il refuse de prendre.

Les dominicains sont voués au service de la Parole. Ils ne sont pas les seuls dans l’Église, loin de là. Tous les baptisés et confirmés ont reçu du Christ, une participation à son pouvoir prophétique. Le collège des évêques, successeurs des Apôtres, est par priorité l’ordo praedicatorum, comme l’écrivait saint Grégoire le Grand à la fin du VIe siècle. Mais les frères prêcheurs de saint Dominique, en leur “qualité de coopérateurs de l’ordre des évêques, de par l’ordination sacerdotale font) pour office propre, la charge prophétique dont la mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus Christ. ” (Constitution fondamentale, LCO 1, § V. )

Ils ne sont pas les seuls à être au service de la Parole de Dieu, et ils ne sont pas les propriétaires exclusifs de ce ministère. Il est vrai ! Mais quant à eux, ils sont voués à lui entièrement et exclusivement. Ils ne font que cela, et ils le font complètement, c’est-à-dire aussi bien par la parole que par leur mode de vie. S’ils en dévient, ils trahissent leur vocation. Ils lui consacrent toute leur vie, aussi bien dans le sens de la durée car ils s’engagent jusqu’à la mort, que dans le sens de l’intensité, car ils s’engagent… à en mourir! De nombreux martyrs dominicains sont morts au service de la prédication, et plus nombreux encore sont ceux qui sont morts, consumés par un travail modeste et assidu, animés d’une passion tout aussi forte. À commencer par saint Dominique lui-même et saint Thomas d’Aquin.

Se mettre au service de la Parole c’est se mettre au service du Seigneur Jésus, puisqu’il est la Parole de Dieu. C’est aussi se mettre au service de l’homme, pour lui donner la Parole.

(Source : Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les frères prêcheurs autrement dits Dominicains. Le Sarment/Bayard. 1997)

Prier

Notre vie apostolique et notre enseignement doivent jaillir de l’abondance de la contemplation. C’est en elle que Dominique trouvait la source de sa passion pour la prédication. Si nous ne sommes pas à proprement parler des moines, notre vocation dominicaine est fortement empreinte de l’esprit monastique. Nous partageons en communauté une prière liturgique “vive et allègre” quotidienne, dont l’eucharistie, vécue, célébrée ensemble, est le sommet.

“De par la volonté même de saint Dominique, la célébration solennelle et commune de la liturgie doit être tenue pour l’un des devoirs principaux qu’exige notre vocation… (…) La célébration de la liturgie est le centre et le coeur de toute notre vie dont l’unité s’enracine spécialement en elle” (LCO 57).

La célébration liturgique de l’office canonial est un des piliers sur lesquels repose la vie dominicaine. C’est un principe que nul ne conteste. Il est fondé dans l’histoire.Il s’inscrit dans les textes. Il est vécu par les communautés. La vie dominicaine ne serait plus elle-même si elle n’honorait pas cette composante essentielle. Il n’est pas siumplement demandé aux frères de prier, il leur est demandé de prier ensemble et avec sotennité. Il leur est demandé de faire de cette prière chorale le centre et le coeur de leur vie religieuse apostolique.

Comme les moines ou les chanoines, leurs prédécesseurs, ils participent à la sanctification du temps par leur prière assidue. L’année, les semaines, les jours sont scandés par la récitation de l’office. L’année liturgique rythme leur prédication. C’est une respiration, avec ses temps plus forts et ses phases de reprise. C’est une source à laquelle les frères viennent puiser ensemble, le Seigneur créant mystérieusement entre eux une âme commune. Chaque jour, ils sanctifient les heures avec tous ceux qui prient et au nom de tous ceux qui ne prient pas.

Mais tout aussi essentielle pour nos vies est la prière silencieuse et privée, où nous tendons vers Dieu, en quête de ce face à face avec Lui, où se vivent des instants d’une vérité inévitable et d’un pardon bouleversant. La prière est le défi le plus urgent que nous pouvons lancer à une société dans laquelle l’efficience a été convertie en idole, sur les autels de laquelle est sacrifiée toute la dignité humaine.

(Sources : Tugwell, Simon. Saint Dominique. Éditions du Signe, 1996. Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les frères prêcheurs autrement dits dominicains. Le Sarment / Fayard. 1997).

Ensemble

Mener la vie des Apôtres, tel est fondamentale le projet qui anime l’Ordre des Prêcheurs : non point simplement un projet d’action, mais aussi un projet de vie, une certaine manière d’exister en tant que chrétiens. Saint dominique ne s’est pas contenté d’ouvrir des perspectives et de fixer des objectifs : il crée un style, il précise des repères constitutifs qui sont comme la trame de toute vie dominicaine.

Nous ne nous choisissons pas comme des amis peuvent le faire, mais nous nous recevons les uns les autres comme des frères ayant un Père commun. Le choix de la vie commune, nous rend responsables des uns des autres et, de la marche harmonieuse de la communauté. Celle-ci est sans cesse à construire à partir des faiblesses de chacun. Réunis pour habiter ensemble dans l’unanimité, en ne faisant qu’un coeur et qu’une âme en Dieu, nous sommes poussés à vivre unis, même si nous avons des opinions et des attitudes diverses. Ceci n’est possible que parce que le Christ, centre de notre vie communautaire, fait notre unité.

L’enjeu est de taille car notre prédication, bien que personnelle, est un fruit produit en commun. En effet, si la vie fraternelle — de même que l’étude — n’est pas une fin en soi, elle est la première terre où notre parole est accueillie. Terre d’épreuve et terre où se manifeste la miséricorde mutuelle, elle est le témoignage vivant de l’espérance qui nous habite.

(Sources : Tugwell, Simon. Saint Dominique. Éditions du Signe, 1996; Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les frères prêcheurs autrement dits dominicains. Le Sarment / Fayard. 1997).

Voeux
Notre famille dominicaine se voue à Dieu, en suivant le Christ, pour mener dans l’Ordre la vie évangélique, sous le regard de Marie, et en s’engageant à rester fidèle à l’esprit et au projet de Dominique. En faisant profession d’obéissance entre les mains du représentant du Maître de l’Ordre ou de la supérieure de leur institution, les frères, les soeurs et les laïcs des instituts séculiers donnent une vie qui devra être vécue progressivement. Ils prennent à leur compte, et de façon radicale, en un instant, les appels évangéliques à l’obéissance, à la pauvreté et à la chasteté, sur lesquels tous sont invités à structurer leur vie. Ordonnés à l’amour qui est la vie même de Dieu, sources de vie et de dynamisme, soutenant notre prédication, ces choix exigeants nous conduisent vers un avenir inconnu. C’est là notre joie.

Expression de notre fraternité les uns avec les autres, notre obéissance est fondée sur l’écoute, le dialogue, l’attention et l’ouverture d’esprit. Cette réceptivité est don total de soi. Nous faisons le choix de mourir pour vivre en hommes libres. Mettre sa vie dans les mains du provincial est un acte eucharistique d’une folle liberté. Un don sans réserve, de notre propre vie aux frères, qui se déploie en nous jour après jour et, qui relève de la liberté en Christ que nous prêchons. Nous veillons à l’honorer en demandant beaucoup les uns des autres et relever ainsi les défis qui se présentent à nous. Elle nous convie à chercher vouloir faire nôtres les projets de nos frères.

Avoir la liberté de nous donner sans réserve à la prédication de l’évangile nous est offert par l’appel à la pauvreté. Elle nous demande une vie vraiment eucharistique, dans l’unité, la vulnérabilité et le don. Terrible pour celui qui la subit, la pauvreté choisie n’a de sens que si elle nous permet de dépasser les frontières qui séparent les êtres humains les uns des autres. À défaut souvent d’être exposés aux humiliations et aux dangers des plus pauvres de nos sociétés, elle nous pousse à partager une bourse unique, mais aussi à oser vivre la vulnérabilité que suppose la vie commune. Vulnérabilité qui ne fut jamais plus totale que dans le don pur et gratuit de lui-même du Christ que nous prêchons et qui nous pousse à devenir “amants de la pauvreté volontaire”.

Vivre un amour véritable, c’est vivre d’un amour absolument généreux et non possessif, un amour entre égaux. Celui-là même de la vie trinitaire : un amour sans domination ni manipulation, sans paternalisme ni condescendance. Voulant prêcher que l’amour est pur don de soi dans la totale réception de celui qui vient vers soi, nous faisons le choix d’entrer nous-mêmes sur ce chemin ascétique où ne manquent ni les échecs, ni les découragements. Loin d’être une fuite ou un manque d’amour, la chasteté vécue de façon juste fait de nous des hommes et des femmes riches en affection et pleinement humains. Nous pouvons ainsi habiter toute notre corporéité, bénie et sanctifiée dans l’Incarnation que nous prêchons.

(Sources : Tugwell, Simon. Saint Dominique. Éditions du Signe, 1996; Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les frères prêcheurs autrement dits dominicains. Le Sarment / Fayard. 1997).

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