Documents généraux de l’Ordre

Origines de l’Ordre des prêcheurs

Actes généraux du chapitre général de Cracovie (2002)

Actes généraux du chapitre général de Bogota (2007)

Actes généraux du chapitre général de Rome (2010)

Chapitre General de Bologne (1998)

Chapitre général de Providence (2001)

Chapitre général de Cracovie (2004)

Chapitre général de Bogota (2007)

DOCUMENTS OFFICIELS DE L'ORDRE

Les Chapitres généraux dans l'Ordre des Prêcheurs

Les chapitres généraux dans l’Ordre des Prêcheurs

fr. A. D’Amato, o.p.

Le Chapitre général qui, dans l’Ordre dominicain, constitue la plus haute autorité, est l’assemblée des frères, représentant les Provinces de l’Ordre, réunis pour discuter et définir tout ce qui se rapporte au bien de l’Ordre et, au moment voulu, pour élire le Maître de l’Ordre. Dès les origines de l’Ordre dominicain, on distingue deux types de Chapitres : les Chapitres de Provinciaux et les Chapitres de Définiteurs, à ces derniers il faut ajouter le Chapitre d’élection qui se compose des Provinciaux et des Définiteurs.

Le Chapitre général est surtout une assemblée législative. Une proposition devient une loi pour tout l’Ordre seulement après obtention du vote favorable de trois Chapitres consécutifs, d’un certaine façon, une unité, puisque c’est la suite des Chapitre qui, spécifiquement et selon l’esprit de l’Ordre, assure l’intégrité du pouvoir législatif. Le mécanisme des trois Chapitres successifs a été prévu par la législation dominicaine dans le but : a) d’empêcher qu’une nouvelle loi prenne effet à partir d’une improvisation ou de l’expression de la tendance d’une seule assemblée; b) de donner du temps à la réflexion sur l’opportunité de la nouvelle loi ; c) d’éviter la multiplication d’échanges trop faciles qui risquent de créer » la confusion et d’attirer le ridicule sur la législation » (Humbert de Romans).

Les Chapitres de Provinciaux et ceux des Définiteurs ont même pouvoir et mêmes droits. Chaque Chapitre est autonome et a la faculté d’approuver ou non la loi proposée par le Chapitre précédent. Les deux types d’assemblée diffèrent uniquement par leur composition : le premier est formé par des hommes de gouvernement (les Provinciaux), le second par des représentants de la base. L’Ordre dominicain est le seul, parmi les Ordres religieux, à jouir d’un semblable régime à » deux chambres « , le seul qui ait donné un pouvoir législatif à une assemblée formée uniquement par des représentants de la base.

La création de Chapitres formés par les seuls Définiteurs est due au souci que des hommes occupés par le gouvernement des Provinces (les Provinciaux) ne fassent trop fréquemment de longs voyages et ne soient, en conséquence, trop souvent absents de leurs Provinces respectives. À l’origine de cette institution se trouve également l’esprit communautaire et démocratique de l’Ordre. Le Chapitre des Définiteurs permet aux représentants de la base de participer en pleine autorité et autonomie à la préparation des lois de l’Ordre et d’apporter aux assemblées législatives la sensibilité, les tendances et les façons de voir de ceux qui ne sont pas au gouvernement. Une chose est, en effet, la manière de voir une règle cu côté des supérieurs, et une autre, bien différente, la manière de voir de la base.

La volonté de démocratie, présente dans toute la législation dominicaine, concernant les Chapitres généraux, se retrouve aussi dans le fait que, par exemple, dans les Chapitre d’élection, pour un Provincial lui-même électeur, il y ait, dans chaque Province, deux ou trois électeurs représentant la base. Une volonté de démocratie aussi claire et à l’avant-garde que celle de l’Ordre dominicains est unique dans les lois de la vie religieuse. Humbert de Romans, troisième successeur de saint Dominique à la tête de l’Ordre, l’attribue au fait que l’Ordre était formé par des hommes instruits.

Outre la première fonction législative, le Chapitre général depuis les origines déjà a également une fonction disciplinaire : il juge, punit, dépose d’une charge, etc. Les Chapitres, évidemment, traitent aussi des problèmes d’actualité mais toujours avec référence à la vie et à la mission de l’Ordre. Aux Chapitres, en effet, revient de donner les directives et les orientations pour l’Ordre tout entier quant à la manière de vivre le charisme propre de l’Ordre et de transmettre avec profit la Parole de Dieu aux hommes contemporains. Les Chapitre général qui réunit les représentants responsables de tout l’Ordre est une occasion des plus favorables pour réfléchir communautairement sur le ministère apostolique des Frères prêcheurs insérés dans la réalité sociales de leur milieu de vie.

Les problèmes actuels sont discutés au Chapitre général en fonction de sa nature propre qui est celle de légiférer. Le Chapitre général, par exemple, donne des orientations et des suggestions et surtout rédige des normes pour l’Ordre entier de telle sorte que tous les frères puissent vivre une vie religieuse toujours plus conforme à l’esprit du fondateur et qu’ils puissent présenter aux hommes de tous les temps le message évangélique sous la forme la plus appropriée et la plus efficace.

(Source : Fr. A. D’Amato o.p.. Cet article a été publié dans un numéro spécial de IDI, avril-mai 1983 et dans le numéro de mai 1992).

Liste des Maîtres de l'Ordre depuis les origines

Liste des Maîtres de l’Ordre depuis les origines

par Fr. Eladio Neira, o.p.

Depuis la fondation de l’Ordre jusqu’à nos jours il y a toujours eu un supérieur général qu’on appelle » Maître de l’Ordre « . Comme on peut le voir dans la liste, c’est déjà une longue dynastie (en termes de monarchie, on pourrait même dire que c’est une des » vieilles maisons d’Europe « ). C’est une dynastie unitaire. Il n’y a eu dans l’Ordre ni coupures, ni espaces vides, ni inter-règnes. C’est seulement pendant le schisme d’Occident, avec un Pape à Rome et un autre à Avignon (1380-1418), que de la même manière l’autorité de l’Ordre fut bicéphale avec un Maître à Rome et un autre à la tête de l’Ordre dans les régions fidèles à l’antipape. Mais ces derniers n’ont jamais été reconnus comme de légitimes successeurs de saint Dominique. C’est une dynastie démocratique puisque dès ses origines l’Ordre a toujours choisi ses Maîtres dans les Chapitres généraux par un vote démocratique et représentatif (les Provinciaux et les Définiteurs avec leur socii respectifs servant de voix interposées, pourrions-nous dire).

C’est aussi une dynastie internationale comme le prouve la liste suivante :

Argentins, 1 (86)

Italiens, 38 (6, 9, 10, 12, 15, 23, 24, 25, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 38, 40, 41, 43, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 53, 54, 55, 56, 57, 61, 66, 68, 69, 70, 71, 72).

Français, 24 (5, 8, 11, 13, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 26, 27, 28, 29, 37, 42, 60, 63, 73, 76, 79, 83, 87)

Espagnols, 15 (1, 3, 7, 39, 44, 52, 58, 62, 64, 65, 67, 74, 78, 80, 82)

Allemands, 2 (2, 4)

Irlandais, 2 (81, 84)

Anglais, 1 (85)

Autrichien, 1 (75)

Hollandais, 1 (77)

Mexicain, 1 (59)

En réalité il y a u 86 Maîtres de l’Ordre, vu que l’un d’eux, Marcial Auribelli, (29) fut élu deux fois et qu’il gouverna l’Ordre pendant deux généralats : 1453-1462 et 1465-1473. Une simple opération mathématique nous montre que les Maîtres généraux ont régi l’Ordre durant une période de 9,2 ans chacun, si on établit une moyenne. Évidemment ils ne se sont pas répartis le temps également. C’est ainsi que, par exemple, Alberto Chiavari (10) gouverna l’Ordre pendant trois mois seulement ; Gerardo de Adaunario (17), Pedro Rouchin (27), Guido Flamochet (28), Bernabé Sansoni (34) et Juan Clerée (37) moururent tous l’année même de leur élection. Au contraire, Antonine Cloche 860) offre le record de la charge dans l’Ordre, car il la garda pendant 34 ans. Dans la période qui va de 1686 à 1819 (c’est-à-dire 133 ans), il n’y eut que 7 Maîtres généraux, ce qui donne une moyenne de 19 ans de gouvernement pour chacun d’eux. De nos jours, le P. Gillet (79) se rapproche de cette moyenne avec ses 17 années de généralat (1929-1946).

Pour ce qui est de l’âge des Maîtres de l’Ordre il faut dire qu’ils ne furent pas appelés à gouverner à un âge dit » acceptable « . C’est ainsi que, pour citer quelques extrêmes, Jourdain de Saxe, 1er successeur de Dominique et qui parachèvera son œuvre , fut élu alors qu’il avait un peu plus de 32 ans, pour mourir à 47 ans au cours d’un naufrage au large de la Syrie à l’occasion d’un pèlerinage en Terre Sainte ; il avait gouverné l’Ordre pendant 15 ans Au contraire, le P. Cormier (76) fut élu à 72 ans et il gouverna l’Ordre 12 années durant. Il est vraisemblable que les électeurs de Thomas Ripoll (62), alors âgé de 73 ans, pensaient n’élire qu’un Général de transition. S’ils le pensaient, ils se trompèrent grandement car il vécut 95 ans et gouverna l’Ordre pendant 22 ans (1725-1747) ! Il n’y a que saint Raymond de Peñafort qui vécut plus longtemps que lui, car il arriva à cent ans, bien que, comme Maître général, il n’eut gouverné que deux ans.

Les relations avec le Saint Siège ne furent pas toujours aussi cordiales qu’on aurait pu l’espérer. Les Maîtres Munio de Zamora (7), Nicolás Rodolfi (55) et Sixto Fabri (50) furent démis de leur charge par le Pape. Y renoncèrent plus ou moins spontanément les Maîtres Raymond de Peñafort (3), Humbert de Romans (5), Aimerico Placentinus (12), Simon Lingoniensis (21), Conrado de Asti (30), Vicente Ajello (72) et García de Paredes (78).

La qualité humaine, intellectuelle et spirituelle des hommes qui ont dirigé l’Ordre peut s’apprécier d’après les renseignements suivants : deux sont des saints (1, 3), cinq sont des bienheureux (2, 6, 9, 23, 76), deux autres ont le titre de vénérable depuis un temps immémorial (4, 5), actuellement on vient d’ouvrir le procès de béatification d’un Maître encore (78). Un des Maîtres généraux, Nicolás Boccasini (9) fut élu Pape sous le nom de Benoît XI. 14 furent nommés cardinaux dont quelques-uns sont aussi célèbres que le cardinal Cajetan (38), García de Loaysa (39), Vicente Giustiniano (47), Xavierre (52), Augustin Pipia (61) et Jean-Thomas de Boxadors (64). Neuf furent évêques, patriarches ou légats du Pape, etc.

Autres remarques : Un des Maîtres, Jean le Teutonique, fut élu après avoir été évêque et renoncé à son titre, se faisant reconnaître dans certains documents comme le » Frère Maître et évêque « . Vicente Giustiniano (47) garda la charge du généralat un an encore après avoir été nommé cardinal. Il n’y a eu qu’un Maître, Marcial Auribelli (29), comme nous l’avons déjà dit, qui fut élu deux fois. Trois Maîtres généraux furent élus » per schedas » (par lettre) sans que le capitulaires se retrouvent en Chapitre (68, 69, 74). 47 Maîtres moururent au cours de leur charge. 10 l’abandonnèrent au moment d’accéder à des dignités ecclésiastiques. Les autres rentrèrent dans la catégorie des » Ex-Maîtres » qui eurent toujours dans l’Ordre le maintien de leurs droits.

SERIES MAGISTRORUM ORDINIS PRAEDICATORUM

1. S. Patriarcha Dominicus (España) (1216)-1221 2. B. Iordanus de Saxonia (Deutschland) 1222-1237 3. S. Raymundus de Peñafort (España) 1238-1240 4. Ven. Ioannes a Wildeshausen (Deutschland) 1241-1252. 5. Ven. Humbertus de Romans (France) 1254-1263 6. B. Ioannes a Vercellis (Italia) 1264-1283 7. Fr. Munio de Zamora (España) 1285-1291 8. Fr. Stephanus Bisuntinus (France) 1292-1294 9. B. Nicolaus Boccasini [Ben. XI Pp.] (Italia) 1296-1298 10. Fr. Albertus de Chiavari (Italia) 1300-1300 11. Fr. Bernardus de Iusico (France) 1301-1303 12. Fr. Aymericus Giliani (Italia) 1304-1311 13. Fr. Berengarius de Landora (France) 1312-1317 14. Fr. Hervaeus de Nédéllec (France) 1318-1323 15. Fr. Barbabas Cagnoli (Italia)……… . 1324-1332 16. Fr. Hugo de Vaucernain (France)…… 1333-1341 17. Fr. Gerardo de Adaumario [Daumar] (France) 1342-1342 18. Fr. Petrus de Palma [Baume-les-Dames] (France) 1343-1345 19. Fr. Garinus de Gyaco [Gy-l’Evêque] France) 1346-1348 20. Fr. Ioannes de Moulins (France) 1349-1350 21. Fr. Simon Lingoniensis (France) 1352-1366 22. Fr. Elias Raymond (France) 1367-1380 23. B. Raymundus de Vineis, Capuanus (Italia) 1380-1399 In oboedientia Avenionensi: Fr. Elias Raymond (France) 1380-1389 Fr. Nicolaus de Troia (Italia) ……. 1391-1393 Fr. Nicolaus Vallisoletanus (España) 1394-1397 Fr. Ioannes de Puinoix (France) 1397-1418 24. Fr. Thomas Paccaroni (Italia) 1401-1414 25. Fr. Leonardus Dati (Italia) 1414-1425 26. Fr. Bartholomaeus Texier (France) 1426-1449 27. Fr. Petrus Rochin (France) 1450-1450 28. Fr. Guido Flamochet [ti] Avenionensis (France) 1451-1451 29. Fr. Martialis Auribelli Avenionensis (France) 1453-1462 30. Fr. Conradus de Asti (Italia) 1462-1465 Fr. Martialis Auribelli Avenionensis (France) 1465-1473 31. Fr. Leonardus Mansueti (Italia) 1474-1480 32. Fr. Salvus Cassetta (Italia) 1481-1483 33. Fr. Bartholomaeus Comazzi (Italia) 1484-1485 34. Fr. Barnabas Sansoni (Italia) 1486-1486 35. Fr. Ioachim Torriani (Italia) 1487-1500 36. Fr. Vincentius Bandello (Italia) 1501-1506 37. Fr. Ioannes Clérée (France) 1507-1507 38. Fr. Thomas de Vio seu Caietanus (Italia) 1508-1518 39. Fr. García de Loaysa (España) 1518-1524 40. Fr. Franciscus Silvestri (Italia) 1525-1528 41. Fr. Paulus Butigella (Italia) 1530-1531 42. Fr. Ioannes du Feynier (France) 1532-1538 43. Fr. Augustinus Recuperati (Italia) 1539-1540 44. Fr. Albertus de las Casas (España) 1542-1544 45. Fr. Franciscus Romeo (Italia) 1546-1552 46. Fr. Stephanus Usodimare (Italia) 1553-1557 47. Fr. Vincentius Giustiniani (Italia) 1558-1570 48. Fr. Seraphinus Cavalli (Italia) 1571-1578 49. Fr. Paulus Constabile (Italia) 1580-1582 50. Fr. Sixtus Fabri (Italia) 1583-1589 51. Fr. Hippolytus M. Beccaria (Italia) 1589-1600 52. Fr. Hieronymus Xavierre (España) 1601-1607 53. Fr. Augustinus Galamini (Italia) 1698-1612 54. Fr. Seraphinus Secchi (Italia) 1612-1628 55. Fr. Nicolaus Ridolfi (Italia) 1629-1642 56. Fr. Thomas Turco (Italia) 1644-1649 57. Fr. Ioannes-Bapt. Marini (Italia) 1650-1669 58. Fr. Ioannes-Thomas de Roccaberti (España) 1670-1677 59. Fr. Antoninus de Monroy (México) 1677-1686 60. Fr.Antoninus Cloche (France) 1686-1720 61. Fr. Augustinus Pipia (Italia) 1721-1725 62. Fr. Thomas Ripoll (España) 1725-1747 63. Fr. Antoninus Bremond (France) 1748-1755 64. Fr. Ioannes-Thomas de Boxadors (España) 1756-1777 65. Fr. Balthasar de Quiñones (España) 1777-798 66. Fr. Pius Iosephus Gaddi (Italia) ut Vic. Gen. Ordin. (1798-1806) ut Mag. Ordin. 1806-1814 ut Vic. Gen. Ordin. (1814-1819) 67. Fr. Ioachim Briz (España) 1825-1831) 68. Fr. Franc.-Ferdinandus Jabalot (Italia) 1832-1834 69. Fr. Bened.-Mauritius Olivieri (Italia) 1834-1835 70. Fr. Thomas-Hyac. Cipolletti (Italia) 1835-1838 71. Fr. Angelus-Dom. Ancarani (Italia) 1838-1844 72. Fr. Vincentius Ajello (Italia) 1844-1850 73. Fr. Alex. Vincentius Jandel (France) ut Vic. Gen. Ordin. (1850-1855) ut Mag. Ordin. 1855-1582 Fr. Iosephus M. Sanvito (Italia), Vic. Gen. Ordin. (1873-1879) 74. Fr. Iosephus M. Larroca (España) 1879-1891 75. Fr. Andreas Frühwirth (Österreich) 1891-1904 76. B. Hyacinthus M. Cormier (France) 1904-1916 77. Fr. Ludovicus Theissling (Nederland) 1916-1925 78. S.D. Bonaventura García de Paredes (España) 1926-1929 79. Fr. Martinus-Stanislaus Gillet (France) 1929-1946 80. Fr. Emmanuel Suárez (España) 1946-1954 81. Fr. Michaël Browne (Ireland) 1955-1962 82. Fr. Anicetus Fernández (España) 1962-1974 83. Fr. Vincentius de Couesnongle (France)1974-1983 84. Fr. Damianus Byrne (Ireland) 1983-1992 85. Fr. Timotheus Radcliffe (England) 1992-2001 86. Fr. Carlos Azpiroz Costa (Argentina) 2001-2009 87. Fr. Bruno Cadoré (France) 2010-

(Texte : Fr. Eladio Neira OP, Secrétaire général de 1980 à 1986. Ce texte a été publié dans le numéro spécial de I.D.I. d’avril-mai 1983, et dans le numéro de mai 1992)

Origines de l’Ordre des prêcheurs

Approbation de la prédication apostolique par Innocent III (1206)

Innocent III donne mandat à son légat Raoul de Fontfroide de constituer des prédicateurs apostoliques. Au Latran, 17 novembre 1206.

Pape Innocent III

Le bruit est parvenu à nos oreilles qu’une telle quantité d’apostats s’est multipliée dans la province de Narbonnaise que, par la défaillance du glaive matériel, on méprise le spirituel, et que la corruption des vignes à verjus [cf. Is. V, 4] s’insinue jusqu’aux plants [Nahum, ii, 2] catholiques, parce que, pour protéger ceux qui n’ont pas encore coulé comme du plomb [Ex. xv, 10] dans la mer pestilentielle, pour relever s’il est possible ceux qui gisent déjà dans les cachots de l’aveuglement, on ne trouve personne qui se dresse comme une muraille pour la maison du Seigneur et ose monter sur les brèches [Ez. xiu, 5].

Il est vrai que la nouvelle de la folie de ces figuiers stériles est parvenue jusqu’à l’oreille de quelques religieux et les a animés dans leur courage à détourner contre les hérétiques les sources de leur science et à distribuer leurs eaux avec la ferveur de l’esprit sur les places publiques [Prov. v, 16]; mais parce qu’ils n’ont personne qui leur donne mission [Rom. x, 15] et qu’ils n’osent assumer de leur propre autorité l’office de prêcheurs, pour ne pas partager l’héritage de Dathan et d’Abiron que la terre engloutit vivants [Num. xvi, 32 et Deut. xi, 6], il ne se trouve finalement personne qui présente la cause de Dieu au peuple qui dérive.

Parce que le zèle de sa maison nous dévore [Ps. LXVIII, 10], nous, auquel il a concédé sans que nous l’ayons mérité de siéger dans la plus haute guette [Is. xxi, 8] et qui voulons être faible avec les faibles [I Cor. ix, 22] et donner des conseils paternels qui apportent le remède aux blessures et soignent autant qu’il est en notre pouvoir la plaie tuméfiée [Is. I, 6], nous ordonnons et prescrivons à ta discrétion, par cet écrit apostolique, de t’occuper d’enjoindre – en rémission de leurs péchés – à des hommes éprouvés que tu verras propres à remplir cet office, qui n’hésiteront pas, en imitant la pauvreté du Christ pauvre, à aborder les gens méprisés dans une tenue méprisée mais avec un esprit plein d’ardeur, de leur enjoindre d’aller sans retard aux hérétiques et de les rappeler si bien de leur erreur, si le Seigneur veut bien le concéder, par l’exemple de leur agir et l’enseignement de leur dire, que (si la fréquence de leur faute n’a pas durci leur front dans l’impudence au point qu’on puisse avec raison redire à leur sujet : « Vous avez acquis un front de courtisane et n’avez pas voulu rougir » [Jér. III, 3]) ils aient la joie de posséder un jour, ce dont le mot de l’Evangile leur donne l’espérance : « N’aie pas de crainte petit troupeau, car il a plu à mon Père [de te donner le royaume] » [Luc XII, 32]. Alors ces mêmes religieux verront s’accomplir en eux la sentence de Salomon : celui qui reprend les actions mauvaises de l’homme recevra davantage de grâce que celui qui dit d’agréables paroles [Prov. xxiv, 24-25] et reviendront remplis de joie en rapportant les gerbes issues de la semence qu’ils auront répandue [Ps. Cxxv, 6].

Donné au Latran, le XV des calendes de décembre, la IX° année.

Confirmation du nom et de l'office de prêcheur par Honorius III (1217)

Honorius III loue le zèle du prieur et des frères de Saint-Romain, prêcheurs au pays de Toulouse, les exhorte à persévérer avec courage, leur accorde le privilège de « fils spéciaux » du Saint-Siège et leur enjoint leurs labeurs en rémission de leurs péchés. Au Latran, le 21 janvier 1217.

Pape Honorius III

Honorius, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers fils le prieur et les frères de Saint-Romain, prêcheurs au pays de Toulouse : salut et bénédiction apostolique.

Nous rendons de dignes actions de grâces au dispensateur de toutes grâces pour la grâce de Dieu qui vous est donnée [i Cor. I, 4], dans laquelle vous restez [I Petr. v, 15] et resterez établis, nous l’espérons, jusqu’à la fin. En effet, brûlant à l’intérieur de la flamme de la charité, vous répandez au-dehors le parfum d’une réputation qui réjouit les âmes saines et rétablit les malades. A celles-ci, vous présentez en médecins zélés les mandragores spirituelles pour qu’elles ne demeurent pas stériles, vous les fécondez par la semence de la parole de Dieu par votre éloquence salutaire. Ainsi, comme de fidèles serviteurs, vous placez les talents qu’on vous a confiés, pour en rapporter le double au Seigneur [Match. xxv, 20]. Ainsi, comme des athlètes invaincus du Christ, armés du bouclier de la foi et du casque du salut [Eph. vi, 16], sans craindre ceux qui peuvent tuer le corps [Matth. X, 28], vous tirez avec magnanimité contre les ennemis de la foi la parole de Dieu, plus pénétrante qu’un glaive à deux tranchants [Hebr. iv, 12]. Ainsi, vous haïssez vos âmes en ce monde, afin de les garder pour la vie éternelle [Joh. xii, 25].

Du reste, parce que c’est le succès et non pas le combat qui obtient la couronne et que seule la persévérance, parmi toutes les vertus qui concourent dans le stade, remporte le prix proposé [I Cor. ix, 24], nous adressons à votre charité cette demande et cette exhortation pressante, vous en faisant commandement par ces lettres apostoliques et vous l’imposant en rémission de vos péchés : que confirmés de plus en plus dans le Seigneur, vous vous appliquiez à annoncer la parole de Dieu [Act. VIII, 4], en insistant à temps et à contre-temps, pour accomplir pleinement et de manière digne d’éloge votre tâche de prédicateur de l’Evangile [II Tim, iv, 2-5]. Si vous avez à souffrir des tribulations pour cette cause, ne vous contentez pas de les supporter avec une âme égale : tirez-en gloire, avec l’apôtre [Rom. V, 3] et réjouissez-vous en elles de ce qu’on vous a jugés dignes d’endurer des outrages pour le nom de Jésus [Act. v, 41]; car cette affliction légère et temporaire produit un immense poids de gloire [II Cor. Iv, 17] auquel on ne peut comparer les souffrances du temps présent [Rom. viii, 18].

Nous aussi, qui désirons vous réchauffer de notre faveur comme des fils spéciaux, nous vous demandons d’offrir au Seigneur à notre intention le sacrifice de vos lèvres [Hébr. xiii, 15], pour obtenir peut-être par vos suffrages ce que nous ne pouvons par nos mérites.

Donné au Latran, le XII des calendes de février, l’an premier de notre pontificat.

Lettre d'approbation de l'Ordre des frères prêcheurs (1215)

Foulques, évêque de Toulouse, approuve, institue et dote comme prédicateurs évangéliques dans son diocèse Dominique et ses compagnons. Toulouse 1215.

Foulques évêque de Toulouse

Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous portons à la connaissance de tous, présents et à venir, que nous Foulques, par la grâce de Dieu humble ministre du siège de Toulouse, nous instituons comme prédicateurs dans notre diocèse frère Dominique et ses compagnons, afin d’extirper la corruption de l’hérésie, de chasser les vices, d’enseigner la règle de la foi et d’inculquer aux hommes des moeurs saines. Leur programme régulier est de se comporter en religieux, d’aller à pieds, dans la pauvreté évangélique, en prêchant la parole de vérité évangélique.

Mais parce que l’ouvrier mérite sa nourriture [Matth. x, 10] et qu’on ne saurait museler le boeuf qui foule le grain [1 Cor. Ix, 9], à plus forte raison celui qui prêche l’Evangile doit-il vivre de l’Evangile [I Cor. Ix, 14]. Nous voulons donc que ces ouvriers, lorsqu’ils iront prêcher, reçoivent du diocèse la nourriture et tout le nécessaire. Avec le consentement du chapitre de l’église du Bx Etienne et du clergé diocésain de Toulouse, nous assignons à perpétuité aux susdits prédicateurs et à ceux que le zèle du Seigneur et l’amour du salut des âmes armeraient pour accomplir de la même manière le même office de prédication, la moitié de cette troisième partie de la dîme qui est affectée à l’ameublement et à la fabrique de toutes les églises paroissiales qui dépendent de nous. Ainsi pourront-ils se vêtir, se procurer ce dont ils ont besoin durant leurs maladies et se reposer quand ils le voudront. A la fin de l’année, s’il reste quelque superflu, nous voulons et statuons que celui-ci soit réservé pour l’embellissement des mêmes églises paroissiales ou pour l’usage des pauvres, selon que l’évêque le jugera opportun.

Puisque le droit prévoit qu’une partie notable des dîmes doit toujours être assignée et distribuée aux pauvres, il est évident que nous sommes tenus d’assigner de préférence une partie des dîmes à ceux qui, pour le Christ, ont choisi la pauvreté évangélique et s’efforcent ainsi, non sans labeur, d’enrichir tous et chacun des dons célestes, tant par leur exemple que par leur doctrine. Ainsi les fidèles dont nous moissonnons les biens temporels nous mettront-ils en mesure de semer, par nousmêmes et par d’autres, les biens spirituels en toute convenance et opportunité.

Donné en l’an de l’Incarnation 1215, sous le règne de Philippe, roi des Français, le comte de Montfort tenant la principauté de Toulouse et le même Foulques y étant évêque.

Première lettre de recommandation d’Honorius III aux évêques (1218)

Honorius III recommande les frères de l’ordre des Prêcheurs à tous les archevêques, évêques, abbés, prieurs et prélats de l’Eglise. Au Latran, 11 février 1218

Pape Honorius III

Honorius, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses vénérables frères archevêques…, évêques…, à ses chers fils abbés, prieurs et autres… prélats des églises auxquels ces lettres parviendront : salut et bénédiction apostolique.

Si vous avez le souci d’aimer et d’honorer les personnes religieuses, vous rendez un hommage bien agréable à Dieu, dont être serviteur c’est être roi. Ne déclare-t-il pas que ce qu’on fait au plus petit des siens, c’est à lui-même qû on le fait ? [Math. xxv, 40]. Nous réclamons donc de votre dévouement et nous vous exhortons instamment, en vous en donnant l’ordre par cet écrit apostolique, de tenir pour recommandés, par égard pour nous et pour le Siège Apostolique, les frères de l’ordre des Prêcheurs, dont nous croyons le ministère utile et la vie religieuse agréable à Dieu. Soutenez-les dans leur louable dessein, assistez-les dans leurs nécessités, eux qui, tandis qu’ils proposent gratuitement et fidèlement la parole de Dieu et cherchent le progrès des âmes, ne poursuivent que le Seigneur lui-même et affichent le titre de la pauvreté.

Veillez à exécuter de telle sorte nos requêtes et commandements, qu’au jour du jugement impitoyable, placés à droite avec les élus, vous receviez comme eux le royaume éternel et n’entendiez pas la sentence de damnation des réprouvés que ce Dieu enverra au brasier perpétuel, pour avoir méprisé des gens de cette sorte, car il se considère pour méprisé lui-même dans le dédain qu’on leur manifeste [Matth. xxv, 45].

Donné au Latran, le III des ides de février, l’an second de notre pontificat.

Privilège de confirmation de l'Ordre (1216)

Honorius III prend sous sa protection, confirme et enrichit de privilèges la communauté canoniale de Saint-Romain de Toulouse. A Saint-Pierre, 22 décembre 1216.

Pape Honorius III

Honorius, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses fils Dominique, prieur de SaintRomain de Toulouse, et à ses frères présents et à venir, profès dans la vie régulière. A perpétuité.

A ceux qui choisissent la vie religieuse, il convient qu’on assure la protection apostolique, pour éviter que d’éventuelles et téméraires attaques ne les détournent de leur propos, ni, ce qu’à Dieu ne plaise, ne brisent la vigueur de la sainte institution religieuse.

C’est pourquoi, chers fils dans le Seigneur, nous accédons avec bienveillance à vos justes requêtes; nous plaçons sous la protection du bienheureux Pierre et la nôtre l’église de Saint-Romain de Toulouse, dans laquelle vous vous êtes consacrés au culte divin, et nous la fortifions par le privilège du présent rescrit.

Tout d’abord nous statuons que la régularité canoniale qui est notoirement instituée dans cette église, selon Dieu et la règle de saint Augustin, y soit pour toujours et inviolablement observée.

De plus, que toute espèce de biens-fonds, toutes les formes de valeurs dont cette église possède actuellement la jouissance, selon la justice et le droit canonique, ou qu’elle pourra acquérir à l’avenir, si le Seigneur l’accorde, par concession des pontifes, par la libéralité des rois ou des princes, par l’offrande des fidèles ou de toutes les autres manières équitables, demeurent votre propriété et celle de vos successeurs de façon stable et inviolée.

Parmi ces biens, nous jugeons bon d’exprimer en propres termes
– le lieu même où se trouve la susdite église avec toutes ses dépendances,
– l’église de Prouille avec toutes ses dépendances,
– le domaine de Casseneuil avec toutes ses dépendances,
– l’église de Sainte-Marie de Lescure avec toutes ses dépendances,
– l’hospice de Toulouse, dit d’Arnaud Bernard, avec toutes ses dépendances,
– l’église de la Sainte-Trinité de Loubens avec toutes ses dépendances,
– et les dîmes que, dans sa bonne et prévoyante libéralité, notre vénérable frère Foulques, évêque de Toulouse, vous a concédées avec le consentement de son chapitre, comme il est dit plus explicitement dans ses lettres.

Que personne n’ait la prétention d’exiger de vous ou de vous extorquer des dîmes sur les terres nouvellement défrichées que vous culyivez de vos propres mains, ou à vos frais, ni sur les fourrages de vos bêtes.

Il vous est également permis de recevoir et de conserver, sans qu’on puisse y faire aucune opposition, les clercs et laïcs de condition libre, déliés de tout empêchement qui fuient le siècle pour entrer en religion.

En outre, nous dénions le droit à qui que ce soit parmi vos frères, après qu’il ait fait profession dans votre église, de s’en aller de ce lieu religieux sans permission de son supérieur, à moins qu’il n’ait pour motif l’entrée dans une religion plus austère. S’il s’en va, que personne n’ait l’audace de le recevoir sans la garantie d’une lettre émanée de votre communauté.

Pour les églises paroissiales dont vous êtes possesseurs, vous avez le droit de choisir les prêtres et de les présenter à l’évêque du diocèse. Celui-ci, s’ils sont aptes, leur confiera la charge d’âme, en sorte qu’ils devront répondre devant lui du spirituel, et devant vous du temporel.

Nous statuons encore que personne n’ait le droit de charger votre église d’impositions nouvelles et indues, de promulguer contre vous et ou contre votre église, sans cause évidente et raisonnable, des sentences d’excommunication et d’interdit.

En cas d’interdit général sur le pays, vous pourrez célébrer l’office divin, les portes closes, étant exclus les excommuniés et les interdits, sans sonnerie de cloches et à voix basse.

Vous recevrez de l’évêque du diocèse, à condition qu’il soit catholique, en grâce et communion avec le très saint Siège romain et veuille vous les procurer sans irrégularité, le saint chrême, l’huile sainte, les consécrations d’autels ou de basiliques, les ordinations des clercs qu’il faudra promouvoir aux ordres sacrés. Sinon, vous pourrez vous adresser à un évêque catholique que vous préférerez, en grâce et communion avec le Siège Apostolique, qui fort de notre autorité, vous procurera ce que vous demandez.

Nous décrétons aussi pour ce lieu religieux la liberté de sépulture. Que personne donc ne mette obstacle à la dévotion et à la dernière volonté de ceux qui choisiront d’y être ensevelis, à moins qu’ils ne soient excommuniés ou frappés d’interdit. Néanmoins sera sauf le juste droit des églises d’où l’on amènera chez vous le corps des défunts.

Lorsque vous viendrez à disparaître, vous, l’actuel prieur de ce lieu, ou vos successeurs, quels qu’ils soient, nul ne sera mis à la tête de la communauté par habileté clandestine ou violence. Celui-là seul occupera ce poste dont on aura procuré l’élection par l’unanimité, ou tout au moins par la partie la plus nombreuse et de plus sain conseil des frères, selon Dieu et la règle du bienheureux Augustin.

Nous ratifions aussi les libertés, les immu nités anciennes et les coutumes raisonnables concédées à votre église qui sont toujours en vigueur; et nous les confirmons pour qu’elles demeurent à perpétuité dans leur intégrité.

Nous décrétons que nul être humain, sans exception, ne doit avoir la latitude de troubler à la légère la susdite église, de lui arracher ses possessions et, une fois arrachées, de les conserver, les diminuer ou les affaiblir par quelque mauvais traitement que ce soit; que tous ces biens, au contraire, soient conservés intégralement au profit et usage multiple de ceux auxquels ils ont été concédés, pour leur activité et leur subsistance, étant saufs l’autorité du Siège Apostolique et les justes droits canoniques de l’évêque diocésain.

Par conséquent si, à l’avenir, une personne ecclésiastique ou séculière, ayant connaissance de ce document de notre décision, tentait dans son audace d’y contrevenir et si, après le deuxième ou le troisième avertissement, elle ne corrigeait pas son attitude coupable par une digne réparation, qu’elle soit privée du pouvoir et de l’honneur dus à sa dignité; qu’elle se sache mise en accusation devant le tribunal divin, pour l’iniquité qu’elle a perpétrée; qu’elle soit exclue de la communion au Très Saint Corps et Sang de Dieu et Seigneur notre Rédempteur Jésus-Christ et qu’au jugement dernier, elle soit livrée à son châtiment rigoureux. Par contre, paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ à tous ceux qui respecteront les droits de ce lieu religieux; que dès ici-bas ils reçoivent le fruit de leur bonne action et qu’ils trouvent, auprès du juge rigoureux, la récompense de l’éternelle paix. Amen, amen, amen.

Affermis mes pas dans tes sentiers.
« Bene valete »

Moi Honorius, évêque de l’Eglise catholique.
Moi Nicolas, évêque de Tusculum, ss.
Moi Guy, évêque de Préneste, ss.
Moi Hugolin, évêque d’Ostie et Velletri, ss.
Moi Pélage, évêque d’Albano, ss.
Moi Cinthius, du titre de Saint Laurent in Lucina, cardinal prêtre, ss.
Moi Léon, du titre de Sainte-Croix de Jéru salem, cardinal prêtre, ss.
Moi Robert, du titre de Saint-Pierre-de-Celius, cardinal prêtre, ss.
Moi Etienne, du titre de la basilique des Douze Apôtres, cardinal prêtre, ss.
Moi Grégoire, du titre de Sainte-Anastasie, cardinal prêtre, ss.
Moi Pierre, du titre de Saint-Laurent in Da maso, cardinal prêtre, ss.
Moi Thomas, du titre de Sainte-Sabine, car dinal prêtre, ss.
Moi Guy, de Saint-Nicolas in carcere Tulliano, cardinal diacre, ss.
Moi Octavien, des saints Serge et Bacchus, cardinal diacre, ss.
Moi jean, des saints Côme et Damien, cardinal diacre, ss.
Moi Grégoire, de Saint-Théodore, cardinal diacre, ss.
Moi Renier, de Sainte-Marie in Cosmedin, cardinal diacre, ss.
Moi Romain, de Saint-Ange, cardinal diacre, ss. Moi Etienne, de Saint-Adrien, cardinal dia cre, ss.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, par la main de Renier, prieur de Saint-Fridien de Lucques, vice-chancelier de la sainte Eglise romaine, le XI des calendes de janvier, V° indiction, l’année de l’Incarnation du Seigneur 1216; du pontificat du seigneur pape Honorius III, l’an premier.

Libellus de Jourdain de Saxe (Livret sur l'origine de l'Ordre des Prêcheurs)

Bienheureux Jourdain de Saxe

Jourdain de Saxe est né à Burgsberg en 1085. Dominicain en 1220, il sera élu provincial de Lombardie un an plus tard et succédera à saint Dominique comme maître général en 1222. Lors de son généralat (1222-1237), il fit entrer un millier ou plus de nouveaux frères.

L’historien Jacques Le Goff pense que lors de ses séjours à Paris, Jourdain a noué d’étroites relations avec Blanche de Castille, mère de Louis IX. Homme cultivé, il est Maître es art et grammairien.

Dans son livre Libellus de pricipiis ordinis praedicatorum, il évoque avec saveur et précision les origines de l’ordre et la vie de Saint Dominique.

Il rédige comme un bon journaliste d’après “ce qu’il a vu et entendu personnellement” et “ce qu’il a connu des commencements de l’ordre par la relation des frères primitifs”.

Ses nombreux déplacements à travers l’Europe lui permettront de rencontrer les premiers frères et de nous offrir une document précieux pour connaître les origines de l’ordre.

Le Libellus

 

Par Jourdain de Saxe, d’après la traduction du frère Marie-Humbert Vicaire, O. P., parue dans l’ouvrage Saint Dominique et ses frères. Évangile ou croisade ? (coll. Chrétiens de tous les temps, n° 19), Paris, Cerf, 1967.

 

Prologue

  1. Aux enfants de grâce, cohéritiers de gloire, à tous les frères, frère Jourdain, leur inutile serviteur, salut et allégresse dans la profession sainte.
  2. Bien des frères voudraient connaître les circonstances de la fondation et les premiers moments de l’Ordre des Prêcheurs, que la Providence divine destinait à répondre aux périls des derniers temps, ce qu’ont été les frères primitifs de notre ordre, comment ils ont été multipliés en nombre et affermis en grâce. Cédant à leurs instances, voici déjà longtemps que l’on s’en est enquis en interrogeant les frères mêmes qui, participant au tout premier essor, purent voir et entendre le vénérable serviteur du Christ qui fut le fondateur, le maître, l’un des frères de notre société religieuse : Maître Dominique qui, vivant dans cette chair au milieu des pécheurs, habitait en son âme dévote avec Dieu et les anges ; gardien des préceptes, zélateur des conseils, il servait son éternel créateur de toute sa science et de tout son pouvoir, brillant dans la noire obscurité de ce monde par l’innocence de la vie et la pratique très sainte du célibat.
  3. Je n’ai pas été de ces tout premiers frères, mais j’ai cependant vécu avec eux ; j’ai assez bien vu et j’ai connu familièrement le bienheureux Dominique lui- même, non seulement hors de l’ordre, mais dans l’ordre après mon entrée ; je me suis confessé à lui et c’est de par sa volonté que j’ai reçu le diaconat ; enfin j’ai pris l’habit quatre ans seulement après l’institution de l’ordre.

Il m’a paru bon de mettre par écrit tous les événements de l’ordre : ce que j’ai personnellement vu et entendu, ou connu par la relation des frères primitifs sur les débuts de l’ordre, sur la vie et les miracles de notre bienheureux père Dominique, enfin sur quelques autres frères aussi, selon que l’occasion s’en présentait à ma mémoire. Ainsi nos fils qui vont naître et grandir n’ignoreront pas les commencements de l’ordre et ne resteront pas sur leur désir inassouvi, lorsque le temps aura si bien coulé qu’on ne trouvera plus personne qui soit capable de rien raconter d’assuré au sujet de ces origines. Recevez donc avec dévotion, frères et fils très aimés dans le Christ, les récits que voici, tels qu’ils sont réunis pour votre consolation et édification, et que le désir d’imiter la charité primitive de nos frères anime votre ferveur.

 

Commencement du récit : l’évêque Diègue d’Osma

  1. Il y avait en Espagne un homme de vie vénérable appelé Diègue, évêque de l’Église d’Osma. La connaissance des lettres sacrées l’embellissait autant que la qualité singulière de sa naissance selon le siècle, et plus encore de ses mœurs. Il s’était attaché totalement à Dieu par amour, au point qu’il ne cherchait que les choses du Christ, au mépris de lui-même, et tournait tout l’effort de son esprit et de sa volonté à rendre à son Seigneur avec usure les talents qu’il lui avait prêtés, en se faisant banquier pour un grand nombre d’âmes. C’est ainsi qu’il s’efforçait d’attirer à lui, par tous les moyens dont il disposait et en tous les lieux qu’il pouvait explorer, des hommes recommandés par l’honorabilité de leur vie et le bon renom de leurs mœurs et de les loger en leur donnant des bénéfices dans l’Église à laquelle il présidait. Quant à ceux de ses subordonnés dont la volonté, négligeant la sainteté, était plutôt encline au siècle, il les persuadait par la parole et les invitait par l’exemple à prendre du moins une forme de vie plus morale et plus religieuse. C’est sur ces entrefaites qu’il prit à cœur de persuader à ses chanoines, en les admonestant et les encourageant sans cesse, de prendre l’observance des chanoines réguliers, sous la règle de saint Augustin. Il y mit tant d’application qu’il inclina finalement leur âme dans le sens qu’il désirait, bien qu’il eût plusieurs opposants parmi eux.

 

Le bienheureux Dominique : sa conduite durant la jeunesse

  1. Il y avait à son époque un certain adolescent du nom de Dominique, originaire du même diocèse au village de Caleruega. Les parents de l’enfant, et particulièrement un certain archiprêtre, son oncle, s’occupèrent avec soin de son éducation et le firent dès le début instruire à la manière ecclésiastique, pour imbiber dès son enfance, comme une argile neuve, d’un parfum de sainteté que rien ne pourrait modifier celui que Dieu destinait à être un vase d’élection.
  2. Il fut envoyé à Palencia pour y être formé dans les arts libéraux, dont l’étude fleurissait en ce lieu. Quand il pensa qu’il les avait suffisamment appris, il abandonna ces études, comme s’il craignait de dépenser pour elles avec trop peu de fruit la brièveté du temps d’ici-bas, se hâta de passer à l’étude de la théologie et se mit à se nourrir avec avidité des Écritures saintes, les trouvant plus douces que le miel à sa bouche.
  3. Il passa donc quatre années dans ces études sacrées. Telle était sa persévérance et son avidité à puiser dans les eaux des Saintes Écritures qu’infatigable quand il s’agissait d’étudier, il passait les nuits à peu près sans sommeil, cependant que dans le plus profond de son esprit, la mémoire tenace retenait dans son sein la vérité que recevait l’oreille. Et ce qu’il apprenait avec facilité, grâce à ses dons, il l’arrosait des sentiments de sa piété et en faisait germer des œuvres de salut ; il accédait de la sorte à la béatitude, au jugement de la Vérité même qui proclame dans l’Évangile : “bienheureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et la gardent”. Il y a en effet deux manières de garder la parole divine : par l’une nous retenons dans la mémoire ce que nous recevons par l’oreille ; par l’autre nous consacrons dans les faits et manifestons par l’action ce que nous avons entendu. Nul ne conteste que cette dernière façon de garder est la plus louable des deux : ainsi le grain de froment se garde mieux quand on le confie à la terre que si on le laisse dans un coffre. Cet heureux serviteur de Dieu ne négligeait ni l’une ni l’autre méthode. Sa mémoire, comme un grenier de Dieu, était toujours prompte à fournir une chose après l’autre, tandis que ses actions et ses œuvres manifestaient à l’extérieur de la façon la plus éclatante ce qui se cachait dans le sanctuaire de son cœur. Puisqu’il embrassait les lois du Seigneur avec tant de ferveur affectueuse et recevait la voix de l’Épouse avec un tel assentiment de piété et de bonne volonté, le Dieu de toute science fit augmenter sa grâce. Il put recevoir autre chose que les breuvages lactés de l’enfance. Il pénétra les arcanes des questions difficiles, dans l’humilité de son intelligence et de son cœur, et surmonta très aisément l’épreuve d’un aliment plus solide.
  4. Dès le berceau, il fut d’un très bon naturel et déjà son enfance insigne annonçait le grand avenir qu’on pouvait attendre de sa maturité. Il ne se mêlait pas à ceux qui se livraient aux jeux et ne tenait pas compagnie aux gens de conduite légère. À la façon tranquille de Jacob il évitait les divagations d’Ésaü, ne quittant ni le sein de sa mère l’Église, ni le calme sanctifié de la cellule domestique. On eût cru voir un jeune et un vieillard ensemble ; bien que le faible nombre de ses jours ait déclaré l’enfance, la maturité de son attitude et la fermeté de ses mœurs proclamaient le vieillard. Il rejetait les chansons dissolues du monde, suivant la route immaculée. Il conserva jusqu’à la fin l’intégrale beauté de sa virginité pour le Seigneur, amant de ce qui est intact.

 

Apparition que vit sa mère tandis qu’il était enfant

  1. Cependant, Dieu qui voit le futur daigna faire entrevoir déjà, dès son jeune âge, qu’on devait espérer de cet enfant un avenir insigne. Une vision le montra à sa mère portant la lune sur le front ; ce qui signifiait évidemment qu’il serait un jour donné comme lumière des nations, pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres à l’ombre de la mort. L’événement le prouva dans la suite.

 

Ce qu’il fit pour les pauvres au cours d’une famine

  1. Au temps où il poursuivait ses études à Palencia, une grande famine s’étendit sur presque toute l’Espagne. Ému par la détresse des pauvres et brûlant en lui-même de compassion, il résolut par une seule action d’obéir à la fois aux conseils du Seigneur et de soulager de tout son pouvoir la misère des pauvres qui mouraient. Il vendit donc les livres qu’il possédait pourtant vraiment indispensables et toutes ses affaires. Constituant alors une aumône, il dispersa ses biens et les donna aux pauvres. Par cet exemple de bonté, il anima si fort le cœur des autres théologiens et des maîtres, que ceux-ci, découvrant l’avarice de leur lâcheté en présence de la générosité du jeune homme, se mirent à répandre dès lors de très larges aumônes.

 

Sa vocation à l’Église d’Osma

  1. Tandis que l’homme de Dieu disposait ces élévations dans son cœur, progressant de vertu en vertu et se surpassant lui-même chaque jour, paraissait admirable et brillait entre tous par la pureté de la vie comme l’étoile du matin au milieu des nuées, sa renommée parvint aux oreilles de l’évêque d’Osma. Celui-ci s’informa avec soin de la vérité de ces bruits, manda près de lui Dominique et le fit chanoine régulier de son Église.

 

Au chapitre d’Osma

  1. Aussitôt celui-ci se mit à briller parmi les chanoines comme l’étoile du berger, le dernier par l’humilité du cœur, le premier par la sainteté. Il devint pour les autres le parfum qui conduit à la vie, semblable à l’encens qui embaume dans les jours d’été. Chacun s’étonne de ce sommet si rapidement et si secrètement atteint dans la vie religieuse ; on le choisit pour sous-prieur, jugeant qu’ainsi placé sur un piédestal élevé, il verserait à tous les regards sa lumière et inviterait chacun à suivre son exemple. Comme l’olivier qui fructifie, ou comme le cyprès qui s’élève vers le ciel, il usait nuit et jour le sol de l’église, vaquait sans cesse à la prière et rachetait le temps de sa contemplation en n’apparaissant pour ainsi dire jamais hors de l’enceinte du monastère. Dieu lui avait donné une grâce spéciale de prière envers les pécheurs, les pauvres, les affligés : il en portait les malheurs dans le sanctuaire intime de sa compassion et les larmes qui sortaient en bouillonnant de ses yeux manifestaient l’ardeur du sentiment qui brûlait en lui-même.
  2. C’était pour lui une habitude très courante de passer la nuit en prière. La porte close, il priait son Père. Au cours et à la fin de ses oraisons, il avait accoutumé de proférer des cris et des paroles dans le gémissement de son cœur ; il ne pouvait se contenir et ces cris, sortant avec impétuosité, s’entendaient nettement d’en haut. Une de ses demandes fréquentes et singulières à Dieu était qu’il lui donnât une charité véritable et efficace pour cultiver et procurer le salut des hommes : car il pensait qu’il ne serait vraiment membre du Christ que le jour où il pourrait se donner tout entier, avec toutes ses forces, à gagner des âmes, comme le Seigneur Jésus, Sauveur de tous les hommes, se consacra tout entier à notre salut. Lisant et chérissant le livre intitulé Collations des Pères, qui traite des vices et de tout ce qui touche à la perfection spirituelle, il s’efforça d’explorer avec lui les sentiers du salut puis de les suivre de toute la force de son âme. Avec le secours de la grâce, ce livre le fit parvenir à un degré difficile à atteindre de pureté de conscience, à beaucoup de lumière sur la contemplation et à un grand sommet de perfection.

 

Comment l’évêque d’Osma partit pour les Marches

  1. Tandis que la belle Rachel le réchauffait ainsi de ses embrassements, Lia perdit patience et se mit à réclamer de lui qu’il apaisât l’opprobre de ses yeux chassieux en lui donnant, par sa visite, une nombreuse postérité. Il arriva donc en ce temps que le roi Alphonse de Castille conçut le désir de marier son fils Ferdinand à une fille noble des Marches. Il vint trouver l’évêque d’Osma et lui demanda d’être son procureur en cette affaire. L’évêque acquiesça aux prières du roi. Et bientôt, s’adjoignant une escorte d’honneur selon les exigences de sa dignité sainte et prenant également avec lui l’homme de Dieu Dominique, sous-prieur de son Église, il prit la route et parvint à Toulouse.
  2. Lorsqu’il eut découvert que les habitants de ce territoire, depuis un certain temps déjà, étaient devenus hérétiques, il se sentit troublé d’une grande compassion pour tant d’âmes misérablement égarées. Au cours de la nuit même où ils logèrent dans la cité, le sous-prieur attaqua avec force et chaleur l’hôte hérétique de la maison, multipliant les discussions et les arguments propres à le persuader. L’hérétique ne pouvait résister à la sagesse et à l’esprit qui s’exprimaient : par l’intervention de l’Esprit divin, Dominique le réduisit à la foi.
  3. Quittant la ville, ils arrivèrent au prix de beaucoup de fatigues à leur destination, au pays de la jeune fille. Ils exposèrent la raison du voyage, obtinrent le consentement demandé et se hâtèrent aussitôt de revenir auprès du roi, à qui l’évêque annonça le succès de l’affaire et le consentement de la jeune fille. Le roi l’envoya de nouveau, dans un train de plus grand apparat, pour ramener avec tous les honneurs qui convenaient la future épouse de son fils. Lorsque après avoir affronté derechef le fatigant voyage, l’évêque arriva dans les Marches, il apprit que la jeune fille était morte. Dieu disposait ainsi des causes du voyage dans ses vues salutaires, préludant à l’occasion de cette course à des noces autrement précieuses entre Dieu et les âmes, qu’il entendait ramener de par toute l’Église, et de beaucoup d’erreurs et de péchés, aux épousailles du salut éternel. L’événement le prouva dans la suite.

 

Comment il se rendit auprès du pape et ce dont il traita

  1. L’évêque fit annoncer la nouvelle à son roi et saisit l’occasion d’aller rapidement avec ses clercs faire sa visite à la Curie. Abordant le Souverain Pontife, le seigneur Innocent, il le pria avec instance de lui accorder comme une grâce, si c’était possible, la permission de se démettre, alléguant son insuffisance à beaucoup d’égards et l’immense dignité de la charge qui dépassait ses forces. En même temps il révélait au Souverain Pontife que son intention profonde était de travailler de toutes ses forces à la conversion des Cumans, si l’on daignait admettre sa démission. Le pape ne se rendit pas aux instances de cette requête. Il ne consentit même pas, bien que l’évêque le lui ait demandé, à lui enjoindre en rémission de ses péchés de franchir pour prêcher la frontière des Cumans tout en conservant sa charge épiscopale. Dieu agissait mystérieusement dans cette affaire, réservant à la moisson féconde d’un autre genre de salut les labeurs d’un si grand homme.

 

Comment il prit l’habit à Cîteaux

  1. Sur le chemin de retour, il visita Cîteaux. La vue de la régularité de cette multitude de serviteurs de Dieu et l’attrait de leur haute vie religieuse le poussèrent à revêtir là-bas l’habit monastique. Prenant avec lui quelques moines qui devaient l’instruire dans leur forme de vie régulière, il se pressait déjà de revenir en Espagne, sans se douter encore de l’obstacle qui, par la volonté divine, allait se dresser contre son impatience.

 

Le conseil qu’il donna aux commissaires du pape.

  1. En ce temps-là le pape, le seigneur Innocent, avait envoyé douze abbés de l’ordre de Cîteaux sous la direction d’un légat prêcher la foi contre les hérétiques albigeois. Ces missionnaires venaient de se réunir solennellement en concile avec l’archevêque, les évêques et les autres prélats de ce territoire et délibéraient sur la méthode qui leur permettrait de remplir leur mission avec le plus de fruit.
  2. Tandis qu’ils tenaient ainsi conseil, il arriva que l’évêque d’Osma passa par Montpellier où se poursuivait le concile. Ils accueillent le voyageur avec honneur et requièrent son conseil, le sachant plein de sainteté et de maturité, de justice et de zèle pour la foi. Homme de réflexion, bien instruit des voies divines, l’évêque posa quelques questions sur les usages et la conduite des hérétiques et remarqua que leur méthode habituelle pour attirer des gens à leur parti perfide était de confirmer leurs arguments et leurs prédications par les exemples d’une sainteté simulée. Apercevant alors, de l’autre bord, le train considérable des missionnaires, l’ampleur de leur dépense, de leur équipage et de leur vêtement : “Ce n’est pas ainsi, dit-il, frères, ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder. Il me semble impossible de réduire à la foi par des paroles seules des hommes qui s’appuient avant tout sur des exemples. Voyez les hérétiques : ils montrent les dehors de la dévotion et donnent aux gens simples pour les convaincre l’exemple menteur de la frugalité évangélique et de l’austérité. Si donc vous venez étaler des façons de vivre opposées, vous édifierez peu, vous détruirez beaucoup et ces gens refuseront d’adhérer. Chassez un clou par l’autre, mettez en fuite une sainteté feinte par un véritable esprit religieux ; seule une humilité vraie peut vaincre la jactance de ces pseudo-apôtres. Ainsi Paul a-t-il été contraint de faire l’insensé et d’énumérer ses vertus véritables, en proclamant les austérités et les périls qu’il avait affrontés, pour réfuter l’arrogance de gens qui se glorifiaient de leur vie méritoire.” “Quel conseil nous donnez-vous donc, père très bon ?” disent-ils. Et lui : “Faites ce que vous me verrez faire !” Aussitôt, envahi par l’esprit du Seigneur, il appelle les siens, les renvoie à Osma avec son équipage, son bagage et divers objets d’apparat qu’il avait emportés avec lui, ne conservant que quelques clercs dans sa compagnie. Puis il déclare son intention de s’attarder dans ce territoire pour y répandre la foi.
  3. Il retint également avec lui le sous-prieur Dominique, qu’il estimait beaucoup et serrait contre son cœur dans un grand sentiment de charité. C’était frère Dominique, fondateur en même temps que frère de l’Ordre des Prêcheurs qui, à partir de ce moment, ne se fit plus appeler que frère et non plus sous-prieur. Il était vraiment Dominicus toditus, c’est-à-dire protégé par le Seigneur contre la tache du péché, vraiment Dominicus todiens, gardant de tout son pouvoir la volonté de son Seigneur.
  4. À l’ouïe de ce conseil, les abbés missionnaires, animés par l’exemple, acceptèrent de s’engager de la même manière. Chacun renvoya chez lui les bagages qu’il avait apportés, conservant néanmoins les livres nécessaires en leur temps pour l’office, l’étude et la dispute. Sous la direction de l’évêque, qu’ils constituèrent comme supérieur et, pour ainsi dire, chef de toute l’affaire, ils commencèrent à proclamer la foi, à pied, sans frais d’argent, dans la pauvreté volontaire. Ce que voyant les hérétiques se mirent de leur côté à prêcher avec plus de vigueur.

 

Les disputes de foi.

  1. On institua de nombreuses disputes, sous l’arbitrage de députés, à Pamiers, Lavaur, Montréal et Fanjeaux. Aux jours convenus, grands seigneurs, chevaliers, femmes nobles et populations se rassemblaient pour assister à la discussion de foi.

 

Le miracle du feu.

  1. Il arriva qu’un jour on institua à Fanjeaux une célèbre dispute, à laquelle on avait convoqué un très grand nombre de gens, tant fidèles qu’infidèles. La plupart des défenseurs de la foi avaient entre-temps rédigé des mémoires dans lesquels ils avaient couché leurs arguments et les citations authentiques qui confirmaient la foi. À l’examen d’ensemble, le mémoire du bienheureux Dominique fut plus apprécié que les autres et l’assemblée l’approuva pour qu’on le présentât, en même temps que le mémoire rédigé par les hérétiques, aux trois arbitres élus par les parties ensemble pour porter le jugement final. On devait considérer comme victorieuse la créance de la partie dont les arbitres estimeraient le mémoire mieux fondé en raison.
  2. Les arbitres ne parvinrent pas à se mettre d’accord en faveur de l’une des parties, en dépit d’une longue discussion verbale. Il leur vint alors à l’esprit l’idée de jeter les deux mémoires dans les flammes : si l’un d’entre eux n’était pas consumé, c’est qu’indubitablement il contenait la vérité de foi. On allume donc un grand feu ; on y lance l’un et l’autre livre. Le livre des hérétiques se consume aussitôt. Mais l’autre, qu’avait écrit l’homme de Dieu Dominique, non seulement demeure intact, mais saute au loin sortant des flammes en présence de tous. Relancé une deuxième, une troisième fois, à chaque fois il ressortit, manifestant ouvertement et la vérité de la foi et la sainteté de celui qui l’avait rédigé.
  3. Une telle beauté morale éclatait cependant dans l’homme de Dieu, l’évêque d’Osma, qu’il s’attirait l’affection même des infidèles et pénétrait jusqu’au coeur de tous ceux parmi lesquels il vivait ; aussi les hérétiques affirmaient-ils à son sujet qu’il était impossible qu’un tel homme ne fût prédestiné à la vie et qu’il n’avait été envoyé dans leur région que pour y apprendre parmi eux les règles de la vraie foi.

 

Institution d’un monastère de sœurs à Prouille.

  1. Il institua un monastère pour recueillir quelques femmes nobles que leurs parents, par pauvreté, confiaient à l’instruction et à l’éducation des hérétiques. La maison située entre Fanjeaux et Montréal, au lieu-dit Prouille, existe toujours. Les servantes de Dieu continuent d’y offrir un culte agréable à leur créateur et mènent, dans une sainteté vigoureuse et la pure clarté de leur innocence, une vie qui leur est salutaire, exemplaire aux autres hommes, plaisante aux anges et agréable à Dieu.

 

Le retour de l’évêque à Osma, en Espagne, et sa mort.

  1. L’évêque Diègue poursuivit durant deux années cette prédication. À ce moment, craignant qu’on ne l’accusât de négligence à l’endroit de son Église domestique d’Osma s’il s’attardait plus longuement, il décida de retourner en Espagne. Il se proposait, après avoir accompli la visite de son Église, d’en ramener quelque argent avec lui pour achever le monastère féminin dont nous venons de parler, puis de revenir. Alors, avec l’assentiment du pape, il instituerait dans ces régions des hommes capables dans la prédication, dont l’office serait d’écraser sans relâche les erreurs des hérétiques et d’être toujours prêts à soutenir la vérité de la foi.
  2. Il confia la charge spirituelle de ceux qui restaient à l’autorité de frère Dominique, parce que celui-ci était véritablement plein de l’esprit de Dieu ; la charge temporelle à Guillaume Claret de Pamiers, en telle sorte que ce dernier devait rendre compte à frère Dominique de tout ce qu’il ferait.
  3. Il fit aux frères ses adieux, traversa à pied la Castille et parvint à Osma. Peu de jours après il tomba malade et parvint au terme de cette vie présente qu’il acheva dans une grande sainteté. Il reçut le prix de gloire de ses bons labeurs et pénétra chargé de fruits dans le tombeau, pour un repos dans l’abondance. On dit qu’après la mort des miracles l’ont illustré. Il ne serait pas étonnant qu’il fût puissant auprès du Dieu tout-puissant et qu’il fît des prodiges, lui qui brilla parmi les hommes, dans ce séjour de faiblesse et de larmes, des signes de tant de grâces et d’un si beau rayonnement de vertus.

 

Départ des missionnaires envoyés par le pape au pays d’Albigeois.

  1. Quand on apprit le trépas de l’homme de Dieu, chacun de ceux qui restaient dans le Toulousain s’en retourna chez lui. Frère Dominique demeura seul sur place et poursuivit sans trêve sa prédication. Quelques-uns, cependant, le suivirent quelque temps, sans s’attacher à lui par l’obéissance. Parmi ces collaborateurs on rencontrait ce Guillaume Claret, déjà mentionné, et un certain frère Dominique, espagnol, qui fut plus tard prieur de Madrid en Espagne.

 

La Prédication de la croisade contre les Albigeois.

  1. Après la mort de l’évêque d’Osma, on se mit à prêcher en France une croisade contre les Albigeois. Car le pape Innocent, indigné du caractère irréductible de la révolte des hérétiques, qu’aucun amour n’attendrissait par la vérité et que le glaive spirituel, c’est-à-dire la parole de Dieu, ne pouvait transpercer, avait décidé de les attaquer du moins par la puissance du glaive matériel.
  2. L’évêque Diègue avait prédit encore de son vivant cette action punitive des rigueurs séculières dans une imprécation prophétique. Il venait un jour de confondre en public, de façon évidente, la rébellion des hérétiques contre la vérité. Un grand nombre de nobles qui l’entendaient se moquèrent et prirent la défense de leurs révolutionnaires par des justifications sacrilèges. Il tendit alors la main vers le ciel dans son indignation et cria : “Seigneur étendez la main et atteignez-les !” Ceux qui entendirent alors cette parole, proférée dans l’élan de l’esprit, y prêtèrent attention plus tard, dans la mesure tout au moins où l’épreuve leur accorda l’intelligence.

 

Persécutions infligées par les hérétiques en Albigeois.

  1. Tandis que les croisés étaient dans le pays et jusqu’à la mort du comte de Montfort, frère Dominique demeura dans son rôle de prédicateur diligent de la parole de Dieu. Quelles persécutions ne dut-il pas subir alors de la part des méchants ! Que de pièges il dut mépriser ! Un jour, il répondit sans se troubler à des gens qui menaçaient de le tuer : “Je ne suis pas digne de la gloire du martyre ; je n’ai pas encore mérité cette mort.” Plus tard, traversant un passage où il soupçonnait qu’une embuscade était tendue contre lui, il s’avançait l’allure joyeuse et en chantant. Quand on eut raconté le fait aux hérétiques, ils s’étonnèrent d’une si ferme contenance et lui demandèrent : “Est-ce que tu n’as pas peur de la mort ? Qu’aurais-tu fait si nous nous étions emparés de toi ?” Mais lui : “Je vous aurais priés, dit-il, de ne pas me donner tout de suite des blessures mortelles, mais de prolonger mon martyre en mutilant un par un tous mes membres. Ensuite, de me faire passer sous les yeux les parties amputées de ces membres, de m’arracher alors les yeux, enfin de laisser le tronc baigner en cet état dans son sang ou de l’achever tout à fait. Ainsi, par une mort plus lente, je mériterai la couronne d’un plus grand martyre.” Ces paroles sincères d’un ennemi les stupéfièrent. Ils ne lui dressèrent plus de pièges désormais et cessèrent d’épier l’âme du juste, craignant en lui donnant la mort de lui rendre service plutôt que de lui nuire. Quant à lui, il s’occupait de toutes les forces d’un zèle brûlant à gagner au Christ le plus d’âmes qu’il lui était possible. Il y avait dans son cœur une ambition surprenante et presque incroyable pour le salut de tous les hommes.

 

Comment il voulut se vendre pour venir en aide à quelqu’un.

  1. Il n’était pas dépourvu non plus de cette forme suprême de charité qui donne sa vie pour ses amis. Il avait en effet rencontré un certain infidèle, qu’il engageait et exhortait à revenir au sein fidèle de notre mère l’Église. Mais l’homme invoquait en réponse la nécessité de la vie matérielle qui l’obligeait à demeurer dans la société des infidèles : les hérétiques lui assuraient la subsistance qu’il n’avait pas la possibilité d’obtenir d’une autre façon. Dominique compatissant au plus profond de ses sentiments décida de se vendre et de racheter au prix de sa liberté la misère de l’âme en péril. Il l’aurait fait, si le Seigneur qui est riche envers tous n’avait procuré d’ailleurs de quoi réparer l’indigence de l’homme.
  2. Ainsi progressaient la valeur et la renommée du serviteur de Dieu Dominique. Cela provoquait l’envie des hérétiques. Meilleur il était, pires devenaient leurs yeux malades qui ne parvenaient pas à souffrir son rayon de lumière. Ils se moquaient de lui et l’injuriaient en le suivant, tirant le mal du mal de leur cœur. Mais aux injures des infidèles, le dévouement des fidèles répondait en action de grâces. Tous les catholiques avaient pour lui une grande affection. La douceur de sa sainteté et la beauté de sa conduite lui conciliaient le cœur aussi des grands seigneurs ; et les archevêques, évêques et autres prélats de la région le tenaient en très grand honneur.

 

Première idée de fondation.

  1. Le comte de Montfort, aussi, qui l’entourait d’une dévotion spéciale, lui fit don avec l’assentiment de son conseil d’un important château appelé Casseneuil, pour lui et pour les collaborateurs qui pourraient l’aider dans le ministère de salut qu’il avait entrepris. Frère Dominique avait en outre l’église de Fanjeaux et quelques autres possessions. De tous ces biens, lui et les siens tiraient leur subsistance. Mais, sur ces revenus, ils donnaient aux sœurs de Prouille tout ce dont ils pouvaient se priver. L’Ordre des Prêcheurs, en effet, n’avait pas encore été institué. On avait seulement traité de son institution, bien que frère Dominique s’adonnât de toutes ses forces au ministère de la prédication. On n’observait pas non plus la future constitution qui interdit de recevoir des possessions foncières et de conserver celles qu’on a pu recevoir. Depuis la mort de l’évêque d’Osma jusqu’au concile de Latran, il s’écoula presque dix années, pendant lesquelles frère Dominique demeura à peu près seul dans la région.

 

Des deux premiers frères qui firent leur oblation à frère Dominique.

  1. Quand approchait déjà le concile de Latran, au temps où les évêques commençaient à gagner Rome, deux Toulousains distingués et capables firent leur oblation à frère Dominique. L’un deux était Pierre Seila, le futur prieur de Limoges ; l’autre frère Thomas, sujet doué de beaucoup de grâce et d’éloquence. Le premier, frère Pierre, possédait auprès du château narbonnais des maisons hautes et nobles ; il les transmit à frère Dominique et à ses compagnons qui, à partir de ce moment, trouvèrent dans ces maisons leur premier logis toulousain. Dès lors, tous ceux qui étaient avec frère Dominique se mirent à descendre les degrés de l’humilité et à se conformer aux mœurs des religieux.

 

Les revenus qui assuraient leur nourriture et leurs premières nécessités.

  1. Cependant l’évêque Foulques de Toulouse, d’heureuse mémoire, qui éprouvait pour frère Dominique, bien-aimé des hommes et de Dieu, une tendre affection, voyant la régularité des frères, leur grâce et leur ferveur dans la prédication, fut transporté de joie à cette aurore de lumière nouvelle. Avec le consentement de tout son chapitre, il leur accorda le sixième de toutes les dîmes du diocèse, pour qu’ils se procurent avec ce revenu ce qui leur était nécessaire en fait de livres et de vivres.

 

Comment maître Dominique, avec l’évêque de Toulouse, s’en vint auprès du pape.

  1. Frère Dominique se joignit à l’évêque et tous deux se rendirent au concile pour prier d’un même voue le seigneur pape Innocent de confirmer à frère Dominique et à ses compagnons un ordre qui serait et s’appellerait des Prêcheurs. On demanderait également confirmation des revenus assignés aux frères par le comte et l’évêque.
  2. Quand il les eut entendus présenter leur requête, l’évêque du siège de Rome invita frère Dominique à retourner près de ses frères, à délibérer pleinement avec eux sur cette affaire, puis, avec leur consentement unanime, à vouer quelque règle approuvée. L’évêque leur assignerait alors une église. Finalement, frère Dominique reviendrait trouver le pape et recevrait confirmation sur tous les points.

 

Premières coutumes.

  1. C’est ainsi qu’après la célébration du concile ils revinrent et communiquèrent aux frères la réponse du pape. Bientôt après ils firent profession de la règle de saint Augustin, cet éminent prêcheur, eux les Prêcheurs futurs. Ils s’imposèrent en outre quelques coutumes de plus stricte observance, en matière de nourriture, de jeûnes, de coucher et de port de la laine. Ils résolurent et instituèrent de ne pas avoir de biens-fonds, pour que le tracas des affaires temporelles ne fût pas un obstacle au ministère de la prédication. Ils décidèrent d’avoir encore et seulement des revenus.
  2. De plus l’évêque de Toulouse, avec l’assentiment de son chapitre, leur accorda trois églises : l’une dans le périmètre de la cité, une autre dans la campagne de Pamiers, la troisième entre Sorèze et Puylaurens, à savoir l’église de Sainte-Marie de Lescure. On devait établir une communauté priorale en chacune d’entre elles.

 

Première église concédée aux frères à Toulouse.

  1. En l’an du Seigneur 1216, pendant l’été, les frères reçurent en don leur première église toulousaine, dédiée à saint Romain. Aucun frère n’habita jamais dans les deux autres églises. Dans celle de Saint-Romain, par contre, on se mit aussitôt à élever un cloître, avec un étage de cellules suffisamment commodes pour étudier et pour dormir. Le nombre des frères était alors de seize environ.

 

Mort du seigneur Innocent et couronnement du pape Honorius. Confirmation de l’ordre.

  1. Entre-temps le seigneur pape Innocent fut enlevé de cette terre. On lui donna pour successeur Honorius. Frère Dominique vint bientôt le trouver. Il en obtint pleinement et en tout, selon l’idée et l’organisation qu’il en avait conçue, la confirmation de l’ordre et de tout ce qu’il voulait.

 

Mort du comte de Montfort, prévue par maître Dominique.

  1. En l’an du Seigneur 1217, les gens de Toulouse se préparèrent à se révolter contre le comte de Montfort. Il semble que l’homme de Dieu Dominique l’apprit peu avant par l’Esprit. Il lui fut en effet montré dans une vision un arbre de large envergure et de bel agrément, dans les rameaux duquel habitaient grand nombre d’oiseaux. Or l’arbre s’abattit, et les oiseaux qui s’y reposaient s’enfuirent de tous côtés. Plein de l’esprit de Dieu, frère Dominique comprit donc qu’un danger de mort imminent menaçait le comte de Montfort, ce grand et très haut chef, soutien d’une multitude de petits.
  2. Il invoqua le Saint-Esprit, convoqua tous les frères et leur dit qu’il avait pris dans son cœur la décision de les envoyer tous à travers le monde, en dépit de leur petit nombre, et que désormais ils n’habiteraient plus tous ensemble en ce lieu. Chacun s’étonna de l’entendre proclamer catégoriquement une décision si rapidement prise. Mais l’autorité manifeste que lui donnait la sainteté les animait si bien, qu’ils acquiescèrent avec assez de facilité, pleins d’espoir quant à l’heureuse issue de cette décision.
  3. Il lui parut bon de faire élire abbé un frère qui régirait les autres par autorité, en qualité de supérieur et de chef. Il se réserva toutefois le pouvoir de le contrôler. Ainsi frère Matthieu fut-il canoniquement élu en qualité d’abbé. Il fut dans l’ordre le premier et le dernier à porter ce titre d’abbé, car les frères décidèrent dans la suite, pour souligner l’humilité, que celui qui serait à la tête de l’ordre ne s’appellerait pas abbé, mais maître.

 

Les frères envoyés en Espagne.

  1. Quatre frères furent dirigés sur l’Espagne : frère Pierre de Madrid et frère Gomez, frère Michel de Ucero et frère Dominique. Les deux derniers furent renvoyés dans la suite de Rome à Bologne, où ils restèrent, par maître Dominique qu’ils étaient allés rejoindre en revenant d’Espagne. Ils n’avaient pas réussi en effet à réaliser là-bas les fruits qu’ils espéraient. Les deux autres, par contre, obtenaient d’abondants succès et distribuaient la parole de Dieu. Ce frère Dominique était un homme d’une rare humilité, de peu de science mais d’une vertu magnifique. Il ne sera pas inutile de rappeler brièvement quelques souvenirs à son sujet.

 

D’un certain frère Dominique. Comment il triompha des tentations d’une femme.

  1. Un complot avait été monté, avec la complicité peut-être de quelques rivaux envieux, pour le faire aborder sous prétexte de confession par certaine courtisane effrontée, instrument de Satan, piège de la chasteté et torche de tous les vices. Elle l’interpella en ces termes : “Je suis dans l’angoisse ! Je brûle sans mesure, je suis consumée par un feu véhément ! Mais, hélas, celui que j’aime ne me connaît pas ; et si même il me connaissait, il me mépriserait sans doute. Et pourtant combien son amour a pénétré mon cœur irrémédiablement ! Donnez-moi, je vous prie, un conseil ; apportez le remède à une âme qui meurt. Vous le pouvez.” Tandis que la courtisane travaillait à séduire l’innocent par ces discours empoisonnés et choisis et que son insistance ne s’amollissait pas devant les idées de salut dont le frère essayait de la persuader, celui-ci découvrit out à coup le genre de la personne et le péril qu’il courait. “Allez-vous- en pour un instant, dit-il et revenez ensuite. Je vais préparer un endroit convenable pour nous rencontrer.” Il entra dans sa chambre et prépara deux feux de part et d’autre, très voisins pourtant l’un de l’autre. Quand la courtisane arriva, il s’étendit entre les deux et l’invita à le rejoindre : “Voilà, dit-il, l’endroit convenable pour un si grand forfait. Venez, s’il vous plaît, que nous couchions ensemble.” La femme horrifiée à la vue de cet homme qui se précipitait impavide dans les braises et les jets de flammes, poussa des cris et se retira touchée par le remords. Il se leva intact. L’ardeur des séductions impures non plus que le feu matériel n’avait aucunement réussi à le vaincre.

 

Les premiers frères envoyés à Paris.

  1. Furent envoyés à Paris frère Matthieu qu’on avait élu comme abbé, et frère Bertrand qui fut plus tard provincial de Provence. C’était un homme de grande sainteté et d’une inexorable rigueur à son propre sujet, qui mortifiait très durement sa chair. Il s’était imprégné sur de nombreux points de l’attitude exemplaire de maître Dominique, dont il avait été parfois le compagnon de route. L’un et l’autre, dis-je, furent dirigés sur Paris, avec des lettres du Souverain Pontife, pour y publier l’ordre. Deux autres frères les accompagnaient pour faire leurs études, frère Jean de Navarre et frère Laurent l’Anglais. Ce dernier, avant d’arriver à Paris, apprit par révélation du Seigneur il le prédit et la réalisation des événements le prouva dans la suite une bonne part de ce qui arriva aux frères à Paris, la nature et l’emplacement de leur habitation, la réception de nombreux frères. Indépendamment de ces quatre frères, frère Mannès, frère utérin de maître Dominique, et frère Michel d’Espagne allèrent également à Paris, emmenant avec eux un convers appelé Odéric.
  2. Tous furent envoyés à Paris. Mais les trois derniers firent route plus vite et arrivèrent plus tôt : ils entrèrent dans la ville la veille des Ides de septembre ; au bout de trois semaines les autres les suivirent. Ils louèrent une maison près de l’hôpital de Notre-Dame, en face des portes de l’évêché.

 

Don de la maison de Saint-Jacques aux frères de Paris.

  1. En l’an du Seigneur 1218, les frères reçurent la maison de Saint-Jacques par une donation, qui n’était pas encore absolue, de maître Jean, doyen de Saint-Quentin, et de l’université de Paris, à la prière instante du seigneur pape Honorius. Ils y entrèrent pour l’habiter le huit des Ides d’août.

 

Les premiers frères envoyés à Orléans.

  1. La même année on envoya à Orléans quelques frères jeunes et simples ; petite semence qui fut cependant dans la suite le principe d’une descendance abondante.

 

Les premiers frères envoyés à Bologne.

  1. Au commencement de l’année du Seigneur 1218, maître Dominique envoya de Rome à Bologne : frère Jean de Navarre et aussi frère Bertrand ; plus tard frère Chrétien avec un frère convers. S’installant à Bologne, ils connurent la gêne d’une grande pauvreté.

 

Réception miraculeuse dans l’ordre, de maître Réginald par maître Dominique, à Rome.

  1. La même année, maître Dominique se trouvait à Rome lorsqu’y parvint le doyen de Saint-Aignan d’Orléans, maître Réginald, qui se préparait à traverser la mer. C’était un homme de grande renommée, savant très docte, illustre par ses dignités, qui avait occupé cinq ans à Paris la chaire de droit canon. À peine arrivé, il tomba gravement malade. Maître Dominique vint lui rendre quelquefois visite. Quand il l’engagea à suivre la pauvreté du Christ et à s’associer à l’ordre, il obtint son consentement libre et plein d’y entrer, au point que maître Réginald s’y astreignit par voue.
  2. Or Réginald guérit de sa maladie grave et d’un péril presque désespéré, non sans l’intervention miraculeuse de la puissance divine. Car la Vierge Marie, reine du ciel, mère de miséricorde, vint à lui sous forme visible au milieu des ardeurs de la fièvre et frotta d’un onguent guérisseur qu’elle portait avec elle, ses yeux, ses narines, ses oreilles, sa bouche, son nombril, ses mains et ses pieds, en ajoutant ces mots : “J’oins tes pieds avec l’huile sainte, pour qu’ils soient prêts à annoncer l’Évangile de paix.” Elle lui fit voir en outre tout l’habit de notre ordre. Tout aussitôt il se trouva guéri et si subitement reconstitué dans tout le corps que les médecins, qui avaient presque désespéré de sa convalescence, s’étonnaient de constater les signes d’une guérison achevée. Dans la suite maître Dominique fit connaître publiquement ce remarquable miracle à bien des gens qui vivent encore. J’ai moi-même assisté naguère à Paris à une conférence spirituelle où il le raconta à un assez grand nombre de personnes.

 

Comment maître Réginald traversa la mer, puis, prêchant à Bologne, au retour, fit entrer beaucoup de gens dans l’ordre.

  1. Dès qu’il eut recouvré la santé, maître Réginald accomplit son projet de traverser la mer, bien que la profession déjà l’eût attaché à l’ordre. Au retour il vint à Bologne, le 12 des calendes de janvier. Il ne tarda pas à se consacrer tout entier à la prédication. Son éloquence était d’un feu violent et son discours, comme une torche ardente, enflammait le cœur de tous les auditeurs : bien peu de gens avaient un tel roc dans le cœur qu’ils pussent se dérober à l’effet de son feu. Bologne tout entière était en effervescence, il semblait qu’un nouvel Élie venait de se lever. Maître Réginald reçut alors dans l’ordre bien des gens de Bologne, le nombre des disciples se mit à augmenter et beaucoup se joignirent à eux.

 

Voyage en Espagne de maître Dominique et son retour.

  1. La même année, maître Dominique passa en Espagne. Il y établit deux maisons ; l’une à Madrid, qui est maintenant une maison de moniales ; l’autre à Ségovie, qui fut la première maison des frères en Espagne. Au retour, il vint à Paris, en l’an du Seigneur 1219 ; il y trouva une communauté d’environ trente frères.
  2. Il n’y demeura que peu de temps et partit pour Bologne, où il trouva, à Saint-Nicolas, un grand collège de frères que le soin et le zèle de frère Réginald élevaient sous la règle du Christ. Tous l’accueillirent avec joie à son arrivée, avec respect et déférence, comme on fait pour un père. Il s’installa chez eux et s’occupa de façonner l’enfance encore tendre de la nouvelle pépinière par ses instructions spirituelles et par ses propres exemples.

 

Il envoie maître Réginald à Paris.

  1. Cependant, il fit passer frère Réginald de Bologne à Paris. Ce fut une désolation parmi les fils que celui-ci avait engendrés récemment dans le Christ par la parole de l’Évangile ; chacun pleurait d’être si rapidement attaché aux mamelles sacrées de sa mère coutumière.
  2. Mais tout cela s’accomplissait par un instinct divin. C’était merveille de voir comment le serviteur de Dieu, maître Dominique, lorsqu’il distribuait ses frères de-ci de-là, dans les divers quartiers de l’Église de Dieu, ainsi que nous le rappelions plus haut, le faisait avec certitude, sans hésiter ni balancer, bien que d’autres au même moment fussent d’avis qu’il ne fallait pas faire ainsi. Tout se passait comme s’il était déjà certain de l’avenir, ou que l’Esprit l’eût renseigné par ses révélations. Et qui donc oserait le mettre en doute ? Il n’avait au début qu’un petit nombre de frères, simples pour la plupart et faiblement instruits, et il les divisait, les dispersait en mission à travers les Églises d’une telle manière que les enfants du siècle jugeaient, dans leur prudence, qu’il paraissait détruire l’œuvre ébauchée plutôt que l’agrandir. Mais il aidait ses missionnaires par l’intercession de ses prières et la puissance du Seigneur travaillait à les multiplier.

 

L’arrivée de maître Réginald à Paris et sa mort.

  1. Frère Réginald, de sainte mémoire, s’en vint donc à Paris et se mit à prêcher avec une ferveur spirituelle infatigable, par la parole et par l’exemple, le Christ Jésus et Jésus crucifié. Mais le Seigneur l’enleva bientôt de la terre. Parvenu vite à son achèvement, il traversa en peu de temps une longue carrière. Enfin, il tomba bientôt malade et, arrivant aux portes de la mort charnelle, s’endormit dans le Seigneur et s’en alla vers les richesses de gloire de la maison de Dieu, lui qui, durant sa vie, s’était manifesté l’amant résolu de la pauvreté et de l’abaissement. Il fut enseveli dans l’église de Notre-Dame-des-Champs, car les frères n’avaient pas encore de lieu de sépulture.

 

Parole de maître Réginald sur la joie qu’il éprouvait dans l’ordre.

  1. Il me souvient que tandis qu’il vivait encore, frère Matthieu qui l’avait connu, dans le siècle, glorieux et difficile dans sa délicatesse, l’interrogea parfois avec étonnement : “N’éprouvez-vous pas quelque répugnance, maître, à cet habit que vous avez pris ?” Mais lui, en baissant la tête : “Je crois n’avoir aucun mérite à vivre dans cet ordre, répondit-il, car j’y ai toujours trouvé trop de joie.”

 

De certaine vision qui suivit sa mort.

  1. La nuit même où l’esprit de ce saint homme s’envola vers le Seigneur, j’eus une vision. Je n’étais pas encore un frère selon l’habit, mais j’avais déjà émis ma profession entre ses mains. Je voyais donc les frères portés par un navire à travers les eaux. Puis le navire qui les portait coula ; mais les frères sortirent indemnes des eaux. J’estime que ce navire est frère Réginald lui-même, que les frères de ce temps, vraiment, considéraient comme le nourricier qui les portait.

 

Autre vision.

  1. Un autre eut également une vision avant la mort du frère. C’était une fontaine limpide qui se fermait ; deux autres jaillissaient aussitôt pour la remplacer. Je n’ose décider si cette vision disait vrai, car je suis trop conscient de ma propre stérilité. Mais je sais une chose, c’est qu’à Paris frère Réginald n’a reçu à la profession que deux personnes, dont je fus la première ; la seconde était frère Henri, le futur prieur de Cologne, l’ami le plus cher dans le Christ à mon affection singulière, je le crois, entre tous les mortels, vase d’honneur et de grâce, plus rempli de grâce qu’aucune créature que j’aie souvenir d’avoir aperçue dans la vie d’ici-bas. Puisque, dans sa maturité précoce, il s’est hâté de pénétrer dans le repos du Seigneur, il ne sera pas inutile de rappeler quel homme il fut et de quelles vertus.

 

Le frère Henri. Comment et où se fit son éducation.

  1. Ce frère Henri, donc, bien né selon le siècle, était chanoine de l’Église de Maestricht. C’est là qu’il avait été élevé depuis son enfance dans la règle et dans la crainte du Seigneur, par les soins attentifs d’un saint et très religieux chanoine de cette Église. Cet homme juste et bon crucifiait sa chair, foulait aux pieds les séductions de ce siècle mauvais et multipliait les œuvres de piété ; aussi put-il dresser l’âme encore tendre du jeune garçon à la pratique entière de la vertu, lui faire laver les pieds des pauvres, fréquenter l’église, fuir avec horreur les vices, mépriser le luxe, chérir la chasteté. Et lui, en adolescent d’un heureux naturel, se montrait docile en tout à cette éducation et souple à la vertu ; au point que si vous aviez vécu près de lui, vous l’auriez pris pour un ange, persuadés que la perfection était innée chez lui.
  2. Le temps passant, il vint à Paris et sur-le-champ se donna à l’étude de la théologie. Son génie naturel était fort pénétrant et sa raison très équilibrée. Il se joignit à moi, dans mon logement d’étudiant ; or tandis que nous vivions ensemble, une unité de cœur douce et forte à la fois s’établit entre nous.
  3. Entre-temps, frère Réginald, d’heureuse mémoire, s’en vint à Paris et se mit à prêcher hardiment. La grâce de Dieu me prévint, et j’imaginai et me promis à moi-même de me donner à l’ordre, persuadé que j’avais trouvé le chemin du salut, tel que je l’avais entrevu dans mon âme avant même de connaître les frères, au cours de réflexions assidues. Lorsque le dessein se fut affermi dans mon cœur, je m’appliquai de tout mon zèle à entraîner avec moi dans un élan semblable le compagnon et l’ami de mon âme ; je voyais bien que ses dons naturels autant que les dons de la grâce le rendraient très efficace dans le ministère du prêcheur. Il résistait, mais je ne cessai pas d’accroître mes instances.

 

Restons ensemble.

  1. Je parvins à l’envoyer à frère Réginald pour qu’il le confessât et lui fit quelque exhortation. Quand frère Henri revint auprès de moi, il ouvrit le livre d’Isaïe, comme pour y chercher un oracle, et ses yeux tombèrent dès l’abord sur le passage où il est dit : “Le Seigneur m’a donné une langue érudite pour que je sache par ma parole soutenir celui qui a trébuché. Il m’éveille le matin, il éveille mon oreille, pour que j’entende comme un maître qui parle. Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, je ne résiste pas, je ne me suis pas retiré en arrière.” [Is. 50,4-5]. Ces paroles du prophète répondaient si exactement à son intention et venaient si clairement du ciel il avait en effet une grande facilité de parole que je n’eus pas de peine à les interpréter dans ce sens et à le presser de plier sa jeunesse sous le joug de l’obéissance. Nous remarquâmes la suite, un peu plus loin : Restons ensemble.” [Is 50,8] Comme si l’on nous avertissait de ne pas nous abandonner l’un l’autre dans cette insigne société.
  2. (Quand il fut plus tard à Cologne et moi à Bologne, il prit occasion de ces mots pour m’écrire : “Où donc est le “restons ensemble”. Vous êtes à Bologne, moi à Cologne !”)

Je lui dis donc : “Quel mérite plus durable, quelle couronne plus glorieuse que de participer à la pauvreté que le Christ a montrée et que les apôtres ont gardée à sa suite, que de mépriser tout le siècle pour son amour ?” Il acquiesçait au jugement de sa raison, mais sa volonté indocile et passive lui faisait sentir le contraire.

 

Comment fut transformée la volonté de frère Henri.

  1. La même nuit il vint aux matines de l’église Notre-Dame ; il y resta jusqu’au petit matin, priant et suppliant la mère du Seigneur de plier sa propre volonté à cette vocation. Mais sa prière ne semblait pas amener de progrès ; il sentait toujours en lui-même la dureté de son coeur. Alors il commença à se prendre en pitié et se préparait à partir en disant : “Je vois bien maintenant, Vierge bienheureuse, que vous me dédaignez. Je n’aurai pas ma part au collège des pauvres du Christ.” Et pourtant son coeur était pressé par la faim de cette perfection qu’il reconnaissait à la pauvreté volontaire, ayant naguère appris du Seigneur, dans une vision, quelle sûre avocate était la pauvreté devant la face du juge rigoureux.

 

Parenthèse sur une vision.

  1. Dans une vision qu’il avait eue, certain jour, en effet, il avait cru comparaître devant le tribunal du Christ. Une multitude immense était là pour être jugée ou pour juger avec le Christ. Il était, lui, parmi les prévenus, bien qu’il n’eût conscience d’aucun crime. Il pensait échapper sain et sauf, dans son innocence. Mais un assesseur du juge, tendant son index vers lui, l’apostropha en ces termes : “Et toi qui comparais, dis, qu’as-tu jamais quitté pour le Seigneur ?” Il fut terrifié par l’extrême sévérité de l’interrogatoire, n’ayant rien à répondre à la question posée. Sur ce, la vision disparut. Averti de la sorte, il n’en souhaitait que davantage d’atteindre la cime de la pauvreté volontaire ; mais la lâcheté de sa volonté l’arrêtait.
  2. Au moment donc où il s’apprêtait à sortir de l’église, comme on l’a rappelé, en lutte avec lui-même et désolé, Celui qui regarde les humbles avec amour bouleversa son cœur de fond en comble : il s’effondra totalement devant le Seigneur, les larmes l’envahirent et son esprit enfin se détendit. La rigidité de son cœur fondit sous le souffle violent du Saint-Esprit et le joug suave du Christ, qui un moment plus tôt lui paraissait si lourd, lui devint léger tout à fait et joyeux. Il se leva dans cet élan de ferveur, se hâta d’aller trouver maître Réginald et fit son voue. Bien vite, il revint près de moi. Je remarquai les traces de larmes sur son visage d’ange et lui demandai d’où il venait. Il répondit : “J’ai fait mon voue au Seigneur et je l’accomplirai.” Nous retardâmes jusqu’au début du Carême le début de notre noviciat. Cela nous permit de gagner entre-temps l’un de nos compagnons, le frère Léon, qui fut plus tard le successeur de frère Henri dans son office de prieur.

 

Entrée dans l’ordre des frères Jourdain, Henri et Léon.

  1. Quand arriva le jour où par l’imposition des cendres on rappelle aux fidèles leur origine et leur retour en cendres, nous nous décidâmes nous aussi, en un moment bien convenable pour inaugurer la pénitence, à remplir le voue que nous avions fait au Seigneur, à l’insu de nos camarades de pension. Aussi, lorsque le frère Henri sortait de la maison et qu’un camarade lui posa la question : “Où allez-vous, seigneur Henri ?”, “Je vais, dit-il, à Béthanie.” L’autre ne comprit pas alors ce que le mot signifiait, mais plus tard, après coup, quand il vit son entrée à Béthanie, c’est-à-dire à la maison de l’obéissance. Nous nous retrouvâmes tous trois à Saint-Jacques et au moment où les frères chantaient l’antienne Immutemur habitu, nous arrivâmes à l’improviste et fort opportunément au milieu d’eux. À l’instant et sur place nous dépouillons le vieil homme et revêtons l’homme nouveau, réalisant en nos personnes ce que leurs chants disaient de faire.
  2. L’entrée en religion de frère Henri troubla profondément le saint homme qui l’avait élevé et deux autres spirituels et gens de bien de la même Église qui l’aimaient tous les trois d’une grande affection. Ils ne connaissaient pas ce nouvel ordre religieux, dont personne ne parlait encore, et ils croyaient perdu ce jeune homme de tant d’espérance. Ils avaient presque convenu que quelques-uns, ou du moins l’un d’entre eux se rendrait à Paris pour le détourner ou le ramener de cette décision qu’ils ne croyaient pas sage. Mais l’un d’entre eux : “Ne précipitons rien, dit-il. Passons la nuit à prier d’un seul cœur, pour que le Seigneur veuille nous faire connaître son bon plaisir en cette affaire.” La nuit vint et tandis qu’ils priaient l’un d’eux entendit le son d’une voix céleste qui disait : “C’est le Seigneur qui l’a fait ; on ne pourra le modifier.” Rassurés par la révélation divine, leur émotion cessa ; ils écrivirent au frère à Paris. Ils l’exhortaient à persévérer avec fidélité et lui faisaient connaître la nature et le procédé de la révélation. J’ai lu moi-même ces lettres, pleines de dévotion et douces comme le miel.
  3. Tel fut ce frère Henri à qui le Seigneur accorda une grâce multiple et surprenante pour parler au clergé parisien et dont la parole vivante et efficace pénétrait en grande violence le cœur des auditeurs. On n’avait jamais vu avant lui à Paris, aussi loin qu’il nous en souvienne, un prédicateur qui se fît écouter de tout le clergé et qui fût si jeune, si éloquent, si bien doué de grâce à tous égards.
  4. Et, certes, Dieu avait-il multiplié les marques de la grâce en ce vase d’élection ! Il était prompt à l’obéissance, constant dans la patience, paisible en sa douceur, agréable par sa gaieté, donné à tous par la charité. À cela s’ajoutait la sincérité de son cœur et l’intégrité vierge de sa chair, car de toute sa vie il ne regarda ni ne toucha une femme avec une intention d’impureté. En lui se rencontraient la modération du langage, l’éloquence de la parole, l’acuité du génie, l’agrément du visage, la beauté de la personne, l’habileté à écrire et l’art du langage rythmé, le chant mélodieux d’une voix angélique. On ne le voyait jamais triste, jamais agité ; l’âme toujours égale, il était toujours gai. La justice l’avait libéré des rigueurs de l’austérité et la miséricorde l’avait revendiqué pour elle tout entier. Il rayonnait si aisément sur tous les cœurs, il entrait si facilement dans la société d’un chacun, que si vous aviez eu quelque relation avec lui, vous auriez estimé qu’il vous préférait à tous. N’était-il pas nécessaire que chacun l’aimât, puisque Dieu l’avait inondé de sa grâce ? Or bien qu’en ces domaines il dépassât les autres, au point qu’on pouvait l’estimer parfait en tous les genres de grâce, il n’en tirait aucun orgueil, car il avait appris du Christ à être doux et humble de cœur.

 

Il est envoyé à Cologne.

  1. Il fut envoyé comme prieur à Cologne. Tout Cologne proclame encore quelle abondante et riche gerbe il récolta pour le Christ par sa prédication assidue parmi les vierges, les veuves et les vraies pénitentes, avec quelle application il alluma dans le cœur d’un grand nombre et alimenta désormais le feu que le Seigneur vint jeter sur la terre. C’était une de ses habitudes de rappeler que le nom de Jésus, ce nom qui est au-dessus de tout nom, méritait un grand respect et même un culte, si bien que jusqu’à maintenant, lorsque ce nom sacré vient à retentir dans l’église ou dans un sermon, il réveille aussitôt la dévotion de beaucoup de gens et les porte à quelque signe de respect.

 

Sa mort.

  1. Il acheva finalement le cours de son heureuse vie et s’endormit dans le Seigneur par une sainte mort, en présence de tous les frères en prière. Avant qu’il ne rendît l’âme, tandis qu’on lui administrait l’extrême-onction, il récita jusqu’au bout les litanies et les suffrages avec vivacité, comme s’il n’était que l’un des assistants. Quand l’office fut achevé, il adressa aux frères des paroles de piété qui provoquèrent parmi eux bien des larmes. Qui pourrait dénombrer les pleurs que suscita sa mort, les gémissements et les sanglots des veuves et des vierges, les soupirs des frères et des amis !
  2. La mémoire ici me chuchote bien des souvenirs, mais il ne faut pas que le discours s’allonge ; qu’il suffise de rappeler un seul des nombreux faits que je connus après sa mort par déposition véridique et de personnes saintes et fidèles.

 

Comment il se manifesta à certains religieux.

  1. Il y avait dans la cité de Cologne une dame vénérable, qui chérissait le frère Henri quand il vivait encore, avec un dévouement étonnant. Elle l’avait donc supplié de lui promettre, s’il venait toutefois à mourir le premier, de bien vouloir lui apparaître après sa mort. Le frère avait acquiescé à sa prière, à condition que cela ne déplût pas à la divine volonté. Quand il eut disparu, elle se tint prête, brûlant de contempler ce qu’on lui avait promis. Elle se sentait alors encore continuellement pressée par une tentation lancinante et souffrait de par le démon de graves inquiétudes de foi, se demandant si, après cette vie, les âmes des défunts vivaient vraiment et n’étaient pas plutôt réduites à néant. Mais l’attente se prolongeait et rien n’apparaissait à ses désirs. Aussi la tentation reprenait-elle plus que jamais vigueur et la dame disait en son cœur : “Si ce qu’on nous proclame au sujet de la vie future était vrai si peu que ce soit, ce frère, que je vénérais avec tant d’affection, aurait déjà dû me le certifier.”
  2. Pendant qu’elle s’affligeait de la sorte et se consumait en son cœur, le frère Henri apparut à certain religieux et lui dit : “Va trouver telle dame”, qu’il appela de son nom véritable. Or l’homme ignorait jusqu’alors celui-ci ; car certain terme de tendresse, donné à cette dame dans sa petite enfance, avait triomphé du vrai nom de baptême, que notre homme apprit seulement lorsque frère Henri le lui dit et le lui expliqua. “Va, dit-il, auprès d’elle et tu la salueras pour moi en lui disant : Vous aviez coutume de pratiquer telle ou telle bonne œuvre. Ne les faites plus ainsi, mais de telle et telle façon.” Or ces bonnes œuvres étaient si cachées que nul ne les connaissait à l’exception de frère Henri.

Au cours de la conversation, le bonhomme remarqua sur la poitrine de frère Henri une pierre précieuse, lumineuse et étincelante à l’excès ; il remarqua également devant son visage un mur couvert de pierres précieuses qu’il contemplait d’un regard pénétrant. Monseigneur, lui dit-il, que signifient cette pierre si étincelante et ce mur précieux ?” Et lui : “Cette pierre est le signe de la pureté de cœur que j’ai conservée dans le monde ; lorsque je la regarde je suis rempli d’une grande consolation. Et ce mur est la portion de l’édifice du Seigneur que j’ai bâtie durant ma vie par mes conseils, ma prédication, la confession.” Survint entre-temps la Vierge Marie, reine du ciel et mère de miséricorde. Tandis qu’elle approchait, frère Henri dit à l’homme : “Voici la mère du Sauveur, ma Dame, qui m’a pris à son service. Juge quelle fête dans sa compagnie !” Sur ces mots, il se joignit à elle aussitôt et se retira avec elle.

  1. Le bonhomme vint donc trouver la dame et lui révéla tout à la file ; il lui dévoila, en signe de la véracité de son récit, quelques-unes des bonnes œuvres absolument secrètes qu’il lui avait révélées. La dame en reçut une grande consolation et fut délivrée de l’ardeur de sa tentation.

 

Sur la poitrine de Jésus.

  1. Mais certain événement qu’elle put expérimenter par elle-même la consola plus tard bien davantage. Un jour que, penchée sur son coffre dans la chambre à coucher de la maison, elle relisait avec une pieuse jouissance des lettres que frère Henri lui avait envoyée jadis, elle y rencontra une phrase qui signifiait en latin : reposez-vous sur la douce poitrine de Jésus et étanchez la soif de votre âme. Enflammée par le souvenir de ces paroles, comme si elle les recevait de la bouche du frère encore vivant et présent, elle fut enlevée en esprit et se vit appuyée d’un côté sur la poitrine de Jésus-Christ et frère Henri de l’autre. Elle éprouva dans ce rapt un goût si profond, si merveilleux de divine consolation, qu’enivrée par l’immense marée de ce flux salutaire, elle n’entendit en aucune façon les servantes de la maison qui étaient là, pourtant, et lui criaient de venir en hâte au repas de son mari qui l’attendait, jusqu’à ce qu’elle revînt de cette ivresse d’esprit suave comme le miel et retrouvât ses sens.

Après ces souvenirs concernant frère Henri, continuons à raconter le reste des événements.

 

Le premier chapitre, célébré à Bologne.

  1. En l’année du Seigneur 1220, on célébra à Bologne le premier chapitre de l’ordre. J’y fus présent, envoyé de Paris avec trois autres frères, parce que maître Dominique avait mandé par lettre de lui envoyer quatre frères de la maison de Paris pour le chapitre de Bologne. Lorsque je reçus cette mission, je n’avais pas encore passé deux mois dans l’ordre.
  2. Il fut statué dans ce chapitre, à l’unanimité des frères, que le chapitre général se célébrerait une année à Bologne et l’année suivante à Paris ; le chapitre prochain devait pourtant se tenir encore à Bologne. On y porta également cette loi que nos frères ne posséderaient plus désormais ni biens-fonds ni revenus et renonceraient à ceux qu’ils avaient reçus dans le pays de Toulouse. On y fit aussi beaucoup d’autres constitutions qu’on observe encore aujourd’hui.

 

Frère Jourdain se voit imposer le priorat de Lombardie. Mission des frères en Angleterre.

  1. En l’année du Seigneur 1221, au chapitre général de Bologne, il parut opportun aux capitulaires de m’imposer la charge qu’ils créaient de prieur de la province de Lombardie. J’avais alors passé un an dans l’ordre et n’était pas encore aussi profondément enraciné qu’il aurait fallu ; si bien qu’on me mettait à la tête des autres pour les gouverner avant que j’eusse appris à gouverner moi-même mon imperfection. À ce chapitre on envoya en Angleterre une communauté de frères avec Gilbert pour prieur. Je ne fus aucunement présent à ce chapitre.

 

Frère Évrard, jadis archidiacre de Langres.

  1. En ce temps-là, frère Évrard, archidiacre de Langres, entra dans l’ordre à Paris. C’était un homme de beaucoup de vertu, hardi dans l’action, prudent dans le conseil. Comme il jouissait d’une rare autorité, il édifia d’autant plus de gens par son exemple, en assumant la pauvreté, qu’il avait été plus largement connu dans le monde.
  2. Il devait se rendre en Lombardie en même temps que moi, qu’il paraissait aimer d’une tendre affection, car il désirait voir maître Dominique. Il se mit en route et tandis que nous traversions ensemble les régions de France et de Bourgogne où il avait été naguère très connu, il prêchait en tous lieux le Christ pauvre et misérable qu’il publiait en son propre corps. Il tomba finalement malade et acheva cette vie de malheurs et de larmes par une fin évidemment précoce mais profondément heureuse, à Lausanne où, jadis, on l’avait élu comme évêque, ce qu’il refusa d’accepter.
  3. Un peu de temps avant qu’il ne mourût, alors que les médecins déjà jugeaient sa mort certaine, en le lui cachant toutefois, il me dit : “Si je dois mourir au jugement des médecins, pourquoi ne me le dit-on pas ? Que l’on cache leur mort à ceux qui trouvent amer son souvenir ! Mais moi, la mort ne me terrifie pas. Que pourrait craindre un homme qui, lorsque s’écroule la demeure terrestre de sa chair de misère, attend de recevoir, tout consolé par cet heureux échange, une demeure éternelle dans le ciel ?” Il mourut donc, remettant là son pauvre corps à la terre et son esprit au Créateur. Un signe me révéla l’heureuse issue de cette mort. Au moment où il rendit l’esprit, je pensais éprouver une douleur de coeur et un trouble dans mon esprit ; je fus au contraire pénétré de dévotion et de gaieté joyeuse. Ainsi le témoignage de ma conscience m’avertissait-il qu’on n’avait nullement à pleurer celui qui passait à la joie.

 

La mort de maître Dominique.

  1. Sur ces entrefaites, la vie voyageuse de maître Dominique approchant à son terme, à Bologne, il tomba gravement malade. Sur son lit de malade, il fit appeler douze frères, parmi les plus notables, et se mit à les exciter à se montrer fervents, à promouvoir l’ordre, à persévérer dans la sainteté. Il leur recommanda d’éviter les fréquentations suspectes des femmes, spécialement des jeunes, car cette espèce est dangereuse à l’excès et prend trop souvent dans ses rets les âmes qui ne sont pas encore tout à fait épurées. “Voyez, dit-il, jusqu’à cette heure la miséricorde divine a conservé ma chair incorrompue ; et pourtant je n’ai pu éviter cette imperfection, je l’avoue, de trouver plus d’attrait à la conversation des jeunes filles, qu’aux discours des vieilles femmes.”
  2. Avant sa mort, il dit également aux frères qu’il leur serait plus utile disparu que vivant. Il connaissait assurément Celui auquel il avait confié le dépôt de son labeur et de sa vie féconde et ne doutait pas de la couronne de justice qui lui était désormais réservée : lorsqu’il l’aurait reçue, ne serait-il pas d’autant plus puissant pour présenter ses requêtes qu’il serait déjà plus sûrement entré dans les puissances du Seigneur ?
  3. La maladie, empirant, devenait de plus en plus critique. Il souffrait à la fois de fièvres et de tranchées. Enfin cette âme religieuse fut déliée de la chair et s’en vint au Seigneur qui l’avait donnée, échangeant son lugubre exil contre la consolation pérenne de la demeure céleste.

 

Apparition au frère Guala, après la mort du bienheureux.

  1. Le même jour, à l’heure même où il trépassa, frère Guala, prieur de Brescia puis évêque de la même ville, se reposait auprès du campanile des frères de Brescia. Il s’était endormi d’un sommeil assez léger lorsqu’il aperçut une sorte d’ouverture dans le ciel, par laquelle descendaient deux échelles radieuses. Le Christ tenait le haut de la première échelle, sa mère le haut de l’autre ; et les anges les parcouraient toutes deux, les descendant et remontant. Un siège était placé en bas, entre les deux échelles, et quelqu’un, sur le siège. Ce paraissait un frère de l’ordre ; son visage était voilé par le capuce comme nous avons coutume d’ensevelir nos morts. Le Christ et sa mère tiraient peu à peu vers le haut les échelles, jusqu’à ce que celui qu’on avait installé tout en bas parvînt jusqu’au sommet. Quand on l’eut reçu dans le ciel, au chant des anges, dans la splendeur d’une lumière immense, l’étincelante ouverture du ciel se ferma et plus rien désormais ne se présenta. Le frère qui avait eu la vision, quoiqu’il fût assez malade et faible, reprit bientôt ses forces et partit sur-le-champ pour Bologne. Il y apprit que le même jour, à la même heure, le serviteur du Christ Dominique y était mort. Voilà ce que nous avons appris de sa propre bouche.

 

Sépulture de maître Dominique. Les miracles qu’il opéra.

  1. Mais revenons encore un peu aux obsèques vénérables du bienheureux. Il se trouva que le jour de sa mort le vénérable père évêque d’Ostie, à cette époque légat du Souverain Pontife en Lombardie et maintenant Souverain Pontife sur le siège de Rome, le pape Grégoire, vint à Bologne ; ce qui entraîna la présence de beaucoup de grands personnages et prélats de l’Église. Lorsqu’il apprit le décès de maître Dominique, il advint en personne. Car il l’avait connu très familièrement et l’avait chéri d’un grand sentiment d’amitié, le sachant juste et saint. Il célébra lui-même jusqu’au bout l’office des funérailles, en présence d’un grand nombre de gens, qui voyaient tous clairement dans leur coeur la félicité de la mort du bienheureux et la sainteté de sa vie sur la terre, tandis que tous les assistants avaient la certitude, au témoignage de leur conscience, qu’il venait de recevoir au ciel un vêtement d’immortalité éternelle. C’était un vrai sermon sur le mépris du monde que ces funérailles. Elles montraient à tous avec quelle sécurité on mérite par une vie d’humilité sur terre une demeure dans les cieux et le lieu du repos éternel et, par l’avilissement de la vie quotidienne, une mort précieuse.
  2. Aussi, la dévotion des foules et le culte populaire s’éveillèrent-ils. Beaucoup de gens accoururent, que molestaient des maladies de tout genre. Ils restaient là jour et nuit, proclamaient qu’ils avaient pleinement obtenu le remède qui les avait guéris et, pour apporter le témoignage de leur guérison, suspendaient au tombeau du bienheureux des effigies de cire représentant des yeux, des mains, des pieds et tous les autres membres, suivant la variété de leurs infirmités et les formes multiples du rétablissement obtenu dans leur corps ou leurs biens.
  3. Mais au milieu de telles circonstances, il ne se trouvait à peu près pas de frères pour correspondre par de dignes actions de grâces à la grâce de Dieu. Car la majorité jugeait qu’on ne devait pas enregistrer ces miracles, pour ne pas se donner l’apparence de rechercher un gain sous le voile de la piété. Et c’est ainsi qu’en suivant leur opinion particulière, par un zèle irréfléchi de sainteté, ils négligèrent le commun profit de l’Église et enterrèrent la gloire de Dieu.
  4. C’est un fait cependant que, de son vivant encore, le bienheureux Dominique a brillé par des pouvoirs surnaturels certains et resplendi par des miracles. On nous a rapporté un grand nombre d’entre eux ; mais on ne les a pas fixés par écrit, en raison de la variété des narrateurs ; car en décrivant les faits de manière incertaine, on ne donnerait à ceux qui sont dans le besoin qu’une connaissance incertaine. Il nous plaît cependant d’en rappeler quelques-uns qui sont parvenus à notre connaissance d’une façon plus sûre.

 

Résurrection d’un jeune homme à Rome.

  1. À l’un de ses séjours à Rome, certain adolescent, parent du cardinal Étienne de Fossanova, s’amusait imprudemment à cheval et se laissait emporter dans une course folle, lorsqu’il fit une chute très grave. On le transportait en pleurant. On le croyait à moitié mort, peut-être même tout à fait, car il était indubitablement inanimé. La désolation allait grandissant autour du défunt quand advint maître Dominique et, avec lui, frère Tancrède, homme fervent et bon, naguère prieur de Rome, de qui j’ai appris cette histoire. Il dit à Dominique : “Pourquoi te dérober ? Pourquoi n’interpelles-tu pas le Seigneur ? Où est maintenant ta compassion pour le prochain ? Où est ta confiance intime envers Dieu ?” Profondément ému par les apostrophes du frère et vaincu par un sentiment de compassion ardente, il fit discrètement transporter le jeune garçon dans une chambre qui fermait à clef et par la vertu de ses prières lui rendit la chaleur de la vie et le ramena devant tous sain et sauf.

 

Comment il repoussa la pluie par un signe de croix.

  1. Le frère Bertrand, dont on a mentionné plus haut la mission à Paris, m’a raconté également que pendant un voyage qu’il faisait un jour avec lui un grand orage s’éleva. Une pluie diluvienne avait déjà trempé le sol, lorsque maître Dominique, par un signe de croix, repoussa si bien devant lui l’inondation torrentielle, qu’en avançant ils continuaient de voir à trois pas devant eux la pluie qui dégoulinait sur la terre, sans qu’une seule goutte touchât même la frange de leur vêtement.
  2. Nous avons appris beaucoup d’autres guérisons de maladie qui témoignent de sa sainteté ; mais elles ne sont pas encore rédigées par écrit.

 

Les mœurs de maître Dominique.

  1. Il y avait d’ailleurs quelque chose de plus éclatant et de plus grandiose que les miracles, c’était la perfection morale qui régnait en lui et l’élan de ferveur divine qui le transportait. Ils étaient si grands, qu’on ne pouvait douter qu’il ne fût un vase d’honneur et de grâce, un vase orné de toute espèce de pierres précieuses. Il y avait en lui une très ferme égalité d’âme, sauf quand quelque misère en le troublant l’excitait à la compassion et à la miséricorde. Et parce que la joie du cœur rend joyeux le visage, l’équilibre serein de son être intérieur s’exprimait au-dehors par les manifestations de sa bonté et la gaieté de son visage. Il conservait une telle constance dans les affaires qu’il avait jugé raisonnable devant Dieu d’accomplir, qu’il n’acceptait jamais, ou presque, de modifier une décision prononcée après mûre délibération. Mais puisque le témoignage de sa bonne conscience, comme on l’a rappelé, éclairait toujours d’une grande joie son visage, la lumière de sa face ne se perdait pas sur la terre.
  2. Par cette joie, il acquérait facilement l’amour de tout le monde, il s’infiltrait sans peine, dès le premier regard, dans l’affection de tous. Sur tous les terrains de son activité, en route avec ses compagnons, à la maison avec son hôte et le reste de la maisonnée, parmi les grands, les princes et les prélats, il ne manquait jamais de paroles d’édification, il abondait en récits exemplaires capables de porter l’âme des auditeurs à l’amour du Christ et au mépris du siècle. Il se manifestait surtout partout comme un homme de l’Évangile, en parole et en acte. Durant le jour, nul ne se mêlait plus que lui à la société de ses frères ou de ses compagnons de route, nul n’était plus gai.

 

Prière de Dominique.

  1. Mais dans les heures de la nuit, nul n’était plus ardent à veiller, à prier et à supplier de toutes les manières. Ses pleurs s’attardaient le soir et sa joie le matin. Il partageait le jour au prochain, la nuit à Dieu ; sachant que Dieu assigne sa miséricorde au jour et son chant à la nuit. Il pleurait avec beaucoup d’abondance et très souvent ; les larmes étaient son pain le jour comme la nuit. Le jour, surtout quand il célébrait les solennités de la messe, ce qu’il faisait très souvent ou même chaque jour ; la nuit, dans ses veilles entre toutes infatigables.

 

Ses veilles.

  1. Il avait l’habitude de passer très souvent la nuit à l’église, au point qu’on ne lui connaissait que très rarement un lit fixé pour y dormir. Il priait donc pendant la nuit et prolongeait ses veilles de tout le temps qu’il pouvait arracher à la faiblesse de son corps. Quand enfin la lassitude l’emportait et engourdissait sa pensée, vaincu par la nécessité du sommeil, il posait la tête devant l’autel, ou n’importe où, mais en tout cas sur une pierre, à la façon du patriarche Jacob, et reposait un moment ; puis se réveillait derechef, reprenant ses esprits et la ferveur de sa prière.
  2. Il accueillait tous les hommes dans le vaste sein de sa charité et, puisqu’il aimait tout le monde, tout le monde l’aimait. Il s’était fait une loi personnelle de se réjouir avec les gens joyeux et de pleurer avec ceux qui pleurent, débordant d’affection religieuse et se dévouant tout entier à s’occuper du prochain et à compatir aux gens dans la misère. Un autre trait le rendait cher à tous : la simplicité de sa démarche ; jamais nul vestige de dissimulation ou de duplicité n’apparaissait dans ses paroles ni ses actions.
  3. C’était un véritable amant de la pauvreté. Il usait de vêtements vils. Dans la nourriture comme dans la boisson sa tempérance était extrême. Il évitait ce qui pouvait avoir quelque délicatesse et se contentait volontiers d’un simple plat. Il avait un grand empire sur sa chair. Il usait du vin en le mouillant de telle sorte que, tout en satisfaisant à la nécessité du corps, il ne risquait pas d’émousser la subtile finesse de son esprit.

 

Éloge du bienheureux Dominique, homme de Dieu.

  1. Qui donc serait en mesure d’imiter la vertu de cet homme ? Nous pouvons du moins l’admirer et mesurer sur son exemple la lâcheté de notre temps. Pouvoir ce qu’il a pu dépasse les forces humaines, c’est l’œuvre d’une grâce unique, à moins que la bonté divine dans sa miséricorde daigne accorder à quelqu’un peut-être un somment semblable de vertu. Mais qui s’y trouve préparé ? Suivons cependant, mes frères, selon nos possibilités, les traces de notre père, et en même temps, rendons grâces au Rédempteur qui donna à ses serviteurs, sur la route qu’ils parcourent, un chef de cette valeur et nous engendra par lui de nouveau à la lumière de sa sainte vie. Et prions le Père de miséricorde pour que, sous la conduite de son Esprit qui fait agir les fils de Dieu, nous méritions d’arriver nous aussi par un cheminement sans détours, dans les limites que nos pères ont posées, au même terme de bonheur perpétuel et de béatitude éternelle dans lequel il est heureusement et pour toujours entré. Ainsi soit-il.

Règle et Constitutions

Constitution fondamentale de l'Ordre des Prêcheurs

Livre des Constitutions et Ordinations

§ I. Le projet de l’Ordre s’exprime en ces termes dans une bulle du pape Honorius III à Dominique et à ses frères: « Celui qui ne cesse de féconder son Église par de nouveaux croyants (1), voulut conformer nos temps modernes à ceux des origines et diffuser la foi catholique. Il vous inspira donc le sentiment d’amour filial par lequel, embrassant la pauvreté et faisant profession de vie régulière, vous consacrez toutes vos forces à faire pénétrer la parole de Dieu, tandis que vous évangélisez par le monde le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. » (2)

§ II. Car l’Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique « fut, on le sait, dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes » (3). Que nos frères par conséquent, fidèles au précepte de leur fondateur, « se comportent partout en hommes qui cherchent leur salut et celui du prochain, en toute perfection et esprit religieux; comme des hommes évangéliques qu’ils suivent les pas de leur Sauveur et ne parlent qu’à Dieu ou de Dieu, en eux-mêmes ou à leur prochain » (4).

§ III. Afin de croître en suivant ainsi le Christ dans l’amour de Dieu et du prochain, nous nous consacrons totalement à Dieu par la profession qui nous incorpore à notre Ordre et nous voue à l’Église d’une façon nouvelle, « en nous députant totalement à l’évangélisation de la parole de Dieu » en son intégrité (5).

§ IV. Ayant part de la sorte à la mission des Apôtres, nous assumons aussi leur vie sous la forme conçue par saint Dominique, nous efforçant de mener la vie commune dans l’unanimité, fidèles en notre profession des conseils évangéliques, fervents dans la célébration commune de la liturgie, spécialement de l’Eucharistie et de l’office divin, ainsi qu’en la prière, assidus à l’étude, persévérants dans l’observance régulière. Les valeurs ainsi réunies n’ont pas pour seul effet de glorifier Dieu ou de nous sanctifier, elles travaillent aussi directement au salut des hommes, car toutes ensemble elles nous préparent et nous poussent à la prédication, à laquelle elles confèrent son mode particulier et de laquelle elles reçoivent le leur. Ces valeurs élémentaires solidement unies entre elles, harmonieusement équilibrées et fécondées les unes par les autres, constituent par leur synthèse la vie propre de l’Ordre, la vie apostolique au sens intégral du terme, dans laquelle la prédication et l’enseignement de la doctrine doivent procéder de l’abondance de la contemplation.

§ V. En notre qualité de coopérateurs de l’ordre des évêques, de par l’ordination sacerdotale, nous avons pour office propre la charge prophétique dont la mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus-Christ par la parole et l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection.

§ VI. La mission de l’Ordre et la forme de sa communion fraternelle déterminent la figure de sa société religieuse. Puisque le service de la parole et des sacrements de la foi est un office sacerdotal, l’Ordre est une religion de type clérical, dont les frères coopérateurs, qui exercent d’une manière spéciale le sacerdoce commun, partagent eux aussi la mission de multiples façons. D’autre part, la profession solennelle qui lie en tout et pour toujours chaque prêcheur à la vie et à la mission du Christ, manifeste qu’il est totalement député à la proclamation de l’Évangile par la parole et par l’exemple.

     Envoyé prêcher à toutes les nations, collaborant avec l’ensemble de l’Église, l’Ordre est universel. Pour remplir cette mission d’une façon mieux adaptée, il jouit de l’exemption et possède grâce à son chef, le Maître général auquel tous les frères sont immédiatement reliés par leur profession, une puissante unité, car les études autant que l’évangélisation réclament la disponibilité de tous et de chacun.

     En vue de cette mission, l’Ordre affirme et promeut chez les frères la grâce personnelle et le sens des responsabilités. Chaque frère en effet, dès la fin de sa formation, est traité en adulte qui enseigne les autres et s’acquitte dans l’Ordre de multiples fonctions. Pour cette raison, l’Ordre a décidé que ses lois n’obligent pas à peine de péché, voulant que les frères les assument par un jugement de sagesse, « non comme esclaves sous la loi, mais comme libres sous la grâce » (6).

     C’est encore en fonction de la fin que le Supérieur a le pouvoir de dispenser « chaque fois qu’il l’estime opportun, principalement en tout ce qui pourrait faire obstacle à l’étude, à la prédication ainsi qu’au bien des âmes » (7).

§ VII. La communion et la mission universelle de notre société religieuse configurent aussi notre type de gouvernement. Ce qui domine en lui est la collaboration organique et équilibrée de toutes les parties dans la visée de la fin de l’Ordre. En effet, l’Ordre ne reste pas limité à la fraternité conventuelle, qui forme cependant sa cellule de base; il s’épanouit en des communions de couvents qui constituent les provinces, et dans la communion des provinces par laquelle il est lui-même constitué. C’est pourquoi son pouvoir, qui est universel dans la tête, c’est-à-dire dans le Chapitre et le Maître général, se trouve proportionnellement participé par les provinces et les couvents, dotés chacun de l’autonomie convenable. Notre gouvernement, par conséquent, est communautaire à sa propre façon. Les Supérieurs reçoivent à l’ordinaire leur charge par l’élection que font les frères et que le Supérieur immédiat confirme. En outre, lorsqu’il s’agit d’affaires d’importance, les communautés participent de multiples manières à l’exercice de leur propre gouvernement par le chapitre ou le conseil.

     Ce gouvernement communautaire est particulièrement apte à promouvoir l’Ordre et à la rénover fréquemment. Les Supérieurs, et les frères par leurs délégués, s’occupent communément, en des chapitres généraux de provinciaux et de définiteurs qui jouissent des mêmes droits et libertés, du progrès de l’Ordre en sa mission et de sa rénovation efficace. Ce n’est pas seulement l’esprit de conversion chrétienne permanente qui réclame cette mise au point continue; c’est la vocation même de l’Ordre qui le presse d’assumer à chaque génération sa présence authentique au monde.

§ VIII. Le projet fondamental de l’Ordre et la forme de vie qui en découle gardent leur prix à tous les âges de l’Église. Mais notre tradition nous convainc qu’il est urgent au plus haut point de les comprendre et de leur donner tout leur poids dans les situations où l’évolution du monde et les mutations s’accélèrent. Dans cette conjoncture, il appartient à l’Ordre de se renouveler en toute force d’âme et de s’adapter, en sachant discerner et éprouver ce qu’il y a de bon et d’utile dans les aspirations des hommes et en les assumant dans l’immuable équilibre des éléments fondamentaux qui intègrent sa vie.

     Ces éléments ne peuvent être substantiellement modifiés chez nous, car ils doivent inspirer les façons de vivre et de prêcher qui correspondent aux nécessités de l’Église et des hommes.

§ IX. La famille dominicaine rassemble les Frères clercs et coopérateurs, les Moniales, les Soeurs, les membres des Instituts séculiers et des Fraternités de prêtres ou de laïcs. Sauf réserve expresse, les constitutions et ordinations qui suivent ne concernent que les Frères. Leurs prescriptions doivent assurer d’une telle façon l’unité nécessaire de l’Ordre, qu’elles n’excluent pas la nécessaire diversité prévue par la législation elle-même.

Notes

1. Oraison du Vendredi Saint pour les catéchumènes.
2. Honorius III à saint Dominique, bulle du 18-1-1221.
3. Premières Constitutions O.P., Prologue.
4. Ibid., Dist. II, ch. XXXI.
5. Honorius III à tous les prélats de l’Église, bulle du 4-11-1221.
6. Règle de saint Augustin, ad finem.
7. Premières Constitutions O.P., Prologue.

Ratio formationis generalis. Ordinis fratrum praedicatorum, 1987

Ordinis fratrum praedicatorum, 1987

I. PROLOGUE

A. But et destinataires de la Ratio formationis generalis

1. La Ratio formationis generalis (RFG) veut répondre à la demande de L.C.O. 163. Elle ne fait que rappeler et développer les prescriptions de L.C.O. 154 à 251 en décrivant surtout l’esprit et le cadre nécessaires de la formation institutionnelle et religieuse dans notre Ordre. Elle tire également quelques conclusions d’ordre pratique.
2. La RFG se limite aux principes fondamentaux d’une formation intégrale à la vie dominicaine et son objet est surtout la formation institutionnelle ou initiale.

3. À chaque Province d’adapter les principes généraux et de remplir les structures de base données par cette RFG dans la Ratio formationis particularis répondant aux besoins spécifiques et à la situation concrète de la Province.

4. La RFG s’adresse tout d’abord aux frères chargés de l’initiation et de la formation des jeunes frères à la vie dominicaine, pour les guider dans leur tâche.

5. En second lieu la RFG rappelle leur responsabilité aux membres des communautés de formation.

6. Enfin les frères en formation y trouveront les principes fondamentaux de leur propre formation dont ils sont les premiers responsables.

B. De la formation en général

7. Souvent, dans notre Ordre, nous parlons de formation quand il s’agit de l’étude. Plus souvent encore, nous réservons ce terme à une seule étape de notre vie. En réalité, la formation, c’est-à-dire le fait d’être disciple et de le savoir, d’avoir toujours à apprendre et à nous renouveler, doit être un élément caractéristique de notre vie dominicaine.
8. À ce renouveau, à cette croissance, nous sommes invités par la Parole de Dieu, l’Église et nos Constitutions, nos frères, sans oublier les hommes auxquels nous sommes envoyés annoncer la Bonne Nouvelle du salut.

9. Dans nos vies, la formation prend des modalités spécifiques quand il s’agit d’un postulant, d’un novice, d’un frère étudiant, d’un frère engagé pleinement dans le ministère ou d’un frère âgé qui ne peut plus prêcher.

10. Le premier degré de la formation s’appelle formation institutionnelle ou initiale.

11. Mais à chaque étape de notre vie il convient de mettre en lumière la nécessité de la formation. Il est en effet des réalités – la prière, par exemple – qui meurent en nous quand nous cessons de les apprendre.

12. La Parole de Dieu que nous fréquentons, les études que nous poursuivons, les hommes et les femmes que nous rencontrons, les mentalités qui nous interpellent, les lieux et les événements dans lesquels nous sommes immergés nous provoquent à une formation permanente.

13. La communauté conventuelle et provinciale doit être un lieu de grande importance pour cette formation.

14. Par sa nature, la communauté dominicaine doit nous inciter à demeurer en formation toute notre vie. Les chapitres réguliers, les échanges, l’entraide fraternelle, la prédication conventuelle, les supérieurs doivent nous y aider.

15. La prière personnelle et la liturgie de la communauté, la vie apostolique, la vie commune, l’étude et la pratique des conseils évangéliques nous maintiennent sur le chemin où Dieu nous a appelés et ne cesse de nous appeler et nous rendent toujours plus humains à l’image de Jésus.

16. Néanmoins c’est au candidat lui-même qu’incombe la responsabilité première de sa formation dans une libre coopération avec la grâce de la vocation reçue de Dieu et sous la conduite du Père Maître et des autres formateurs (cf. L.C.O. 156).

17. Au Prieur provincial dans sa Province et au Prieur conventuel dans son couvent, il revient de veiller à ce que l’esprit de formation demeure vivant et actuel.

18. La responsabilité des différents degrés de la formation initiale incombe à ceux qui en ont été chargés.

II. L’ESPRIT DE LA FORMATION INITIALE

A. Valeurs et éléments fondamentaux de la vie dominicaine

19. La formation qu’un jeune homme qui frappe à notre porte est en droit de recevoir et que nous devons lui transmettre comme nous l’avons nous-mêmes reçue est l’intégration progressive dans la vie dominicaine, décrite dans la Constitution fondamentale, structurée et animée par nos Constitutions et les textes des chapitres généraux et provinciaux.

20. Saint Dominique a fondé son Ordre dans le but de l’évangélisation. L’Évangile et sa diffusion sont ainsi au centre de son projet. L’expérience, dans la contemplation, d’avoir été saisi par l’Evangile qui est message de salut pour lui et pour tous les hommes – Dominique prie devant le crucifié, le Sauveur qui offre sa vie pour tous – ainsi que le fait d’avoir été touché par la souffrance et la misère dans le monde, poussent Dominique à engager toute sa vie pour faire connaître l’Evangile et offrir aux autres le salut. L’étude est ordonnée à cette tâche, de même que la pauvreté individuelle et communautaire. Dans le couvent comme communauté fraternelle, l’Evangile prend une forme concrète. La structure propre à l’Ordre est basée sur la corresponsabilité de tous pour le projet commun.

21. Les valeurs et éléments fondamentaux de la vie dominicaine à transmettre aux jeunes frères sont les suivants :

– le zèle pour la diffusion de l’Évangile comme message de salut, nourri par le fait d’avoir été saisi par l’Evangile de la compassio de Dieu et par la souffrance dans le monde,
– la vie commune: le fait de porter le projet commun dans une responsabilité partagée ; partage non seulement des biens matériels, mais de tout ce qui fait notre vie (cf. Walberberg 76s). La communauté est ainsi par son existence et par ses engagements Iesu Christi prædicatio,
– l’étude en vue de l’évangélisation, c’est-à-dire au service d’une saisie plus profonde de l’Evangile et d’une compréhension des hommes dans leurs situations de détresse,
– un style de vie correspondant aux valeurs de l’Évangile, particulièrement en ce qui concerne le pardon mutuel et le soutien dans notre vie chrétienne et notre engagement religieux dans les circonstances du monde d’aujourd’hui. Fidèle aux exhortations des chapitres de Walberberg et d’Avila, notre pauvreté témoignera d’une certaine austérité de vie et d’une solidarité pratique avec les pauvres, notre chasteté sera une vie de célibat total au service des autres, notre obéissance sera une obéissance responsable où ni l’individualisme ni l’autoritarisme ne sera la norme,
– l’évangélisation perpétuelle de sa propre vie et de son coeur dans la contemplation comme appropriation personnelle de la Parole de Dieu.
La synthèse, ou plutôt l’unité en tension de ces valeurs et éléments fondamentaux, sans cesse à découvrir et à réaliser à nouveau, constitue la spécificité de la vie dominicaine.

B. Le processus d’intégration dans la vie dominicaine

22. L’intégration dans la vie dominicaine est progressive. Elle ne doit pas moins comporter, en toutes ses étapes et selon des modalités appropriées, tous les éléments qui composent notre vie.

23. L’intégration dans la vie dominicaine s’insère pour certains frères dans le cadre de la recherche et de la découverte de leur identité personnelle. C’est pourquoi cette recherche d’identité personnelle comme homme et comme chrétien et l’identité dominicaine s’interpénètrent.

24. Ainsi le noviciat qui est, par priorité, un temps de croissance spirituelle et de découverte de la vie communautaire, doit également comprendre un éveil aux problèmes apostoliques. Durant le temps du studentat, quand les études institutionnelles ainsi que des activités apostoliques plus larges s’ajoutent, il faut que ces éléments trouvent une intégration harmonieuse.

25. En respectant les étapes de la formation initiale et les priorités que comportent chacune d’elles, on doit veiller à ce que la globalité de la vie dominicaine (l’unité en tension des valeurs et éléments fondamentaux) demeure présente. Que l’étude ne se fasse pas au détriment de la vie de prière et que la tension entre vie communautaire et étude d’une part, vie apostolique d’autre part ne soit pas résolue par le rejet de l’un ou l’autre de ces éléments.

26. De plus, la formation initiale n’est pas seulement l’apprentissage d’un comportement ou la transmission d’un savoir, elle est la tradition d’un mode d’être, d’un esprit et d’une mentalité propre, ce que l’on appelle « l’évangélisme dominicain» qui consiste dans une certaine manière de « parler de Dieu ou avec Dieu » et dans un style particulier de vie communautaire et d’attention aux problèmes de notre temps.

C. Le cadre de la formation dominicaine

27. Autant que possible, il importe que l’initiation à la vie dominicaine se fasse dans un couvent tel que le décrivent nos constitutions (cf. L.C.O. 161s).

28. On évitera de garder un seul novice dans un noviciat ou trop peu d’étudiants dans une Province avec l’argument de ne pas vouloir les déraciner. En ce domaine, la collaboration interprovinciale à l’intérieur d’une même aire culturelle peut et doit jouer.

29. Dans des aires où cette coopération n’est pas possible pour des raisons culturelles, géographiques ou autres, la permission d’établir de nouveaux modèles de formation doit être demandée au Maître de l’Ordre et les modèles approuvés par lui.

30. Dans la Constitution fondamentale, notre Ordre affirme sa vocation universelle. Par ailleurs nous sommes de plus en plus conscients des cultures et des mentalités particulières desquelles sont issus les candidats. La formation initiale a donc la double tâche d’intégrer ces cultures et ces mentalités, dans la mesure où elles disposent déjà à l’accueil et à l’annonce de l’Évangile, et d’ouvrir simultanément à une communion plus large et donc plus catholique.

31. On veillera cependant à ne pas déraciner les jeunes frères venant des nouvelles Eglises. On pourra envisager le noviciat et même les études institutionnelles dans les vicariats régionaux qui remplis-sent les conditions exprimées ci-dessous au chapitre « noviciat» ou qui peuvent fournir un programme d’étude partiel ou entier conforme à la Ratio studiorum generalis de l’Ordre.

III. LES ÉTAPES DE LA FORMATION INITIALE

A. Le pré-noviciat (ou le postulat)

32. Le pré-noviciat (ou postulat) est la première des étapes qui conduisent l’aspirant à la profession solennelle.

33. Cette étape n’a jamais eu dans l’Ordre le même caractère institutionnel que les autres. Une certaine latitude est laissée aux Provinces sur la manière et la durée, ainsi que sur le lieu de la «préparation au noviciat» (cf. L.C.O. 167).

34. Cette préparation au noviciat nous paraît cependant importante pour le bon déroulement de la formation. Depuis le Concile et Renovationis causam de nombreux Ordres, Congrégations et monastères ont mieux perçu la nécessité et le bien-fondé de ce temps préparatoire au noviciat proprement dit.

35. « La plupart des difficultés rencontrées de nos jours dans la formation des novices proviennent du fait que ceux-ci ne possédaient pas, au moment de leur admission au noviciat, le minimum de maturité nécessaire. Une préparation au noviciat s’avère donc de plus en plus indispensable… » (Renovationis causam I,4).

36. La durée, la forme et le lieu du pré-noviciat seront déterminés par le chapitre provincial ou par le Prieur provincial en son conseil (L.C.O. 167). Généralement il ne devrait pas dépasser un an et il peut se dérouler dans une maison autre que celle du noviciat où la vie de l’Ordre soit observée de sorte que le mode de vie soit mieux adapté à la croissance de chaque candidat et aux besoins de cette période de, transition. La Ratio formationis particularis déterminera les détails de la formation pendant le pré-noviciat.

37. [vacat]

38. Le pré-novice reçoit de manière adaptée une catéchèse approfondie théorique et pratique (foi–sacrement) et une initiation aux relations personnelles dans le cadre de la vie commune.

39. Le passage à l’état religieux requiert une certaine finesse de compréhension des jeunes et de leur monde. Le pré-noviciat doit ménager une transition progressive de la vie séculière à la vie dominicaine tenant compte du temps nécessaire à une progressive adaptation spirituelle et psychologique et doit aider le candidat aux changements nécessaires qu’il devra assumer lors de son entrée dans la vie religieuse.

40. Il est souhaitable que le pré-novice visite et connaisse plusieurs communautés de la Province dans laquelle il va entrer.

41. Au cours du pré-noviciat on invitera le candidat à rencontrer un psychologue particulièrement averti en matière de vie religieuse. Il s’agit d’une matière très délicate et on doit respecter soigneuse-ment les droits des individus (cf. Can. 646, 220). Cette aide peut être très utile pour guider les candidats dans leur croissance future comme êtres humains et religieux, en même temps qu’elle sert la commission d’admission à prendre sa décision. Cependant il doit être clairement compris que cette évaluation ne doit pas usurper lafonction de la commission d’admission. Le droit d’admettre le candidat appartient toujours à la Province (L.C.O. 171).

42. Le responsable du pré-noviciat fournira un rapport sur le candidat au Maître des novices ainsi qu’à la commission d’admission. Ce rapport sera transmis au Prieur provincial en même temps que le résultat du vote de la commission d’admission.

B. L’admission au noviciat

43. Les Provinces doivent user au maximum des possibilités que donne notre droit de vérifier l’aptitude des aspirants à entreprendre un noviciat.

44. Outre l’évaluation du temps du pré-noviciat par le responsable du pré-novice, il y aura un examen de l’aspirant par les membres de la commission d’admission sous la responsabilité du Prieur provincial (cf. L.C.O. 173 § II).

45. Qu’on applique sérieusement pour cette évaluation et pour cet examen les critères indiqués dans Can. 642 et L.C.O. 155. D’une importance capitale sera la capacité d’apprendre de l’aspirant et son ouverture progressive au projet dominicain (cf. Rome 245).

46. On veillera à ce que les examens par le comité d’admission et le Prieur provincial ne soient pas de pures formalités (cf. L.C.O. 173 § II). Peuvent être membres de cette commission ceux qui ont accompagné les aspirants et qui les connaissent.

47. Le Maître des novices vérifiera soigneusement avant l’admission si toutes les conditions demandées par le droit commun (cf. Can. 643) et nos constitutions (cf. L.C.O. 168s) sont remplies.

48. Il veillera à accomplir avec soin les démarches préalables exigées par le droit (dimissoriales pour les clercs, indults pour membres d’autres rites, dispenses, etc.) et il se chargera aussi d’obtenir tous les autres documents nécessaires (cf. Can. 645 et L.C.O. 170).

49. Pour les aspirants qui ont quitté notre Ordre et qui demandent une réadmission, on suivra les normes de L.C.O. 168.

50. Lorsqu’un aspirant a déjà été refusé au noviciat, il ne pourra pas être validement reçu dans une autre Province sans que celle-ci ait obtenu un rapport écrit du Provincial de la Province qui l’avait re-fusé. Ce document sera soumis au Provincial et à la commission d’admission de la Province dans laquelle il pose sa candidature.

51. Le comité d’admission aura toujours le droit de refuser quelqu’un à qui le conseil provincial a permis de présenter sa candidature.

C. Le noviciat

52. Le noviciat constitue la première phase d’intégration institutionnelle dans l’Ordre des Prêcheurs.

53. Les normes de L.C.O. 178 § III et IV déterminent la durée du noviciat.

54. L’entrée au noviciat est précédée par des exercices spirituels (cf. L.C.O. 178 § 1). Là où elle ne coïncide pas avec la prise d’habit (cf. L.C.O. 176), l’entrée au noviciat est marquée par une liturgie communautaire qui manifeste visiblement l’accueil du pré-novice dans l’Ordre.

55. Il est nécessaire de signifier au novice qu’il est dès son entrée au noviciat sous la responsabilité du Maître des novices (cf. L.C.O. 181) pour tout ce qui concerne la vie du noviciat (cf. Can. 652, 2).

56. Durant le temps du noviciat, le novice doit prendre conscience qu’il est le premier responsable de sa formation et de son intégration dans l’Ordre (cf. L.C.O. 156).

57. De cette formation, le Maître des novices est l’initiateur et l’animateur. A lui revient le discernement (cf. L.C.O. 186). Il est aidé par des assistants et un conseil de formation (cf. L.C.O. 158).

58. La communauté d’accueil et plus largement la Province toute entière ont leur rôle à jouer dans l’intégration et la formation des no-vices, selon les modalités que le Maître des novices et le Prieur provincial veilleront à déterminer et à rappeler.

59. Le temps du noviciat est un temps d’apprentissage de la vie dominicaine en ses diverses composantes, avec une priorité effective accordée à la découverte de la vie spirituelle et de la vie communautaire.

60. Cela exige une entrée progressive et contrôlée dans les domaines fondamentaux de notre vie que sont la vie intellectuelle et la vie apostolique, la vie intellectuelle étant au service de la vie apostolique (cf. L.C.O. 78 à 83).

61. Le programme du noviciat est établi par le Maître des novices et ses collaborateurs. Il sera soumis au Provincial pour approbation.

62. Le programme de formation doit nécessairement comporter une initiation à la Parole de Dieu, l’histoire, la tradition et la législation de notre Ordre ainsi qu’à l’histoire et à la théologie de la vie religieuse. On donnera également une initiation concrète à la liturgie, à la pratique sacramentelle et au rôle de Marie, Mère de Dieu comme on le trouve dans la riche tradition de l’Ordre (cf. L.C.O. 129).

63. Le Maître des novices veillera à ce qu’il y ait une initiation à la prière liturgique et privée.

64. En ce qui concerne la dimension apostolique de la vie dominicaine, qu’on n’oublie pas que cette «formation ne doit pas être seulement théorique mais aussi pratique par une certaine participation aux activités apostoliques de l’Ordre» (cf. L.C.O. 188). Les priorités apostoliques et les orientations définies par nos derniers chapitres généraux guideront la sélection de ces activités.

65. À côté de ce programme de formation et en lien avec lui, des réunions communautaires régulières permettront aux novices d’apprendre à échanger, communiquer et délibérer sur leur vie au noviciat et les initieront ainsi à une pratique fructueuse du chapitre régulier (cf. L.C.O. 7 § 3).

66. Ces divers travaux de groupe ne remplacent pas les échanges réguliers que le novice aura avec le Maître des novices et/ou avec le frère désigné à cet effet.

D. Le studentat

67. La formation à la vie dominicaine ne prend pas fin avec la profession simple. Le développement de la vie spirituelle des étudiants reste la première priorité (cf. L.C.O. 213).

68. Soucieux de leur besoin, le Maître des étudiants s’assurera de la disponibilité de confesseurs et permettra aux étudiants de rechercher une direction spirituelle d’autres personnes lorsque cela sera demandé.

69. Le temps qui précède la profession solennelle et qui est consacré aux études de manière prioritaire est un moment très important de la formation initiale.

70. Les formateurs (Maître des étudiants, Régent des études, Modérateur de centre d’études institutionnelles) doivent veiller soigneusement à ce que le frère étudiant découvre et intègre l’étude dans sa vie religieuse dominicaine.

71. La place de l’étude dans notre tradition, son rôle dans la vie contemplative, son importance pour la vie apostolique, sa dimension à la fois équilibrante et ascétique (cf. L.C.O. 76 à 83), doivent être mis en valeur dans le service de Dieu et du monde.

72. Les Provinces font de gros efforts financiers pour permettre à leurs étudiants de se livrer à leur tâche en toute liberté d’esprit. On veillera à les rendre conscients de ce privilège et à être d’autant plus responsables en matière de pauvreté.

73. Le programme des études est fixé par la Ratio studiorum generalis et particularisé dans la Ratio studiorum de chaque Province.

74. Si les frères font leurs études hors de l’Ordre, il convient que dans leur communauté leur soit présenté le caractère spécifique de l’étude chez les Prêcheurs.

75. Tout en étant consacré de manière prioritaire aux études, le temps du studentat est aussi le temps pour découvrir davantage la dimension apostolique de la vie dominicaine et pour acquérir progressivement une compétence pastorale.

76. L’intégration progressive de la dimension apostolique dans la vie des frères étudiants ne peut se faire que par des expériences apostoliques concrètes : activités pastorales durant l’année scolaire, stages durant les vacances, possibilité d’interrompre le cycle d’étude par une expérience pastorale prolongée (cf. L.C.O. 225).

77. On veillera à ce que ces engagements apostoliques permettent aux frères étudiants d’avoir une expérience du monde des pauvres, des exploités, des marginaux, pour les introduire peu à peu à la mission et à l’existence aux frontières spécifiques de la vie dominicaine.

78. Que durant ces engagements apostoliques concrets les frères étudiants soient suivis par un frère compétent désigné par le Maître des étudiants qui fera avec eux une évaluation périodique de cette expérience.

79. Au Maître des étudiants d’assurer en même temps l’accompagnement spirituel nécessaire pour aider les frères étudiants à évaluer et à approfondir ces expériences en vue de l’intégration de la dimension apostolique dans leur vie dominicaine.

80. Les vacances et autres temps libres doivent être des temps de détente, mais aussi des moments d’enrichissement en vue de profiter davantage des moments consacrés à l’étude.

81. On peut envisager dans cette ligne des échanges entre Provinces en vue d’apprendre des langues étrangères, des séjours dans des couvents et maisons représentant un intérêt particulier, des rencontres entre étudiants d’une même région, etc.

82. Le temps des études est un temps de maturation et d’intégration en profondeur de la vie dominicaine (cf. L.C.O. 213 § I et II). Ces années de défi sont également un temps de croissance continue dans la foi.

83. Un accompagnement spirituel des personnes et du groupe, régulier et précis, est nécessaire.

84. Au Maître des étudiants (et à ses collaborateurs) d’assurer cet accompagnement spirituel tant au plan individuel par des échanges personnels et réguliers qu’au plan de la vie du groupe par des réunions communautaires.

85. Pour éviter tout conflit de juridiction, la Ratio formationis particularis aura soin de préciser le rôle respectif du Maître des étudiants en matière de responsabilité (permissions, vacances, stages, dispenses, etc.).

E. Les frères coopérateurs

86. Les membres de notre Ordre sont clercs ou coopérateurs (cf. L.C.O. 1 § 9). Les uns et les autres contribuent par leurs fonctions différentes à l’unique mission de l’Ordre (cf. Quezon City 62).

87. On veillera à former ceux qui se présentent pour être coopérateurs à vivre pleinement le charisme de l’Ordre.

88. Le frère coopérateur accomplit son noviciat avec les frères clercs (cf. L.C.O. 179).

89. Toute modification du programme de formation doit être faite après mûre délibération de sorte qu’il n’y ait jamais deux programmes de formation au noviciat, l’un pour les clercs et l’autre pour les coopérateurs.

90. Les frères coopérateurs seront dès le noviciat éveillés à la vie apostolique de l’Ordre tout comme les frères clercs.

91. Après le noviciat, les trois premières années de formation se pas-sent dans la communauté de formation de la Province (cf. L.C.O. 217).

92. Le Régent des études et le Maître des frères coopérateurs organiseront un programme de formation théologique pour les frères coopérateurs (cf. L.C.O. 217).

93. Cette formation sera prioritaire par rapport à une éventuelle formation professionnelle.

94. Néanmoins on donnera à chaque frère coopérateur la possibilité d’acquérir une compétence professionnelle dans un domaine qui corresponde à ses capacités et qui soit utile en vue de la mission de l’Ordre.

95. On veillera à ce que le frère coopérateur ait la possibilité d’exercer une tâche apostolique conforme à sa grâce et à ses capacités, comme pour les frères étudiants clercs.

96. L’accompagnement spirituel se fera de la même façon que pour les frères étudiants clercs.

97. Si cela est possible, on associera un frère coopérateur aîné à l’équipe des formateurs. Il aidera le frère en formation surtout à découvrir et à vivre le charisme propre des frères coopérateurs dans notre Ordre.

98. Avant la profession solennelle du frère, une évaluation soigneuse sera faite avec les formateurs sur sa vocation de coopérateur dans notre Ordre et sur son aptitude à vivre sans tension excessive dans une communauté où la majorité des frères sont clercs.

F. Profession simple et profession solennelle

99. En ce qui concerne les critères pour l’admission à la profession (cf. L.C.O. 189 et 191 § II), on fera tout d’abord attention à la maturité humaine et spirituelle du candidat.

100. En outre il faut s’assurer que le candidat soit conscient de la dé-marche qu’il entreprendra et qu’il prenne librement sur lui les obligations de notre profession.

101. Parce que nous nous engageons par la profession à rester fidèles à l’esprit de saint Dominique (cf. L.C.O. 189, 4), on tiendra compte de la disposition du candidat au travail apostolique, son amour de l’Évangile et tout particulièrement sa compassion pour les pauvres, les pécheurs, ceux qui ne sont pas évangélisés.

102. De plus on vérifiera soigneusement si le candidat est vraiment capable de mener la vie commune propre à notre Ordre (cf. les critères donnés par Walberberg 76.5).

103. Avant la profession simple ou solennelle, certaines Provinces proposent un questionnaire d’évaluation auquel il doit répondre par écrit. Une telle manière de procéder peut être encouragée. Elle doit être faite dans la plus grande discrétion.

104. On veillera à respecter les conditions établies par notre droit, en particulier en ce qui concerne les délais pour les votes du conseil et du chapitre et pour l’examen préalable (cf. L.C.O. 191s).

105. On n’usera pas à la légère du droit accordé d’anticiper les professions (cf. L.C.O. 197,2 ; 203 § II et 210).

La profession simple (L. C.O. 195-204)

106. La profession simple a lieu au terme du noviciat.

107. Dans les Provinces où le statut prévoit de faire profession pour un an renouvelable ou pour trois ans, ces deux éventualités seront soigneusement envisagées entre le Maître des novices et le novice (cf. L. C. O. 195 § 2).

108. Le Prieur provincial, dans la visite canonique annuelle des couvents de formation à laquelle il est tenu par notre droit (cf. L.C.O. 340), s’enquerra soigneusement de la manière dont les novices ont été informés sur les voeux et formés à ces voeux qu’ils vont prononcer. Les examinateurs devront faire de même (cf. L.C.O. 191).

109. Si un novice venant d’une autre congrégation est déjà profès de voeux perpétuels et ne fait donc pas profession simple au terme de son noviciat, un vote décisif du chapitre et du conseil sera requis et sur la base de ce vote il poursuivra sa probation ou retournera dans son Institut propre (cf. L.C.O. 201 § II).

110. Dans les pays où les jeunes religieux sont astreints au service militaire ou à un service civil, la Ratio formationis particularis spécifiera les conditions sous lesquelles ces services doivent être accomplis.

La profession solennelle (L.C.O. 205-212)

111. Après trois ans de profession simple, le frère peut être admis à la profession solennelle.

112. Le Maître des étudiants doit régulièrement rappeler aux frères qu’ils ont la possibilité, en cas de doute ou d’hésitation, de prolonger leur temps de réflexion, toutefois pas au-delà de trois ans (cf. L.C.O. 201 § I).

113. Outre le vote du conseil et du chapitre, ainsi que le rapport écrit du Maître des étudiants, le Prieur provincial est tenu d’avoir avec le frère qu’il reçoit à la profession un entretien approfondi sur la démarche qu’il va accomplir.

114. On informera sérieusement le frère des conséquences du testament qu’il établit avant sa profession (cf. L.C.O. 200 § 4 et 212).

G. Ministères et ordres

115. La mission de prêcher est la mission spécifique confiée à l’Ordre en tant que tel. Ainsi la charge de prêcher revient aux frères par leur appartenance à l’Ordre des Prêcheurs (cf. L.C.O. 1 § III).

116. Néanmoins il y a un lien étroit entre cette mission et l’ordination diaconale et presbytérale, « le ministère de la Parole trouvant son achèvement dans les sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation» (cf. L.C.O. 105).

117. Les ministères de lecteur et acolyte peuvent être conférés après la profession simple (cf. L.C.O. 215 bis). La Ratio formationis particularis en déterminera les modalités exactes.

118. La collation de ces ministères suppose une formation préalable à l’animation d’une célébration liturgique.

119. Pour la collation des ordres (diaconat et presbytérat) on veillera à observer les prescriptions de nos constitutions surtout en matière d’examens (cf. L.C.O. 246 à 248) ainsi que les prescriptions du droit commun en matière d’intervalles (cf. Can. 1031 § 1 et 1035 § 1), en respectant également le nombre d’années d’études requises pour recevoir les ordres (cf. Can. 1032).

120. À la demande du candidat ou sur la proposition du Maître des étudiants un frère pourra demeurer diacre jusqu’à la fin de ses études complémentaires.

121. L’aptitude à la prédication sera l’un des éléments importants à considérer pour l’admission aux ordres.

122. En plus de la formation ecclésiologique et sacramentelle indispensable à l’accession aux ordres, il importe que les candidats reçoivent une bonne initiation pratique aux différentes célébrations.

123. On encourage les Provinces à prévoir entre le diaconat et l’ordination presbytérale un stage pastoral au sein d’une communauté pleinement active.

124. Outre les prescriptions du droit commun on ne permettra pas de confesser avant l’examen ad confessiones audiendas. Celui-ci sera fait avec toute la préparation et le sérieux requis (cf. L.C.O. 251).

125. Cet examen peut être l’occasion de vérifier l’aptitude à l’exercice fructueux du ministère. Dans le cas où cette aptitude apparaîtrait insuffisante, un retard peut être envisagé et, surtout, un accompagnement pastoral sera donné au candidat.

IV. PERSONNES ET INSTANCES IMPLIQUÉES DANS LA FORMATION

A. Les frères en formation

126. Dès le début de leur entrée dans l’Ordre les jeunes frères doivent prendre conscience du fait qu’ils sont les premiers responsables de leur formation. Ainsi une participation active et la volonté de collaborer leur sont demandées.

127. Qu’ils soient prêts à apprendre des responsables de la formation et de leurs frères aînés l’existence dominicaine et qu’ils se laissent vraiment aider par eux.

128. De même qu’on les accueille avec bienveillance et qu’on leur accorde une avance de confiance, à eux aussi de développer cette attitude à l’égard des responsables de la formation. Sans confiance mutuelle le processus de formation ne peut pas réussir.

129. Qu’ils acceptent surtout l’aide et la compétence des responsables de la formation dans le discernement de leur vocation, qui est présumée être une vocation dominicaine mais n’est pas nécessairement telle. C’est précisément cela qu’il s’agit d’examiner et de vérifier.

130. Sans correction fraternelle, pas de progrès dans la vie dominicaine. Que les jeunes frères l’acceptent avec empressement de la part des responsables de la formation en essayant de comprendre que leur propre bien est en jeu.

131. Qu’on leur découvre dès le début que, pour la maturation humaine et spirituelle ainsi que pour progresser dans la vie dominicaine, il est d’une importance capitale d’avoir un vrai conseiller spirituel parmi les frères, auquel on peut en toute confiance et confidence ouvrir son coeur.

132. Nous croissons lentement dans la vie religieuse et dominicaine. Ainsi les frères en formation doivent apprendre avec patience à accepter leur condition fondamentale de disciples et à avoir la ferme volonté de continuer et d’avancer dans le pèlerinage de la foi dans lequel nous sommes tous engagés.

133. S’il n’y a pas de compréhension possible entre un frère en formation et un responsable de la formation et si leur relation s’avère trop conflictuelle de sorte que la situation semble être irrémédiable et insupportable pour le jeune frère, l’un d’eux ou les deux ont le droit et le devoir de faire appel au Prieur provincial.

B. Les responsables de la formation

134. Le frère chargé de la formation aux diverses étapes de la formation initiale sera choisi en fonction de son charisme d’éducateur (initiateur et accompagnateur) spirituel et de l’expérience pastorale qui a pu développer ce charisme.

135. Il doit avoir fait preuve, dans les communautés où il a vécu, d’une intégration harmonieuse des diverses composantes de la vie dominicaine.

136. Une autre condition pour être chargé de la formation est une bonne connaissance et un amour réel de l’Ordre, ainsi qu’une compréhension bienveillante et la bonté à l’égard de ceux qui lui sont confiés.

137. Le responsable de la formation doit avoir exercé un certain temps un ministère apostolique. Il ne sera pas nommé à cette charge immédiatement après ses études institutionnelles.

138. Le maître responsable de la formation doit accorder une priorité à l’accomplissement de sa charge. Il est néanmoins souhaitable qu’il ait un autre ministère.

139. Le frère choisi pour une tâche de formation à l’intérieur d’une Province doit pouvoir disposer d’un certain temps pour acquérir une formation spécialisée lorsqu’il en ressent la nécessité.

140. Il aura à coeur de rencontrer les responsables de la formation d’autres Provinces, de nos soeurs dominicaines ou d’autres instituts, et cela en vue d’une collaboration éventuelle.

141. Une part importante de la formation se joue dans la cohabitation régulière avec les frères en formation initiale. En aucun cas, le responsable ne pourra donc résider en dehors de la communauté de formation.

142. Il veillera en outre à ce que ses responsabilités apostoliques ne le contraignent pas à de trop longues et de trop fréquentes absences.

143. Si les frères en formation doivent être intégrés réellement et progressivement à la communauté de formation, le responsable de la formation garde toute liberté pour organiser, dans le cadre de la formation, des activités spécifiques d’ordre apostolique ou communautaire, le prieur conventuel en étant toujours informé.

144. Responsable directement devant le Prieur provincial, toute personne chargée de formation doit rencontrer le Prieur provincial comme il est spécifié dans les Constitutions au sujet de ces frères (cf. L.C.O. 185, 214 § 3 et 209).

145. Le maître (des étudiants, des coopérateurs et des novices) doit toujours être présent au conseil provincial lorsque la discussion porte sur un frère dont il a la charge ou une question concernant son domaine de responsabilité dans la formation initiale.

146. Ceux qui sont chargés de la formation ont besoin du support de toute la Province dans leur travail.

147. Pour des questions délicates qui requièrent une compétence particulière, ils n’hésiteront pas à demander l’aide ou la supervision de personnes compétentes et à participer à des sessions ou des stages organisés à cet effet.

C. Le Conseil de formation (L.CO. 159)

148. Le rôle du conseil de formation est d’aider dans leur tâche les maîtres responsables de la formation.

149. Un conseil local de formation peut exister en même temps qu’un conseil provincial de formation.

150. Une Province peut décider de créer un ou plusieurs conseils de formation pour aider dans leur tâche les responsables de la formation.

151. Dans une communauté de formation doit exister un conseil local de formation (distinct du conseil conventuel) dont la composition et la tâche doivent être précisées dans la Ratio formationis particularis.

152. Habituellement ce conseil est constitué du Prieur, du ou des Pères-Maîtres, du responsable local des études, d’un représentant de la communauté et si on le juge utile, d’un représentant des frères en formation. La désignation de ces deux derniers sera faite selon des modalités précisées dans la Ratio formationis particularis.Le Maître des novices ou des étudiants est le président du conseil qu’il doit convoquer au moins deux fois par année.

153. Ce conseil, qui est au service des formateurs et des frères en formation, peut périodiquement évaluer la manière dont les frères en formation s’intègrent dans la communauté et la façon dont cette communauté les accueille. Il peut alerter le Père-Maître ou le responsable des études sur des points qui lui paraissent à revoir. Il traitera aussi de toute affaire mise à l’ordre du jour par l’un des membres et qui sera agréé par la majorité des membres.

154. Dans les Provinces où existent plusieurs maisons de formation peut être créé un conseil provincial de formation.

155. Ce conseil est présidé et convoqué par le Prieur provincial ou un autre membre selon les déterminations de la Ratio formationis particularis.

156. Sa tâche consiste surtout à coordonner ce qui se fait dans les maisons de formation, à informer, à réfléchir sur la politique de formation de la Province, à aider le Prieur provincial à l’orientation des frères, en particulier dans le travail très délicat de la première assignation.

157. Le compte rendu de ce travail est remis périodiquement au Provincial.

D. La communauté de formation

158. Le rôle de la communauté dans la formation initiale est de première importance.

159. Par sa vie dominicaine, cette communauté forme le cadre indispensable pour introduire les jeunes frères à la vie dominicaine.

160. Il faut qu’une communauté de formation remplisse toutes les conditions exigées par nos constitutions (cf. L.C.O. 160, 180 et 215).

161. Cette communauté doit comprendre un nombre équilibré de frères en formation et de frères engagés dans le ministère, doit avoir, à côté de la qualité de la vie intellectuelle, une vraie tradition apostolique et doit être susceptible d’encourager les jeunes frères à se donner également à la prière et à l’étude.

162. Dans ses visites canoniques annuelles, le Prieur provincial doit veiller à ce que ces conditions soient remplies.
164. Il peut toujours demander à d’autres communautés de contribuer, par l’envoi d’un frère par manière de séjour ou d’assignation, à maintenir dans la Province une formation solide pour les jeunes.

165. Ainsi, lorsqu’il aura à confirmer l’élection du Prieur d’un couvent de formation, le Prieur provincial s’enquerra de savoir si l’élu désire réellement s’intéresser et participer, à la place qui est la sienne, à la formation des jeunes frères et à leur intégration dans la communauté.

166. Tous les membres de la communauté sont responsables de la vie dominicaine de leur communauté. Qu’ils en restent toujours conscients et soient prêts à s’y engager, même si cela demande des efforts supplémentaires.

167. Les frères doivent aider de tout coeur ceux qui ont la charge de la formation, les encourager, et ne pas se substituer à eux ni les critiquer inconsidérément.

168. Le prieur de la communauté de formation doit souligner ces points en chapitre régulier, au moins une fois par an.

Constitutions primitives de l'Ordre des Prêcheurs (1216-1236)

PRÉAMBULE

L’année de l’Incarnation du Seigneur 1228, les douze prieurs provinciaux, chacun d’entre eux accompagné de deux définiteurs que lui avait députés le chapitre de sa province, se réunirent avec frère Jourdain, le maître de notre ordre, dans la maison de Saint-Jacques à Paris. A ces représentants, tous les frères avaient à l’unanimité transmis la puissance issue de leur vote et concédé pouvoir plénier pour que tout ce qu’ils établiraient en constituant, abrogeant, modifiant, ajoutant, diminuant, demeurât désormais ferme et stable, sans qu’il fût permis à aucun chapitre de quelque autorité qu’il fût de rien changer aux statuts qu’ils auraient décidé d’établir pour une durée perpétuelle. Les susdits prieurs, donc, associés à leurs définiteurs, après avoir invoqué la grâce du Saint-Esprit et fait une soigneuse enquête, éditèrent dans la concorde et l’unanimité un certain nombre de constitutions en vue de l’utilité, de la dignité et de la conservation de l’ordre et s’occupèrent de les insérer en leur place au milieu des autres constitutions. Parmi ces textes il en est qu’on doit observer selon leur volonté d’une manière inviolable, immuable et perpétuelle : il s’agit de l’interdiction absolue de recevoir des propriétés et des revenus, de l’exclusion des appels, de la règle qui veut que les frères définiteurs ne puissent en rien porter préjudice aux prieurs provinciaux par leurs définitions, ni les prieurs aux frères. Il en est d’autres dont ils ont voulu fixer l’immutabilité de telle sorte que seul un chapitre analogue à celui-ci pourrait selon l’époque y changer quelque chose, pour répondre à quelques nouveaux débats, statuts, accidents ou affaires incidentes : il s’agit de la règle d’établissement des constitutions par l’approbation de trois chapitres généraux, des interdictions d’aller à cheval, de porter de l’argent, de manger de la viande sauf le cas de maladie; ces règles sont d’ailleurs établies de telle manière qu’il est loisible au supérieur d’en dispenser en fonction du temps et du lieu.

Commencement des coutumes des frères prêcheurs.

PROLOGUE

1. Puisque la règle nous fait précepte de n’avoir qu’un coeur et qu’une âme dans le Seigneur, il est juste que vivant sous la même règle, liés par les voeux de la même profession, nous nous trouvions également unanimes dans l’observance de notre religion canoniale, en sorte que l’unité que nous devons conserver dans nos coeurs soit réchauffée et représentée au-dehors par l’uniformité de nos moeurs. Or il est bien certain qu’on pourra pratiquer cette observance et la conserver en mémoire avec plus d’à-propos et de plénitude si l’on confie à l’écriture ce qu’il convient de faire, si chacun peut apprendre par le témoignage d’un texte la façon dont il doit vivre, si nul n’a la permission de changer, d’ajouter, de retrancher quoi que ce soit par propre volonté. Car il nous faudrait craindre, « si nous négligions les moindres détails, une déchéance progressive » [Eccli. XIX, 1].

2. Sur ce point cependant que le supérieur ait en son couvent pouvoir de dispenser les frères chaque fois qu’il l’estimera convenable, principalement en ce qui paraîtrait faire obstacle à l’étude, à la prédication, ou au bien des âmes, puisqu’on sait que notre ordre, dès le début, a spécialement été institué pour la prédication et le salut des âmes et que notre étude doit tendre par principe, avec ardeur et de toutes nos forces à nous rendre capables d’être utiles à l’âme du prochain.

3. Donc, afin de pourvoir à l’unité et à la paix de l’ordre tout entier, nous avons rédigé soigneusement ce livre que nous nommons le livre des coutumes. Nous y avons établi deux distinctions, La première distinction contient : comment les frères doivent se conduire de jour dans le monastère; comment faire de nuit; comment font les novices; les malades; ceux qui subissent la saignée; enfin : du silence et : des coulpes. Deuxième distinction : des chapitres provinciaux et généraux; de l’étude; de la prédication. A chacune de ces distinctions nous avons assigné des titres propres de chapitres, que nous allons transcrire afin que le lecteur puisse sans difficulté découvrir ce qu’il pourrait chercher.

Des matines. Du chapitre et de prime. De la Messe et des autres heures. Du repas et des aliments. De la collation et des complies. Des malades et des frères saignés. Des novices et du silence. Du vêtement. De la rasure. Des coulpes.

PREMIÈRE DISTINCTION

Des matines.

I. Dès qu’ils entendent le signal les frères se lèvent, récitant les matines de la bienheureuse Vierge, selon le temps. Ayant achevé ces matines, les frères en arrivant au choeur font une inclination profonde devant l’autel. Arrivés à leur stalle, ils disent au signal du supérieur, à genoux ou en inclination, selon le temps, ‘Pater noster’ et ` Credo in Deum’; puis sur un nouveau signal du prieur se lèvent. Ayant ainsi commencé dévotement cette heure, ils s’arment du signe de la croix en faisant face à l’autel et font en chceur l’inclination profonde au ` Gloria Patri’, ou la prostration selon le temps, jusqu’au ` Sicut erat’. C’est ce que l’on doit faire chaque fois que l’on dit ` Pater noster’ et ‘ Credo in Deum’, sauf à la messe, avant les leçons et aux grâces. Il faut encore procéder de la sorte à la première collecte de la messe et à la postcommunion; et de même à l’oraison pour l’Eglise, à l’oraison de chacune des heures et au ‘ Gloria Parti’ qui se fait au début. A tous les autres ‘ Gloria Patri ‘, aux derniers versets des hymnes et à l’avant dernier verset du cantique ‘ Benedictus ‘ nous faisons l’inclination moyenne; de même quand on chante le ‘ Gloria in exclesis Deo ‘, à ‘ Suscipe deprecationem nostram ‘ et, au ‘ Credo’ de la messe, à ‘ homo factus est ‘; de même aux bénédictions des leçons; de même au chapitre, à l’oraison ‘ Sancta Maria’ et à toute oraison quand on prononce le nom de la bienheureuse Vierge. L’heure étant commencée de la sorte, l’on se tourne en choeur à partir du ‘Gloria’ qui suit le ‘ Venite ‘. Ensuite, l’un des chceurs s’assied pour le premier psaume; puis se lève pour le deuxième, tandis que l’autre choeur s’assied. Ils alternent ainsi jusqu’au ‘ Laudate Dominum de ccelis ‘. Ainsi fait-on à toutes les heures.

On tient le chapitre à la fin des matines; parfois, après prime; parfois même on l’omet, pour ne pas gêner les études, au jugement du supérieur.

Du chapitre et de prime.

II. Lorsque la communauté entre au chapitre, le lecteur annonce la lune et lit ce qu’on doit lire du calendrier. Puis le prêtre enchaîne ‘ Pretiosa ‘, etc. Les frères s’assoient alors et le lecteur récite la leçon des Institutions ou de l’Evangile, selon le temps, disant auparavant ‘ Jube Domine’; sur quoi l’hebdomadaire donne la bénédiction ‘ Regularibus disciplinis ‘ ou ‘ Divinum auxilium ‘, selon le temps. Après l’absoute des défunts, celui qui préside le chapitre dit ‘ Benedicite’ et tous, répondant ‘ Dominus’, font l’inclination. Après les suffrages et la récitation de ‘ Retribuere dignare ‘ etc. par le prieur et des psaumes ‘ Ad te levavi ‘ et ‘ De profundis ‘, du ‘ Kyrie eleison ‘ et du ‘ Pater noster ‘ par le couvent, l’hebdomadaire ajoute les trois versets ‘ Oremus pro Domino Papa’, ‘ Salvos fac servos tuos ‘, ‘ Requiescant in pace ‘, avec les trois oraisons ‘ Omnipotens sempiterne Deus qui facis ‘, ‘ Pretende ‘, ‘ Fidelium Deus’. Les frères s’assoient. Si le supérieur juge nécessaire de dire quelque chose pour l’avancement ou la correction des frères, il peut le fairè alors brièvement. Sur quoi les novices sortent. Après leur sortie, celui qui préside dit ‘ Faciant venias qui se reos aestimant ‘. Aussitôt, ceux qui se reconnaissent en faute font la ‘ venia’ en prostration. Puis, se relevant, ils confessent avec humilité leur coulpe. Et ceux dont la coulpe est digne d’une correction se préparent à recevoir celle que leur donne le prieur lui-même, ou tel à qui le prieur en donne l’ordre. Au chapitre les frères ne doivent parler que pour deux raisons : soit pour dire avec simplicité leurs coulpes, ou celles des autres; soit pour répondre aux questions de leurs supérieurs. Nul ne doit proclamer personne sur un simple soupçon. Quand le supérieur prescrit une oraison commune, tous font l’inclination. Ainsi font tous ceux à qui le prieur enjoint de faire ou de dire quelque chose. Mais s’il enjoint quelque obédience, office, ou ministère, que le destinataire reçoive ce qu’on lui enjoint en faisant la prostration avec humilité.

Après l’audition des coulpes on dit le psaume ‘ Laudate dominum omnes gentes ‘ avec le verset ‘Ostende nobis Domine’ et ‘ Dominus vobiscum ‘, et la collecte ‘ Actiones nostras ‘, etc. A la fin le prieur dit ‘ Adjutorium nostrum’, etc., et le chapitre s’achève de la sorte.

III. Les femmes ne doivent jamais pénétrer dans le Cloître, les officines et l’oratoire, sauf au jour de la consécration de l’Eglise. Le jour du Vendredi saint elles pourront entrer dans le choeur jusqu’à l’heure de l’office. Mais c’est dans l’église des laïcs ou dans un autre lieu de l’extérieur, déterminé d’avance, que le prieur leur parlera de Dieu et des réalités spirituelles.

De la messe et des autres heures.

IV. Nos frères doivent rester ensemble pour entendre les matines, la messe et toutes les heures canoniales; et de même pour prendre leur repas, à moins que le supérieur veuille en dispenser quelques-uns. Toutes les heures doivent être récitées à l’église de façon brève et stricte, de telle manière que les frères ne perdent pas la dévotion et que cependant leurs études n’en souffrent aucunement. Voici comment nous disons qu’il faut faire : on observera un rythme au milieu du verset avec une pause, sans prolonger la voix à la pause non plus qu’à la fin du verset; mais bien comme on a dit, qu’on termine de façon brève et stricte. Ce qu’on observera plus ou moins selon le temps liturgique.

Des repas et des aliments.

V. De Pâques à la fête de la Sainte Croix, les frères ont deux repas, sauf pour les Rogations, les vendredis, la vigile de la Pentecôte, les jeûnes des quatre-temps, les vigiles de Jean-Baptiste, de Pierre et de Paul, de Jacques et de Laurent, de l’Assomption de sainte Marie, et de Barthélemy.

VI. De la fête de la Sainte Croix jusqu’à Pâques, nous observons un jeûne continu et nous ne mangeons qu’après none, excepté les dimanches. Durant tout l’Avent, le Carême, les Quatre-Temps, les vigiles de l’Ascension, de la Pentecôte, de saint jean, de Pierre et. Paul, de Matthieu, de Symon et de Jude, de la Toussaint et d’André apôtre et enfin tous les vendredis – à moins que Noël ne tombe un tel jour – nous n’usons que des aliments de carême. A moins également que l’on n’accorde à quelqu’un une dispense à cause de son travail ou que l’on ne soit en un lieu où l’on mangerait autrement, ou qu’il n’y ait une fête majeure. Ceux qui voyagent cependant peuvent manger deux fois, sauf pendant l’Avent3 et à l’exception des jeûnes principaux institués par l’Eglise.

VII, 1. A une heure convenable avant le dîner (prandium) ou le souper (ccena) le sacristain sonne quelques coups sur la cloche extérieure (campana) pour que les frères ne tardent pas à venir au repas. Puis l’on sonne le signal intérieur (cymbalum) si le dîner est prêt; sinon, on attend pour cela qu’il le soit. Après l’ablution des mains le prieur sonne la clochette (nola) du réfectoire et les frères entrent. Après leur entrée le versiculaire dit ‘ Benedicite ‘; le couvent poursuit la bénédiction et l’on dîne. Cependant les servants commencent par les rangs inférieurs, en remontant vers la table du prieur. Nul des frères présents au couvent ne peut s’absenter de la première table, sauf permission, à l’exception des servants et des surveillants. Tous ceux qui restent doivent manger à la seconde table, en sorte qu’il ne soit pas nécessaire d’en faire une troisième. On ne doit faire pour les servants ni les cuisiniers aucun plat supplémentaire’ (pictantia), que la communauté ne recevrait pas, à moins qu’il ne s’agisse de malades ou de frères saignés. Les prieurs mangent au réfectoire et se contentent des aliments du couvent. Ainsi pour les infirmiers, les hôteliers, les cuisiniers et autres frères, à moins que, pour quelque raison, le prieur n’en ait dispensé l’un ou l’autre, leur permettant de manger parfois en dehors du couvent. S’il arrivait aux prieurs d’être malades, qu’on les soigne à l’infirmerie avec les autres frères. Un frère n’a pas le droit d’envoyer à un autre son plat supplémentaire, à l’exception du prieur; on peut le donner seulement à son voisin de droite ou de gauche.

2. Dans chacune de nos maisons, il ne doit avoir que deux endroits où mangent les débiles et les malades, l’un pour la viande, l’autre pour les autres aliments, à moins de nécessité évidente ou de maladie urgente. De même, que les autres frères ne mangent que dans le réfectoire ou dans la maison des hôtes.

VIII. Que tous nos plats soient sans viande dans nos couvents. Mais il est permis à nos frères de manger hors du couvent des plats cuits avec de la viande, pour ne pas être à charge à leurs hôtes. Dans les localités où nous avons un couvent, nos frères, les prieurs comme les autres, ne doivent pas se permettre de manger hors du cloître, si ce n’est avec l’évêque ou dans les maisons religieuses, et ceci rarement. Chaque jour, s’il est possible, les frères ont deux plats cuits; le prieur peut ajouter quelque supplément s’il le juge nécessaire et si l’on en a le moyen. Si quelqu’un voit son voisin manquer d’un aliment commun, il doit le réclamer au ré f ectorier ou au servant. Si quelqu’un de ceux qui servent ou de ceux qui mangent fait une faute dans son service ou dans sa réfection, il fait la venia lorsque les frères se lèvent et regagne sa place au signal du supérieur. Quiconque veut boire hors de l’heure des repas en demande la permission au supérieur et reçoit un socius.

De la collation et de complies.

IX. En temps de jeûne, le sacristain donne à l’heure convenable, le signal de la collation. Lorsque les frères se sont réunis en communauté, le lecteur, sur un signal du prieur, avant de lire, prononce `Jube Domine’ et la bénédiction suit : ` Noctem quietam,’ etc. Durant la leçon les frères peuvent boire, au signal du prieur, lorsque le lecteur a dit ` Benedicte’ et que l’hebdomadaire a donné la bénédiction ` Largitor omnium bonorum ‘, etc. A la fin de la leçon, le supérieur dit ` Adjutorium nostrum’, etc. Alors les frères entrent en silence à l’église. Durant l’autre temps, la leçon d’avant complies se lit à l’église : ‘ Fratres sobrii estote ‘. On fait la confession; on dit les complies; le supérieur donne la bénédiction et l’hebdomadaire fait l’aspersion de l’eau bénite. Puis on récite ‘ Pater noster ‘ et ‘ Credo in Deum’. Ce qu’on doit faire également avant prime et avant matines.

X. Nos frères ne doivent, pas dormir sur des sommiers, à moins que d’aventure ils ne puissent obtenir un lit de paille pour dormir, ou quelque chose d’équivalent. Ils dorment avec leur tunique et leurs chausses, la ceinture serrée. Il leur est permis de dormir sur un lit de paille, un sac de laine ou une paillasse.

Des malades et des frères saignés.

XI, 1. Le supérieur doit se garder de négliger les malades. Il faut les traiter en effet de telle sorte qu’ils se rétablissent au plus vite, ainsi que dit notre père Augustin. Certains d’entre eux peuvent manger de la viande, dans la mesure où l’exige la gravité de leur maladie, à l’appréciation du supérieur. 2. Mais si quelqu’un souffre de telle maladie qu’il n’en est guère affaibli ni troublé dans son appétit – enflure, coupure aux membres ou quelque chose de semblable – il ne doit ni coucher sur un sommier, ni rompre les jeûnes accoutumés, ni manger d’autres aliments que ceux du réfectoire; il étudie ou travaille manuellement selon les ordres du supérieur.
XII. La saignée se fait quatre fois l’an. La première en septembre; la seconde après Noël; la troisième après Pâques; la quatrième aux environs de la fête de Jean-Baptiste. Hors de ces saignées nul ne doit se faire saigner, à moins que le prieur, dans sa discrétion, juge pour quelque raison qu’il faille faire autrement. Quand cela peut se faire commodément, que les frères saignés mangent hors du réfectoire, mais en silence, et qu’on leur procure des mets plus agréables si les moyens de la maison le permettent. L’on ne doit pas manger de viande pour raison de saignée.

Des novices.

XIII. Le prieur confie les novices pour leur éducation à un maître attentif, qui les instruit dans la vie régulière et les stimule à l’église; s’efforce de tout son pouvoir à les corriger par la parole ou par le geste partout où ils se montrent négligents; enfin, autant qu’il peut, leur procure le nécessaire, Il peut leur infliger une pénitence ou les proclamer dans leur chapitre propre au sujet de leurs négligences publiques, lorsqu’ils en demandent pardon devant lui.

Il enseigne l’humilité du coeur et du corps et s’efforce d’éduquer sur ce point les novices, selon cette parole : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur » [Matth. xi, 29]. Il [leur] apprend à se confesser fréquemment avec sincérité et discernement; à vivre sans propriété, à abandonner [leur] volonté propre, à pratiquer en toutes choses une obéissance volontaire à l’égard de la volonté de [leur] supérieur; il leur apprend comment se conduire en toute sorte de lieu et en toute affaire, comment tenir la place où on les aura mis, comment faire l’inclination à qui leur donne ou leur enlève quelque chose, à qui leur parle bien ou mal; quelle attitude réservée ils doivent garder dans les lieux, en conservant les yeux baissés; quelle prière dire et comment la faire silencieusement pour que le bruit ne gêne pas les autres. A demander pardon en quelque lieu qu’ils reçoivent une réprimande du supérieur, à ne point se permettre de discuter avec qui que ce soit; enfin à obéir en toutes choses à leur maître; à faire attention de bien suivre le compagnon qui marche à leur côté dans la procession sous le cloître; à ne point parler dans les lieux et dans les moments défendus; à dire Benedictus Deus quand on leur donne quelque vêtement en faisant l’inclination profonde; à ne juger profondément personne, mais s’ils voient faire quelque chose qui leur paraisse mal, qu’ils se demandent si cela ne serait pas bon, ou. fait du moins dans une intention bonne; car le jugement de l’homme se laisse souvent égarer. Il leur montre comment faire la venia au chapitre, ou partout où ils recevraient une réprimande; à recevoir fréquemment la discipline; à ne parler d’un absent que pour en dire du bien; à boire à deux mains et assis. Avec quel soin ménager les livres et les vêtements et les autres biens du monastère. Quelle application ils doivent avoir à l’étude, en sorte que de jour et de nuit, à la maison et en voyage, ils soient toujours occupés à lire ou à méditer quelque chose, s’efforçant de retenir par coeur tout ce qui leur est possible. Quelle ferveur ils devront avoir dans la prédication quand le temps en sera venu.

XIV, 1. Les postulants qui viennent à nous sont. conduits au chapitre au temps déterminé par la discrétion du supérieur ou de quelques anciens. A leur arrivée, ils se prosternent au milieu du chapitre. Au supérieur qui leur demande ce qu’ils cherchent, ils répondent ` Dei et vestram misericordiam’. Ils se relèvent sur l’ordre du supérieur qui leur expose la rigueur de l’ordre et leur demande de dire leur volonté. S’ils répondent qu’ils veulent tout observer et renoncer au monde, il dit après le reste ` Dominus qui ccepit ipse perficiat’. Et le couvent répond `Amen’. Ils déposent alors leurs vêtements séculiers et, par la réception de l’habit religieux, sont reçus au chapitre dans notre société. Cependant avant qu’ils ne promettent la stabilité et la vie commune et ne fassent voeu d’obéissance au supérieur et à ses successeurs, on leur assigne un temps de probation .

2. Nul ne doit être reçu sans qu on ne lui demande s’il n’est pas marié, esclave, endetté, lié par une autre profession religieuse, ou souffrant d’une infirmité cachée. S’il est d’une autre famille religieuse, on ne le reçoit pas dans notre ordre, à moins qu’il ne soit accepté par le chapitre provincial ou général. On n’admet pas de cisterciens, sauf permission spéciale du seigneur pape. Que le prieur conventuel ne reçoive personne, ni comme convers ni comme chanoine, sans avoir demandé et obtenu le consentement de tout le chapitre ou tout au moins de sa majorité.

3. Nul n’est reçu avant .18 ans accomplis. 4. En tout couvent trois frères compétents sont élus en commun par le conseil du couvent pour examiner avec soin la conduite et l’instruction des postulants. Ils transmettent au prieur et au chapitre les résultats de l’examen laissant à leur jugement de décider s’ils doivent être reçus.

XV, 1. Nous statuons un temps de probation de 6 mois, ou davantage à l’appréciation du supérieur, pour que le postulant éprouve les austérités de l’ordre et les frères les moeurs du postulant; à moins que tel postulant mûr et de bon jugement veuille renoncer à la susdite probation et s’offre avec instance à faire profession. 2. Les novices ont à se libérer de leurs dettes avant la profession et à déposer ce qui leur reste aux pieds [Act. iv, 35] du prieur pour s’en défaire totalement. 3. Item nul ne peut se voir garantir l’usage de certains livres et n’a le droit de s’indigner contre quiconque les lui enlève ou les reçoit en garde.

XVI, 1. Voici la manière de faire profession. « Moi, fr… je fais profession et je promets à Dieu et à la bienheureuse Marie obéissance, et à toi, N., maître de l’ordre des Prêcheurs, et à tes successeurs, selon la règle du bienheureux Augustin et les institutions de frères de l’ordre des Prêcheurs, que je te serai obéissant ainsi qu’à tes successeurs jusqu’à la mort. » Mais quand on la fait à un autre prieur, quel qu’il soit, il faut la faire de la sorte : « Moi, fr…, je fais profession et je promets à Dieu et à la bienheureuse Marie obéissance, et à toi, N., prieur de tel lieu, qui tiens la place du maître de l’ordre des Prêcheurs et de ses successeurs, selon la règle du bienheureux Augustin et les institutions des frères de l’ordre des Prêcheurs, que je te serai obéissant ainsi qu’à tes successeurs jusqu’à la mort. »

2. Les novices se formeront avec zèle durant leur temps de probation à la psalmodie et à l’office divin. 3. On recevra leur confession avant la profession et on les instruira avec soin de la façon de se confesser et du reste. 4. Les novices n’assistent pas au chapitre et ne couchent pas au dortoir avec les autres frères, quand on peut respecter commodément cette règle. Mais le maître des novices entend leurs coulpes hors du chapitre, forme leur moralité avec autant de soin qu’il peut et les corrige avec charité. 5. Pendant une année, les novices, tant les clercs que les laïcs, ne doivent pas être envoyés en pays lointain, sauf cas de nécessité, ni chargés de quelque office. On n’aliénera pas leurs vêtements et on ne les ordonnera pas avant la profession.

Du silence.

XVII, 1. Nos frères gardent le silence dans le cloître, le dortoir, les cellules, le réfectoire et l’oratoire des frères, sauf peutêtre pour dire quelque chose sans bruit et sans faire une phrase achevée. Ailleurs les frères peuvent parler par permission spéciale.

2. A table cependant, au dedans comme au dehors, les frères gardent toujours le silence, aussi bien les prieurs que les autres, à l’exception du principal d’entre eux, ou d’un autre à qui le principal aurait commis le soin de parler à sa place; et dans ce cas celui-ci doit se taire. Si quelqu’un rompt délibérément le silence ou donne permission de parler, il ne boira que de l’eau durant un dîner en présence de tous, sans dispense possible. Il recevra de même une discipline au chapitre. 3. Les malades couchés cependant sont exemptés de ces prescriptions.

Les malades non couchés gardent le silence depuis le repas de midi jusqu’aux vêpres. De même, également, à partir du signal qu’on donne après les complies. Les frères saignés observent la même règle après le premier jour de la saignée. 4. Voici les pénitences des infractions au silence : pour la première fois, Miserere mei et Pater noster; et aussi pour la seconde fois; pour la troisième on reçoit la discipline; de même aussi pour la quatrième, de même pour la cinquième, pour la sixième. Mais pour la septième, un jour d’abstinence au pain et à l’eau, assis au bas de la table, et ceci au dîner et non pas au souper. On ne compte pas au-delà de sept fois, mais on recommence à compter au début. Tout ce qu’on vient de dire s’entend entre deux chapitres, de telle sorte qu’on recommence à compter les infractions à partir d’un chapitre jusqu’à l’autre. On peut recevoir les disciplines en particulier, ou bien après les complies avec les autres frères. S’il reste quelque chose à recevoir lors du chapitre, c’est là qu’on le reçoit.

XVIII. Si quelqu’un scandalise son frère de quelque façon, il demeurera couché, prosterné à ses pieds, jusqu’à ce que l’autre, apaisé, le relève.

Des vêtements.

XIX. Nos frères portent des vêtements de laine non rasée partout où l’on peut observer cette règle. Quand on ne peut l’observer ils se servent d’étoffes vulgaires. Qu’on observe particulièrement la pauvreté dans les chapes. On ne porte pas d’eff ets de lin directement sur la peau.

Pas même les malades. On doit écarter de nos infirmeries tous les effets de lin.

Et pas plus de trois tuniques avec une peau de mouton, en hiver, ou quatre sans la peau, qu’on porte toujours couverte de la tunique. Nos frères ne doivent pas se servir de pelisses en fourrure, ni de couverture de quelque peau que ce soit. Il suffit que les tuniques descendent jusqu’au cou de pied. La chape doit être plus courte qu’elles, et de même la peau de mouton. Il suffit que nos scapulaires descendent jusqu’à couvrir les genoux. Nous avons des chausses et des chaussons selon qu’il est nécessaire et que nos moyens le permettent. Nous n’avons ni guêtres ni gants.

De la rasure.

XX. La partie supérieure de la rasure ne doit pas être trop réduite, comme il convient à des religieux : il faut qu’entre elle et les oreilles il n’y ait pas plus de trois doigts. La taille se fait à la hauteur du dessus de l’oreille. Rasure et taille se font aux termes suivants : ter à Noël; 20 à mi-temps entre Noël et la Purification; 3e à la Purification; 4° entre la Purification et Pâques; 5e le jour de la cène du Seigneur; 6e entre Pâques et la Pentecôte; 7° à la Pentecôte; 8e entre la Pentecôte et la fête de Pierre et Paul; 9° à cette fête; 10° à la fête de sainte Marie Madeleine; 11e à l’Assomption de sainte Marie; 12e à sa Nativité; 13e à la fête de saint Denys; 14° à la fête de la Toussaint; 15e à la fête du bienheureux André.

Des coulpes.

XXI. Voici les coulpes légères. 1. Ne pas se hâter promptement d’abandonner toute occupation dès que le signal est donné et différer de se préparer à venir à l’église quand il le faut, en bon ordre et d’un pas tranquille, comme il est marqué dans la règle, alors qu’on se trouve dans l’enceinte du monastère ou dans son voisinage. 2. Ne pas accomplir avec une attention soigneuse la lecture ou le chant dont on a la charge. 3. Troubler le chorur en entonnant mal le répons ou l’antienne. 4. Ne pas s’humilier sur-le-champ devant tous quand on a fait une faute au chœur en lisant ou chantant de travers. 5. Omettre de se joindre à la communauté à l’heure où l’on devrait. 6. Y causer quelque désordre ou dérangement. 7. Ne pas venir à table ou à la messe avec les autres. 8. S’absenter de la rasure commune. 9. Causer quelque dérangement au dortoir. 10. S’attarder hors du cloître, quand on en est sorti avec la permission. 11. Laisser tomber par négligence le corporal, les linges qui servent à porter le calice ou à envelopper la patène, l’étole ou le manipule. 12. Ne pas ranger ses vêtements et ses livres au lieu prévu, avec décence et en bon ordre, ou les traiter avec négligence. 13. Briser ou perdre quelque ustensile. 14. Répandre quelque boisson. 15. Laisser manquer par négligence le livre dans lequel on doit lire au réfectoire, au chapitre ou à la collation. 16. Quand on est lecteur désigné pour la table, négliger la bénédiction, dire ou lire quelque chose qui scandalise les frères. 17. Faire un geste répréhensible ou se faire remarquer. 18. Prendre une boisson ou un aliment sans bénédiction.

19. Parler avec des parents ou des messagers qui viennent d’arriver, pour en écouter les nouvelles, à l’insu et sans la permission du supérieur. 20. Dormir au cours, dans les études. 21. Lire des livres interdits. 22. Déranger les professeurs ou les auditeurs. 23. En allant en prédication parler de choses vaines, ou en faire. 24. Rire de façon dissolue et s’efforcer d’exciter le rire chez les autres par des éclats de rire, des jeux, des paroles ou des actes. 25. Erre encore absent au Gloria du premier psaume et ne pas en faire réparation au degré de l’autel.

26. Manquer par négligence le début du chapitre aux vigiles de l’Annonciation et de Noël, où l’on doit rendre grâce et de cceur et de corps au Seigneur Rédempteur, tandis que l’on proclame les commencements de notre rédemption. 27. Lorsque l’on est au chceur, manifester de la légèreté d’esprit en laissant divaguer ses regards et en faisant des mouvements peu religieux et mal à propos, au lieu de s’appliquer à l’office divin. 28. Ne pas prévoir ses leçons pour le moment prescrit. 29. Ne pas exécuter un précepte commun et se permettre de chanter ou de lire autre chose que ce qu’établit le consentement général. 30. Rire au chceur ou faire rire autrui. 31. Ne pas venir au chapitre ou à la collation, être absent du repas commun, 32. Négliger, quoi que ce soit possible, de prendre la bénédiction à l’heure même où l’on arrive de voyage, ou sortir du monastère sans l’avoir demandée, quand il ne s’agit pas d’aller dans le voisinage mais de séjourner au dehors plus d’une nuit. 33. Se permettre de proclamer le même jour celui qui vous a proclamé, comme pour se venger. 34. Faire un jugement téméraire en proclamant quelqu’un. 35. Faire un serment pour nier ou pour affirmer quelque chose comme on a coutume de le faire en parlant. 36. Tenir des propos malpropres, ou dire des futilités, ou, ce qui est plus grave, en avoir l’habitude. 37. Toute négligence qu’on pourrait découvrir à l’égard de leur office chez ceux qu’on a députés à quelqu’un d’entre eux : les prieurs en gardant leur couvent, les maîtres en enseignant, les étudiants en étudiant, les scribes en copiant, les chantres dans leur office, les procureurs en procurant les biens extérieurs, le frère linger en fournissant, en conservant, en réparant les vêtements, le garde-malade en gardant les malades, en subvenant à leurs besoins, en faisant le nécessaire auprès des morts, et tous les autres dans leur office, selon la charge qu’ils ont reçue. 38. Z habitude de laisser errer ses regards sur des spectacles futiles, tandis qu’on va par les chemins et les localités. 39. Prendre pour soi les vêtements et autres objets donnés ou concédés à un frère, sans la permission de ce frère. 40. Etre absent au moment prescrit pour entendre les cours avec les autres. 41. On infligera pour pénitence à ceux qu’on aura proclamés pour ces fautes et qui en demanderont pardon un psaume ou deux, ou une discipline avec psaume, ou davantage encore, selon que le supérieur le croira indiqué.

XXII. C’est un coulpe grave : 1. de se disputer avec autrui en présence des séculiers. 2. D’avoir des querelles entre frères, au-dedans comme au-dehors. 3. Fixer vilainement son regard, quand on arrive dans un lieu où se trouvent des femmes, si du moins on se le permet comme une habitude. 4. Se laisser prendre à dire un mensonge calculé. 5. Avoir l’habitude de ne point respecter le silence. 6. Défendre sa faute, ou celle d’autrui. 7. Semer la discorde entre frères. 8. Se laisser prendre à prononcer par malice des menaces, des malédictions ou des paroles déréglées et peu religieuses contre celui qui vous a proclamé ou contre toute autre personne. 9. Dire une injure à quelqu’un des frères. 10. Reprocher une faute passée à un frère qui l a réparée. 11. Etre convaincu de médisance et de diffamation. 12. Vomir par malice des méchancetés contre les pères et les frères dans leur propre maison, sans qu’on puisse les prouver par le témoignage de ses frères. 13. Aller à cheval sans permission ni nécessité grave, ou manger de la viande, ou parler seul avec une femme pour autre chose que la confession, l’utilité ou l’honnêteté, ou rompre sans cause ni permission les jeûnes coutumiers. 14. Pour toutes ces coulpes et pour d’autres semblables, on donne pour pénitence à ceux qui en demandent pardon sans être proclamés trois corrections au chapitre et trois jours au pain et à l’eau. S’il y a proclamation, on ajoutera une correction et un jour de pénitence. Du reste on infligera des psaumes et des réparations selon la qualité des coulpes, à la discrétion du recteur. 15. Sont dignes de la même peine ceux qui, envoyés en mission, se permettent de revenir sans la permission du prieur, ou s’attardent au-delà du terme qu’on leur a fixé. 16. Si quelqu’un murmure sur la nourriture, le vêtement ou tout autre chose, il supportera la même punition et sera privé pendant 40 jours du genre de nourriture, de boisson ou de vêtement pour lequel il a murmuré.

XXIII. C’est une coulpe plus grave : 1. de s’établir en état de désobéissance à l’égard de son supérieur, par contumace ou par rébellion manifeste, ou d’oser s’opposer effrontément à lui au-dedans comme au-dehors; 2. de donner des coups; 3. de commettre un crime capital. 4. Si quelqu’un est proclamé et convaincu, qu’il se lève spontanément, demande pardon et dévoile en gémissant la monstruosité de son forfait. Puis, s’étant mis à nu pour recevoir une condamnation digne de ses démérites, qu’il soit battu autant que le supérieur décide qu’il le soit. Puis on lui fera précepte de s’établir dans l’état de pénitence dû aux coulpes plus graves. C’est-à-dire, qu’il sera le dernier de tous dans la communauté partout où sont les frères, car celui qui n’a pas craint de devenir membre du diable en commettant sa faute doit être banni pour un temps de la société des brebis du Seigneur afin qu’il se repente. Au réfectoire également, il ne s’assiéra pas avec les autres à la table commune, mais il mangera au milieu du réfectoire, sur une table nue, et on lui fournira à part un pain plus grossier et comme boisson de l’eau, à moins que le supérieur ne lui destine quelque supplément. Les restes de son repas ne seront pas mélangés à ceux des autres, pour qu’il se rende compte qu’il est si complètement banni de la société des hommes qu’il est privé aussi de celle des anges, s’il n’y revient par la pénitence. Il viendra devant la porte de l’église aux heures canoniales et aux grâces après le repas, tandis que les frères passeront il restera prosterné sur le sol à l’entrée comme à la sortie. Nul n’osera se joindre à lui, ni lui faire dire quelque chose. Le supérieur cependant, pour éviter qu’il ne tombe dans le désespoir, enverra près de lui des anciens pour qu’ils l’excitent à la pénitence, le poussent à la patience, le réchauffent par la compassion, l’exhortent à la satisfaction, l’aident par leur intercession s’ils aperçoivent en lui l’humilité du cceur. Tout le couvent les aidera par la prière. Le supérieur de son côté ne refusera pas d’exercer envers lui la miséricorde. Si cela semble nécessaire, il viendra de nouveau au pied de chacun recevoir une correction, devant le supérieur d’abord, puis devant chacun de ceux qui sont assis de part et d’autre. Aussi longtemps que le coupable demeurera en pénitence, il ne communiera pas et ne viendra pas recevoir le baiser de paix. S’il est prédicateur, il n’exercera pas le ministère de la prédication. On ne lui assignera aucun office à l’église, on ne lui confiera aucune obédience tant qu’il n’aura pas totalement satisfait. S’il est prêtre, ou diacre, il ne remplira plus cet office, à moins que, dans la suite, il ne manifeste une conduite vraiment religieuse.

5. On infligera la même pénitence à qui accepterait un objet qu’on n’a pas le droit d’accepter; 6. ou s’approprierait un objet qu’on lui a confié, acte que le bienheureux Augustin a décidé qu’on devait condamner comme un vol. 7. De même à celui qui tomberait dans le péché charnel, faute qui doit être, à notre jugement, plus gravement punie que les autres. 8. Si quelque frère commet une telle faute à l’extérieur du monastère, le frère qui l’accompagne s’efforcera d’en avertir au plus vite le supérieur afin qu’il le corrige. Après correction, le coupable ne retournera plus désormais au lieu où il a commis cette faute, à moins que sa conduite ultérieure ne soit si religieuse que le chapitre, général ou provincial, estime qu’il y peut retourner. Si le péché est demeuré occulte, après une enquête secrète, on lui fera faire pénitence selon le temps et la personne. 9. Si quelque frère pèche et veut se confesser en secret à un frère qui l’a appris d’ailleurs, celui-ci ne recevra la confession qu’à la condition de pouvoir proclamer le coupable quand le moment sera venu. Ceux qui se dressent ouvertement contre le prieur ou leurs supérieurs, par conspiration, conjuration, ou accord de malice, feront la pénitence susdite, tiendront jusqu’à la fin de leur vie le dernier rang dans leur catégorie, n’auront voix au chapitre que pour s’accuser dans les proclamations et ne pourront se voir confier aucune obédience, 10. Mais si quelques frères inspirés par la vérité et non par la malice apercevaient en leur prélat quelque chose qu’on ne peut ni ne doit tolérer, qu’ils l’avertissent d’abord entre eux en toute humilité et charité, pour sa correction. S’il néglige ou méprise de se corriger après de fréquentes admonitions, on fera connaître ouvertement l’affaire au prieur provincial, ou aux visiteurs lorsqu’ils viendront à la maison, ou au chapitre général ou provincial. Les inférieurs ne peuvent se permettre d’aucune autre façon d’attaquer leur supérieur.

XXIV, 1. On lancera l’excommunication contre tout frère apostat qui ne reviendra pas dans les quarante jours. S’il revient par pitié pour lui-même, il quittera ses vêtements sous le cloître; puis nu, portant les verges, il viendra au chapitre et prosterné dira sa faute en demandant, pardon. Il restera soumis à la peine de la coulpe plus grave aussi longtemps qu’il plaira au supérieur. Tous les dimanches il se présentera nu au chapitre. Durant ce temps de pénitence il sera partout le dernier dans la communauté et pendant une année jeûnera au pain et à l’eau deux jours par semaine. Quand la pénitence sera terminée il ne reprendra jamais son rang, mais un rang inférieur selon que le jugera le supérieur. S’il fuit une seconde fois et revient de nouveau, il fera pénitence de la même façon et l’on ajoutera une seconde année à la première. Une troisième, s’il part une troisième fois. Une quatrième pour un quatrième départ. En constatant le repentir des frères qui font pénitence pour cette raison, le supérieur pourra cependant se montrer indulgent, ou remettre une partie du temps, selon que sa discrétion le croira ou le jugera bon, envers tous ceux qui l’imploreront au chapitre avec humilité. Mais si l’un d’eux s’est fait ordonner au cours de son apostasie ou s’est permis de célébrer les divins mystères pendant ce temps, après l’excommunication, il sera privé de l’exercice de son office à perpétuité, à moins que, dans la suite, peut-être, il ne se conduise si religieusement qu’il en reçoive dispense par l’autorité du Siège apostolique. 2. De même, celui qui a apostasié, dès la première fois, ou celui qu’on a convaincu de péché de la chair ne prêcheront plus désormais et n’entendront plus les confessions, à moins que le chapitre général ou provincial ne les restitue dans leurs droits.

XXV. La coulpe suprême est l’incorrigibilité de celui qui ne craint pas d’accepter froidement le péché et refuse d’en porter la peine. C’est à son sujet, que notre père Augustin nous prescrit « de le rejeter de [notre] société, même s’il ne se retire pas de lui-même », comme le veut l’Apôtre [Ad Tir. 111, 10], qui nous commande « de nous écarter de celui qui fomente des divisions, après un premier et un second avertissement », lorsqu’il est manifeste qu’il est, incorrigible, « et s’obstine dans un péché qui conduit à la mort » [I Joh. v, 16] « sachant qu’un tel homme est totalement plongé” dans les ténèbres ». Dépouillé de notre habit, revêtu de vêtements séculiers, qu’on le contraigne à sortir, s’il peut encore à cette heure conserver intégralement sa tête et ses facultés. On n’accordera jamais à aucun autre, en quelque occasion que ce soit, la permission de s’en aller, s’il a l’indignité de le désirer, craignant que l’ordre et la discipline canoniale ne deviennent objets de mépris, si l’habit de la religion canoniale se faisait mépriser dans la personne de quelques indignes. De la même façon qu’ils ont rejeté leur profession de leur coeur, qu’ils soient contraints de déposer les insignes de leur profession. Qu’à personne, quelle que soit son importunité, de quelque manière que ce soit, on n’accorde licence de s’en aller d’autre façon.

SECONDE DISTINCTION

Du chapitre provincial.

I, 1. Nous statuons” que chaque année, dans chacun des chapitres provinciaux d’Espagne, de Provence, de France, de Lombardie, de la province Romaine, de Hongrie, de Teutonie, d’Angleterre, quatre frères des plus prudents et des plus capables soient élus par le chapitre provincial. On procédera par voie d’enquête du prieur provincial, du prieur et du sousprieur du lieu où se célèbre le chapitre, ou s’il en manquait un par enquête de deux seulement, de la façon suivante : les trois personnes susdites, ou les deux s’il en manquait une, s’en querront de la volonté de , chacun, un par un, en se tenant légèrement à l’écart dans la même chambre et sous les yeux de tous; ils l’écriront fidèlement et, sur-le-champ, au même lieu, avant que les frères ne s’en aillent ou ne parlent entre eux, ils publieront leur procès-verbal au sein de l’assemblée. L’on tiendra pour définiteurs ceux sur le nom desquels s’est réuni la majorité numérique du chapitre provincial. Si les voix se divisent en parties égales, alors le chapitre élira quelqu’un par le même système d’enquête sur les volontés, et la partie pour laquelle celui-ci se décidera sera tenue pour définiteurs. Si le désaccord persiste, on élira quelqu’un d’autre, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on obtienne une majorité en faveur de l’une des parties.

1a. Nous appelons chapitre provincial les prieurs conventuels, chacun doublé d’un frère élu par son chapitre, et les prédicateurs généraux. Les prédicateurs généraux sont ceux qui ont été approuvés par le chapitre général, ou le prieur provincial avec les définiteurs du chapitre provincial. 2. Les profès pourront assister aux accusations et aux corrections trois ans 16 après leur entrée dans l’ordre.

3. Item : les couvents qui envoient des accusations au chapitre provincial ou général doivent écrire à propos de chacun des articles le nombre et le nom des accusateurs et s’ils accusent sur des faits qu’ils ont vus, ou seulement entendu dire; et que nul n’accuse par ouï-dire, sans dire de qui il le tient; mais que partout on se garde de rapporter aucun mal sur le compte d’autrui, sans dire de qui on le tient.

II. Les définiteurs susdits traiteront toutes les affaires et définiront avec leur prieur provincial. Si dans leur ceuvre de définition ils se divisent en parties égales, la décision de la partie à laquelle s’accorde le prieur provincial prévaut; autrement, la décision de la majorité prévaut.

III. Ces quatre définiteurs entendront et corrigeront au chapitre provincial les transgressions” confessées ou proclamées du prieur provincial, lui infligeant une pénitence. S’il se montrait incorrigible – à Dieu ne plaise – qu’ils le suspendent de son office de prieur iusqu’au chapitre général, en mettant à sa place le prieur du lieu où se célèbre le chapitre provincial, et fassent connaître ses transgressions au chapitre général dans un écrit qu’ils scelleront en commun.

IV, 1. Nous statuons aussi qu’à la mort du prieur provincial, le prieur conventuel du lieu où le chapitre provincial doit être célébré l’année suivante le remplace, en attendant que le nouveau prieur de la province soit élu et confirmé 18. 18. S’il lui arrivait d’être absent, sans qu’il se fît fait remplacer par un autre, le même prieur procéderait à la célébration du chapitre provincial avec les définiteurs. 2. Le prieur provincial, avec ses définiteurs, doit toujours déterminer au chapitre provincial le lieu où se célébrera le chapitre suivant.

Du chapitre général.

V, 1. Nous statuons aussi que, durant deux années, le chapitre des huit susdites provinces élise quelqu’un des plus capables comme définiteur du chapitre général. Le prieur provincial et ces définiteurs assigneront un socius convenable à cet élu, afin que s’il venait entre-temps à décéder ou à se trouver empêché en quelque façon de venir au chapitre général, son socius soit de plein droit considéré comme définiteur à sa place. 2. Nous statuons que les quatre provinces de Jérusalem, de Grèce, de Pologne, de Dacie, aient chaque année des définiteurs en chacun des chapitres généraux. La troisième année les prieurs provinciaux des douze provinces célébreront le chapitre général. 3. Item : nous statuons que les définiteurs du chapitre provincial donnent un socius au prieur provincial en route pour le chapitre général.

VI, 1. Nous statuons et dans la puissance de l’Esprit-Saint et de l’obéissance, sous la menace de l’anathème, nous défendons formellement aux prieurs provinciaux comme aux frères définiteurs de se permettre de causer aux frères définiteurs comme aux provinciaux quelque préjudice que ce soit par leurs définitions. Que s’ils tentaient de le faire, nous défendons à qui que ce soit avec la même rigueur d’oser leur obéir en cela.

2. Et pour éviter la multiplication des constitutions, nous défendons à l’avenir de rien statuer sans le faire approuver par deux chapitres successifs; au troisième chapitre, c’est-à-dire à celui qui suit immédiatement, on pourra confirmer ou annuler cette disposition, qu’il s’agisse de prieurs provinciaux ou d’autres définiteurs et en quelque lieu que se tienne ce troisième chapitre.

VII, 1. Les douze définiteurs, pour les deux premières années, et douze prieurs provinciaux, pour la troisième, s’associeront au maître de l’ordre pour définir, constituer et traiter toutes les affaires. 2. S’il arrivait par occasion au maître d’être absent, les susdits définiteurs procéderaient néanmoins à leur ceuvre de définition. S’ils se divisent en parties égales, la décision prévaut de la partie à laquelle se rallie le maître général. Si les parties sont inégales, la décision de la majorité l’emporte. Si l’adjonction du maître égalise les parties, on élit quelqu’un selon le mode institué pour l’élection des définiteurs provinciaux. 3. Si quelques-uns de ces derniers, empêchés par quelque accident, n’ont pu venir au chapitre, ceux d’entre eux qui ont pu venir traiteront toutes les affaires avec le maître de l’ordre. S’ils ne s’accordent pas tous pour une décision unanime, on observera la forme exposée plus haut.

1. Ces définiteurs ont pleins pouvoirs pour corriger les transgressions du maître de l’ordre et même pour l’écarter radicalement. Et l’on doit observer inviolablement leur décision, en cette affaire comme dans les autres, de telle sorte qu’il ne soit permis à personne d’en appeler. Et si l’on fait appel on doit considérer cet appel comme nul et frivole. 2. Nous interdisons en effet radicalement et sous menace de l’anathème que l’on fasse un appel dans notre ordre, car nous ne sommes pas venus chicaner mais corriger des défaillances.

IX, 1. Les susdits définiteurs corrigeront et redresseront, entre eux et à part, les transgressions du maître.

1a. Si ses transgressions, cependant, sont si grandes qu’il faille l’écarter, ils ne procéderont pas en désordre et sans précision, mais avec la plus grande précaution et par une enquête très attentive. On ne le déposera que pour un crime ou pour tout autre péché criminel qu’on ne pourrait tolérer sans risquer pour l’ordre un grand scandale – à condition également qu’il en soit légitimement convaincu, ou qu’il l’ait confessé – ou s’il est à ce point négligent, inefficace ou relâché qu’il conduise l’ordre à sa ruine et à l’abolition. En ce cas, avant de le déposer, les définiteurs tâcheront de l’amener à abandonner de lui-même sa magistrature et à se choisir un lieu où il pourrait vivre honorablement. 2. Après la mort du maître, ou après son éloignement, les prieurs desdites provinces reçoivent pleinement son pouvoir en toutes choses, jusqu’à l’élection de son successeur, et tous sont tenus de leur obéir comme au maître. Si dans l’intervalle ils se trouvent en désaccord, la décision de la majorité l’emporte. Si les parties sont égales, ils prennent avec eux quelqu’un des frères qui ont voix à l’élection du maître, et la partie avec laquelle le frère s’accorde obtient pouvoir exécutif. Si le désaccord dure encore, on en élit un autre de nouveau, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on rencontre une majorité en faveur d’une des parties.

3. Nous faisons précepte, dans la puissance de l’Esprit-Saint, que nul n’ait l’audace de rien changer à la constitution de l’ordre avant l’élection du maître.

X, 1. Les susdits prieurs provinciaux des susdites huit provinces, chacun d’entre eux accompagné de deux frères élus par le chapitre provincial, à qui les autres ont remis leur mandat pour l’élection du maître, 1° et les prieurs provinciaux des susdites quatres provinces : c’est-à-dire de Jérusalem, de Grèce, de Pologne, de Dacie, chacun d’entre eux, accompagné du frère qui a été élu pour cette même affaire, viennent au chapitre général. Lorsqu’ils se sont rassemblés, le lundi après la Pentecôte, les prieurs conventuels de la province et les frères présents au lieu où va se faire l’élection les enferment solidement dans une chambre fermant à clef, de telle façon qu’ils n’en puissent aucunement sortir et qu’on ne leur serve aucun aliment, de quelque manière que ce soit, jusqu’à ce que le maître de l’ordre soit élu selon la forme canonique”.

2. Et nous faisons ferme précepte d’observer cette règle autant aux électeurs qu’aux gardiens du conclave, en sorte que si quelqu’un avait la présomption d’aller contre, il serait par le fait même excommunié et devrait endurer la peine de la coulpe plus grave.

XI, 1. Voici la forme de l’élection. L’élection se fait par enquête ou scrutin. Après que les électeurs aient été enfermés de la façon susdite, les trois prieurs provinciaux les plus anciens par leur prise d’habit s’enquerront de la volonté de chacun, un à un et légèrement à part, dans la même chambre cependant et sous les yeux de tous. Si tous s’accordent sur quelqu’un à l’unanimité sous l’inspiration de la grâce, on le tiendra pour véritable maître de l’ordre. Si les parties se divisent inégalement, celui qui recueillera plus de la moitié des suffrages de tous ceux qui doivent élire sera le maître en vertu d’une telle élection et de cette constitution. 2. S’il arrivait que l’un ou l’autre des électeurs ne venait pas, néanmoins ceux qui sont présents procéderaient à l’élection. Tout cela se fera de telle manière que le mercredi de la Pentecôte le chapitre ait toujours un maître, ancien ou nouveau, présent ou absent, car sa célébration solennelle commence seulement alors et il ne faut pas qu’on puisse l’accuser d’être privé de tête.

3. Et nous voulons, et nous faisons ferme précepte d’observer sans contradiction toutes les constitutions relatives à l’élection du maître. Quiconque oserait y contredire avec pertinacité ou même se rebeller contre elles, qu’on le tienne pour excommunié, schismatique, ou destructeur de notre ordre. Aussi longtemps qu’il n’aura pas satisfait pour sa faute, qu’il soit radicalement séparé de la communion de tous et soumis à la peine de la coulpe plus grave.

4. Nous statuons que si l’on procède à l’élection du maître dans une année où les prieurs provinciaux font fonction de définiteurs, on admette avec eux, comme définiteur, par chaque province, un des frères électeurs élu à cet effet dans son chapitre provincial 71. 5. Si l’on y procède dans une année de définiteurs, les provinciaux s’associeront aux définiteurs et leur travail de définition se fera en commun. XII. Nous statuons, en outre, que tous les prieurs conventuels avec leur socius, et les prédicateurs généraux de ia province où le chapitre se célèbre viennent cette année-là au chapitre général et ne soient pas tenus, dans cette année-là, à célébrer un autre chapitre.

XII, 1. S’il arrive que le maître meure avant la fête de saint Michel, le prieur conventuel ou provincial qui se trouve le plus rapproché du lieu de décès du maître annonce l’événement avec célérité au couvent de Paris ou de Bologne, à savoir au plus proche d’entre eux. Et le premier de ces deux couvents qui reçoit la nouvelle est tenu de l’annoncer aux autres. Le couvent de Paris aux provinces d’Espagne, de Provence, d’Angleterre, de Teutonie. Le couvent de Bologne est tenu de le signifier au plus vite à la province de Hongrie, et à la province Romaine et, parmi les autres, à celles qu’il peut. Si le maître décède après la fête susdite, on annonce néanmoins son obit afin qu’on puisse cette année-là surseoir au chapitre général. L’année suivante, cependant, le chapitre sera célébré là où l’on devait précédemment le faire.

2. On célèbre le chapitre général une année à Paris, et l’année suivante à Bologne.

XN. Dans la puissance de l’Esprit-Saint et de l’obéissance, nous faisons ferme précepte d’observer ce qui suit : que nul n’ait l’audace de rendre consciemment public devant des étrangers la cause de la déposition du maître ou du prieur provincial, ses transgressions, sa correction, le secret du chapitre, ou les dissensions des définiteurs ou des frères, ce qui pourrait amener des troubles dans l’ordre ou nuire à sa réputation. Si quelqu’un cependant allait délibérément contre cette défense, qu’on le tienne pour excommunié, schismatique et destructeur de notre ordre. Aussi longtemps qu’il n’aura pas satisfait pour sa faute, qu’il soit radicalement séparé de la communion de tous et soumis à la peine de la coulpe plus grave. Nous faisons précepte avec la même rigueur que nul n’ait l’audace de travailler de quelque façon à diviser notre ordre par la parole ou par l’action. S’il le faisait, qu’il soit soumis à la peine susdite.

XV, 1. Nous statuons que les prieurs des provinces ou royaumes, après un examen attentif, soient confirmés ou écartés par le maître de l’ordre et les définiteurs au cours du chapitre général. Quant à leur élection, elle appartient au chapitre provincial. 2. Nous statuons que le maître, agissant tout seul, peut également confirmer le prieur provincial. 3. A la mort ou à la destitution du prieur provincial, on élit deux frères dans chacun des couvents de cette province. Ces frères, unis à leurs prieurs conventuels, procèdent à l’élection du prieur provincial selon la forme exposée plus haut, avec cette exception cependant, qu’il n’y a pas lieu de les enfermer comme on le fait dans l’élection du maître.

4. Item : lorsque le prieur provincial meurt ou se trouve écarté, le prieur qui le remplace est tenu de convoquer les électeurs le plus vite qu’il le peut sans inconvénient pour que l’on élise le prieur provincial et célèbre le chapitre provincial, à moins que ce dernier point ne soit déjà rempli. Si ceux qui doivent élire ne le font pas à ce moment, le droit de pourvoir est transféré au maître. 5. Item : nous statuons que l’élection du prieur provincial • concerne seulement les prieurs conventuels et les deux frères élus dans chaque couvent, après convocation de tous les frères appartenant à ces couvents, si cela peut commodément se faire.

XVI, 1. Le prieur provincial jouit du même pouvoir dans sa province ou royaume que le maître de l’ordre, et ceux de la province lui manifestent les mêmes honneurs qu’ils font au maître de l’ordre, à moins que le maître ne se trouve présent.

2. Item : les prieurs provinciaux doivent veiller à visiter avec grand soin la province qui leur est confiée. D’ailleurs, s’ils n’ont pas la force suffisante pour le faire convenablement, ils peuvent se faire remplacer.

3. Le prieur d’une province ou royaume qui aurait quelques fils aptes à l’enseignement et capables en peu de temps de devenir maîtres régents, aura soin de les envoyer dans un centre d’études. Ceux auxquels il les envoie ne se permettront pas de les employer à autre chose ni de les renvoyer à leur province tant qu’on ne les rappellera pas. 4. Le chapitre provincial se célèbre à la fête de saint Michel au lieu convenu dans la province ou royaume et choisi par le prieur de la province ou royaume sur le conseil des définiteurs. 5. Nul religieux d’un autre ordre ou profession, nul séculier quels que soient sa classe, sa dignité, sa profession ou son mode de vie ne peut être admis de quelque façon que ce soit à participer aux secrets et aux délibérations du chapitre.

6. Or tout ce qu’on a dit du chapitre général doit être inauguré le lundi après la Pentecôte.

XVII. Le mercredi, lorsque les frères sont arrivés au chapitre, on commence avant toute chose par invoquer dévotement l’Esprit-Saint qui dirige les enfants de Dieu. On dit le verset ‘ Emitte spiritum tuum et creabuntur ‘ avec l’oraison du SaintEsprit. Puis lorsque les frères se sont assis et que tous se sont mis à leur place, pour les affermir par la parole du Dieu du ciel on adresse à la communauté la parole divine. Tous ceux qui veulent s’édifier peuvent assister au sermon. Quand il est achevé, comme il convient de venir au plus vite au secours de ceux qui sont dans le besoin, on récite en commun l’obit des frères décédés dans l’année, on leur donne en commun l’absoute et l’on dit pour eux le psaume ‘ De profundis ‘. S’il y a des lettres à présenter, qu’on les donne et qu’on les reçoive on y répondra en son temps, après réflexion. Alors sortent tous ceux qui n’appartiennent pas au chapitre. Quand ils sont sortis, les frères chargés d’excuser les absents disent ce qu’ils sont venus faire. Ensuite commence l’audition des coulpes.

XVIII. Après cela les visiteurs doivent rendre compte, de vive voix s’ils sont présents et par écrit s’ils sont absents, des frères qu’ils ont visités : vivent-ils dans une paix continue, assidus à l’étude, fervents dans la prédication ? Quelle est leur réputation, le fruit de leurs efforts ? Respecte-t-on les observances selon la teneur des Institutions quant au vivre et aux autres points ? S’ils ont trouvé quelque part une défaillance, celui que l’affaire concerne doit se lever spontanément en l’entendant, demander pardon et attendre avec humilité la pénitence correspondante.

XIX, 1. Nous statuons qu’au chapitre provincial quatre frères soient désignés pour visiter la province de la façon susdite. Ils connaîtront des transgressions du prieur conventuel et des frères et les corrigeront sans rien changer à la constitution et à l’état de la maison. Ils siégeront partout à leur place habituelle, sauf au chapitre où ils exerceront leur office de correction, qui doit
s’achever en trois jours continus. S’ils rencontrent cependant quelques affaires graves et dangereuses, bien que déjà corrigées, ils veilleront à les dénoncer néanmoins au chapitre général avec l’attestation de la majorité du chapitre local. On ne doit jamais élire comme visiteur un prieur et un lecteur [doctor].

3. Ceux qui devaient faire la visite dans la présente année et ne l’ont pas exécutée comme il le convenait disent leur coulpe et se soumettent à un châtiment mérité. Alors on envoie par écrit une pénitence aux absents qui devaient être là et à ceux qui ont fait une faute et n’ont pas satisfait.

XX. Après cela, on présente au chapitre les frères que d’aucuns estiment capables de prêcher et ceux qui n’ont pas encore reçu le ministère de la prédication par licence d’un supérieur ou d’un chapitre majeurs, quoiqu’ils en aient licence et mandat de leur propre prieur. Tous ces frères sont examinés à part par des personnalités compétentes instituées pour cette tâche et pour d’autres questions soulevées au chapitre. On interroge soigneusement les frères avec lesquels ils vivent sur la grâce que Dieu leur a donnée pour la prédication 24, sur leurs études, leur religion, la chaleur, la résolution et l’intensité de leur charité. S’ils rendent bon témoignage à leur sujet, on prend, de l’aveu et sur le conseil du supérieur majeur, la décision qu’on estime la plus utile : soit qu’on les laisse encore aux études, soit qu’on les fasse s’exercer avec des frères plus avancés dans la prédication, soit qu’on les estime capables d’exercer fructueusement par eux-mêmes le ministère de la prédication.

XXI, 1. Alors, les frères qui ont à poser des questions, personnelles ou générales, concernant l’observance ou la prédication, les proposent en ordre, l’un après l’autre, et quelque frère en prend note avec soin pour que ceux qui sont institués pour y répondre les résolvent et concluent définitivement en leur lieu et temps. Quand l’un se lève et parle, qu’aucun autre ne prenne la parole. Et pour qu’on garde la mesure aussi dans les sorties, que nul ne sorte sans permission ni nécessité. Sorti, qu’il ne divague pas, mais revienne au plus vite après avoir accompli sa besogne de nécessité. Si quelque dissension se manifestait entre les frères de notre ordre – Dieu nous en garde! – à propos de livres ou d’autres biens matériels, on n’en parlera pas au chapitre, car il faut faire passer les affaires spirituelles avant les temporelles. On choisira des frères experts en ces matières qui, après le repas, dans un lieu convenable extérieur au chapitre, videront querelle en recherchant la vérité et ramèneront la paix entre les frères. Le supérieur majeur, aidé de ceux qui sont institués à cette fin, s’occupe également de résoudre et conclure définitivement les questions, de corriger les frères, de mesurer les pénitences, d’envoyer les prédicateurs avec leurs socius prêcher ou étudier, en en fixant le moment, le lieu et la durée. Tout ce qu’ils ordonnent de la sorte, par la grâce du Saint-Esprit, le chapitre doit le recevoir d’une manière universelle, unanime et empressée. Que nul ne murmure, nul ne réclame, nul ne contredise. A la fin on procède à une confession et une absolution communes, à la bénédiction de ceux qui persévèrent, à la malédiction des apostats et des fugitifs frappés de l’anathème.

2. On observe la même forme dans le chapitre provincial.

XXII, 1. Depuis la fête de saint Denys jusqu’à l’Avent, chaque frère clerc dit un psautier pour l’anniversaire des frères; chaque prêtre trois messes; chaque lai cinq cents pater. Chaque frère en fait autant pour le décès d’un frère de son couvent. On fait de même dans l’ordre tout entier pour le maître de l’ordre et dans chaque province pour le décès du prieur provincial. On fait de même pour un visiteur, dans les maisons qu’il doit visiter, s’il meurt pendant sa visite. On fait comme pour le décès du maître de l’ordre pour les définiteurs du chapitre général et pour les prieurs provinciaux, pour les autres frères avec leurs socius, s’il leur arrive de mourir en chemin. 2. Item : dans chaque province, chaque prêtre célèbre une messe pour la mort d’un frère de la province, chaque couvent une messe de communauté et chacun des autres frères sept psaumes. 3. On célèbre l’anniversaire des pères et des mères trois jours après la Purification de sainte Marie. L’anniversaire des bienfaiteurs et familiers, trois jours après sa Nativité.

XXIII, 1. On n’envoie pas fonder de communauté à moins de douze religieux, ni sans la permission du chapitre général, ni sans un prieur et un lecteur [doctor].

2. Item : on n’accorde la fondation d’une maison que sur postulation du prieur provincial et des définiteurs du chapitre provincial, et cette fondation, quand elle est concédée, ne peut s’établir qu’au lieu jugé convenable par ces autorités. 3. Item : nous statuons qu’aucune maison de notre ordre ne peut être transférée d’une province à une autre qu’avec l’approbation de trois chapitres successifs.

XXIV, 1. Les prieurs conventuels sont élus par leur couvent et confirmés, si bon lui semble, par le prieur provincial, sans la permission duquel on ne peut élire quelqu’un d’un autre couvent.

2. Item : les frères ne sont admis à l’élection du prieur conventuel qu’après une année de profession. S’ils sont d’une province étrangère, ils sont admis à l’élection du prieur conventuel, dans une maison d’autre province à laquelle on les a envoyés, après une année de séjour. 3. Item : après la mort ou la disparition du prieur, le couvent doit élire dans le mois qui en suit l’annonce, sinon le prieur provincial pourvoit ce couvent d’un prieur.

XXV. De son côté, le prieur conventuel, conseillé par les frères discrets, institue un sous-prieur dont l’office est de surveiller avec zèle et soin la marche du couvent, de reprendre ceux qui sont en faute et de s’occuper de toutes les autres affaires que le prieur lui confie ou lui permet de faire. Il n’est pas soumis aux accusations du chapitre quotidien, à moins qu’on ne le proclame à l’occasion pour quelque transgression grave, si le prieur le juge bon.

XXVI, 1. Nous ne recevons d’aucune façon propriétés ni revenus”. 2. Aucun de nos frères ne peut se permettre de demander ou d’intriguer pour obtenir un bénéfice en faveur d’un de ses parents.

1. Dans la puissance de l’Esprit-Saint et sous peine d’excommunication, nous interdisons rigoureusement à nos frères de s’occuper ou de s’efforcer à l’avenir de faire confier à nos frères la charge d’âme ou la garde des moniales ou de tout autres femmes. Si quelqu’un avait la présomption d’aller contre cette défense, qu’il subisse la peine de la faute plus grave. Nous interdisons également à tous, désormais, de couper les cheveux, donner l’habit ou recevoir à la profession.

2. Item : nous ne pouvons recevoir des églises grevées d’une charge d’âme. Qu’on n’admette pas non plus un trop grand nombre de fondations de messes.

De l’étude.

XXVIII, 1. Etant donné qu’il faut entourer les étudiants d’une prévoyance attentive, on les confie à un frère particulier, sans la permission duquel ils ne peuvent écrire de cahiers ni entendre de cours. Il corrige tout ce qui dans leurs études lui semble mériter correction. Si quelque point passe sa compétence, il le soumet au supérieur. Ils ne doivent pas prendre pour base de leurs études les livres des païens et des philosophes, même s’ils les consultent en passant. Qu’ils n’apprennent point les sciences séculières, ni même les arts dits libéraux, à moins qu’à l’occasion le maître de l’ordre ou le chapitre général n’en veuille disposer autrement à l’égard de quelquesuns. Les jeunes comme les autres doivent seulement étudier les livres théologiques.

2. Nous statuons que chaque province soit. tenue de procurer aux frères qu’on envoie aux études au moins les trois livres de théologie 26. Et les frères envoyés aux études travailleront essentiellement, avec toute leur application, l’Histoire Scolastique, les Sentences, le Texte sacré et les gloses.

XXIX. Le supérieur doit accorder telles dispenses aux étudiants qu’on ne puisse facilement ni interrompre leur étude ni la gêner pour des questions d’office ou d’autre chose. Si le maître des étudiants l’estime avantageux, on leur réserve un local particulier dans lequel, après la dispute et les leçons de vêpres et même en d’autres temps libres, ils peuvent se réunir en sa présence pour proposer leurs doutes et leurs questions. Lorsqu’un d’entre eux pose la question ou propose des arguments, que les autres se taisent pour ne point gêner celui qui parle. Et si quelqu’un en posant la question, en objectant, en répondant se montre impoli, ou brouillon, ou criard, ou même injurieux, il faut que celui qui préside, quel qu’il soit, le corrige aussitôt 27. On n’attribue pas de cellule à tous les étudiants, mais à ceux d’entre eux seulement qui en peuvent tirer profit, au jugement de leur maître. Si quelqu’un se montre infructueux dans les études, on donne sa cellule à autrui et on l’emploie lui-même à d’autres offices. Dans les cellules, ceux qui le veulent peuvent étudier, écrire, prier, dormir et même veiller pendant la nuit pour raison d’étude.

XXX, 1. Nul ne peut être nommé lecteur public s’il n’a pas entendu les cours de théologie au moins pendant quatre ans.

2. Item : aucun de nos frères n’enseignera sur les psaumes et les prophètes d’autre sens littéral que celui que les Pères de l’Eglise acceptent et confirment.

De la prédication.

XXXI, 1. Nous statuons que nul ne soit nommé prédicateur général avant qu’il n’ait entendu pendant trois années les cours de théologie. 2. Après une année de cours, cependant, on peut admettre ceux dont la parole ne risque pas de causer de scandales à s’exercer dans la prédication.

3. Ceux qui en sont capables, lorsqu’ils devront quitter le couvent pour aller en prédication, recevront du prieur le socius qu’il estimera convenable à leurs habitudes et à leur dignité. Ayant pris la bénédiction, ils s’en iront et se comporteront partout comme des hommes qui cherchent à obtenir leur salut et celui du prochain, en toute perfection et esprit religieux, comme des hommes évangéliques suivant les traces de leur sauveur, parlant avec Dieu ou de Dieu, en eux-mêmes ou avec le prochain, ils éviteront la familiarité des compagnies suspectes. Quand ils s’en vont ainsi pour exercer le ministère de la prédication ou voyagent pour d’autres causes, ils ne doivent recevoir ni porter de l’or, de l’argent, de la monnaie ou quelque autre cadeau, à l’exception de la nourriture, du vêtement et des autres instruments de nécessité et des livres. Aucun de ceux qui sont députés au ministère de la prédication et à l’étude ne doit recevoir de charge ou d’administration temporelle, pour que dans une liberté plus grande ils deviennent capables de mieux remplir le ministère spirituel qu’on leur a confié; à moins que d’aventure on ne trouve aucune autre personne qui puisse s’occuper de ces nécessités : car il n’est pas mauvais qu’on soit par moment retenu par les nécessités du jour présent [Matth. vi, 34]. Ils ne prendront pas part aux plaids et aux procès si ce n’est pour affaires de foi.

1. Que nul ne se permette de prêcher dans le diocèse d’un évêque qui lui a interdit de prêcher, à moins qu’il n’ait des lettres et un mandat. général du Souverain Pontife.

2. Lorsque nos frères pénètrent pour prêcher dans quelque diocèse, ils visitent d’abord l’évêque, s’ils le peuvent, et s’inspirent de ses conseils pour obtenir parmi le peuple [ms : in proprio] le fruit spirituel qu’ils poursuivent; ils lui obéissent avec dévouement, aussi longtemps qu’ils demeurent sous sa mouvance épiscopale, en tout ce qui n’est pas contraire à la règle.

XXXIII, 1. Que nos frères se gardent de scandaliser les religieux ou les clercs en prêchant, par leur façon de parler contre le ciel 28. Ils doivent au contraire s’efforcer de corriger en eux les défauts qui paraissent le mériter en les exhortant à part comme des pères.

2. Nul n’est admis à pratiquer le ministère de la prédication en dehors du cloître ou de la compagnie des frères, avant vingt-cinq ans révolus.

XXXIV, 1. Les prédicateurs et les itinérants, lorsqu’ils sont sur la route, disent leur office dans la mesure où ils le savent et le peuvent; ils se contentent de l’office qu’on récite dans les églises où ils descendent entre-temps; ils peuvent aussi célébrer l’office, ou l’entendre chez les évêques, prélats, ou autres, selon les usages de ceux avec lesquels ils vivent durant ce temps. 2. Les frères itinérants portent également avec eux des lettres testimoniales et reçoivent correction des transgressions qu’ils ont commises dans les couvents où ils descendent. 3. Le supérieur pendant la route est le plus ancien dans l’ordre, à moins qu’on ne l’ait associé à un prédicateur ou que le supérieur au moment du départ en ait disposé d’autre sorte. 4. Le socius d’un prédicateur doit lui obéir comme à son supérieur.

5. Nous statuons que nos frères ne doivent pas exciter les fidèles dans leur prédication à donner ou à rassembler de l’argent pour la maison ou quelque personne particulière. 6. Item que nul ne se fasse écrire des livres aux frais de la maison, si ce n’est en vue de l’utilité commune. 7. Les dimanches et les jours de fêtes principales on doit s’abstenir d’écrire des cahiers. 8. Item : nous interdisons le dimanche les ceuvres serviles, comme porter des pierres, ramasser du bois et autres occupations semblables. 9. Aucun prieur conventuel ne doit amener avec lui plusieurs frères au chapitre général ou provincial sans raison légitime; et que chaque prieur prenne avec lui le socius élu par son chapitre. 10. Item : nul désormais ne pourra soumettre aux définiteurs une pétition que son chapitre n’aurait pas approuvée. 11. Item : une pétition ne peut être présentée au chapitre provincial que par un couvent; au chapitre général que par un chapitre provincial. 12. Les frères Mineurs doivent être reçus avec autant d’aimable charité que les nôtres et traités selon les moyens de la maison avec affection et décence.

XXXV, 1. Nos frères doivent avoir des maisons médiocres

et basses en telle sorte que le mur de la maison, sans compter l’étage sous toit, ne dépasse pas en hauteur douze pieds, et vingt avec l’étage; l’église, trente pieds. On ne la couvrira pas d’une voûte en pierre, sauf peut-être au-dessus du chceur et de la sacristie. Si quelqu’un y contrevenait désormais, qu’il soit soumis à la peine de la coulpe plus grave. 2. Item : on élira trois frères dans chaque couvent parmi les plus judicieux sans le conseil desquels on ne pourra bâtir.

XXXVI, 1. Nos frères ne peuvent être administrateurs des biens ou de l’argent d’autrui, ni chargés d’un fidéicommis ou d’un dépôt. 2. Les prieurs usent des dispenses comme les autres frères. 3. Le prieur reçoit avec honneur un prieur qui survient. Celui-ci ne doit pas courir la cité sans demander conseil à son hôte, ni s’attarder. 4. On ne porte pas de pantoufles [botae} 31 hors de l’enceinte du couvent. 5. Quant aux inclinations, nous nous conformons aux habitudes de ceux chez qui nous descendons. 6. Aucun frère ne doit aller à la Curie sans permission du maître ou du chapitre général : il doit envoyer un courrier [garcio] aux frères qui s’y trouvent; ou bien se servir d’un séculier qui accepterait d’être notre procureur et agirait comme de lui-même et non par nous. 7. Les Frères n’accepteront pas de petits cadeaux de la main des femmes; ils n’en donneront pas non plus, surtout les confesseurs. 8. Si l’on demande quelque chose à un prieur, on ne peut s’adresser ensuite à un autre qu’à condition de lui signaler l’affaire. On ne peut aller d’un supérieur plus élevé à un moins élevé. 9. Quand un frère est envoyé d’une province à une autre pour enseigner, il emporte avec lui tous ses livres, ses gloses, sa Bible et ses cahiers. S’il n’est pas envoyé pour enseigner, il n’emporte que la Bible et. ses cahiers. S’il vient à mourir en chemin, le couvent destinataire acquitte pour lui les messes et les psautiers et a droit aux livres que possède le frère. 10. Chaque province ne peut envoyer que trois frères au studium de Paris. 11. Les jours de férie nous restons en prostration du ‘ Sanctus’ à l’ ‘ Agnus ‘ aux fêtes de trois ou de neuf leçons, depuis l’élévation du Corps du Christ jusqu’au ‘ Pater noster ‘. Nous faisons les mêmes prostrations aux fêtes de trois et de neuf leçons. 12. Au ‘ Salve sancta parens ‘ et au ‘ Veni Sancte Spiritus’ nous fléchissons le genou. 13. Item : si nous disons la messe de la Croix un jour de férie, nous nous prosternons jusqu’au sol; mais nous ne le faisons pas pour la messe de la bienheureuse Vierge ou du Saint-Esprit. 14. Item : nous ne terminons jamais la messe par un alleluia.

RÈGLE DES CONVERS

1. Nos frères convers se lèvent à la même heure que les frères chanoines et font les mêmes. Quand ils sont levés pour matines, ils disent ‘Pater noster ‘ et ‘Credo in Deum ‘. Ils font la même chose avant prime et après complies. A matines, après avoir dit ‘ Pater noster ‘ et ‘ Credo in Deum’, ils se redressent en disant ‘ Domine labia mea aperies ‘, etc., ‘ Deus in adjutorium meum ‘, etc., ‘ Gloria Patri ‘, etc. Pour matines, les jours ouvrables, ils disent 28 pater. Et à la fin de tout, ‘ Kyrie eleison’, ‘ Christe eleison’, ‘ Kyrie eleison ‘, ‘ Pater noster ‘; après quoi ils ajoutent ‘Per Dominum ‘, etc.; ensuite ‘ Benedicamus Domino ‘, etc. Pour les fêtes de neuf leçons, ils disent 40 pater. Aux autres heures ils disent 7 pater et 14 aux vêpres. A la place de ‘ Pretiosa ‘ ils disent trois pater. Pour la bénédiction de la table ` Pater noster ‘ et ‘ Gloria Patri ‘. Aux grâces après le repas, trois pater, gloria, etc., ou ‘ Miserere mei Deus’ pour ceux qui le savent. Et tout ceci en silence à l’église et partout.

2. Ils ont les mêmes vêtements que les chanoines, sauf la chape, à la place de laquelle ils ont un scapulaire long et large qui ne doit pas être blanc à la façon de la tunique. Ils peuvent avoir un scapulaire plus court et de couleur grise selon les mesures et la forme du scapulaire des chanoines. Pour les jeûnes, les aliments, l’abstinence, les coulpes et tout le reste, ils se conduisent comme il est écrit dans la règle des chanoines. Le supérieur pourra cependant les dispenser quant au travail.

3. Les convers qui ont un psautier n’auront le droit de le conserver que deux années à partir d’aujourd’hui, et nous interdisons aux autres les psautiers.

4. Item : aucun convers ne peut devenir chanoine. Nul d’entre eux ne doit se permettre de s’occuper de livres pour y faire des études.

5. Nous confirmons la totalité de l’office, tant diurne que nocturne; nous voulons que tous l’observent uniformément et que personne à l’avenir n’ait licence d’y rien changer.

Règle de saint Augustin

Avant tout, frères très chers, aimons Dieu, aimons le prochain: ce sont les commandements qui nous sont donnés en premier (1).

De la charité et de la vie commune

[I] Et voici mes prescriptions sur votre manière de vivre dans le monastère.

     Tout d’abord, pourquoi êtes-vous réunis (2) sinon pour habiter ensemble dans l’unanimité (3), ne faisant qu’un coeur et qu’une âme (4) en Dieu.

     Ne dites pas « ceci m’appartient »; mais que, pour vous, tout soit en commun (5). Que votre supérieur distribue à chacun (6) le vivre et le couvert (7) non pas selon un principe d’égalité — ni vos forces ni vos santés ne sont égales — mais bien plutôt selon les besoins de chacun (8). Lisez en effet les Actes des Apôtres: pour eux tout était en commun, et l’on distribuait à chacun selon son besoin (9).

De l’humilité

     Ceux qui possédaient quelque chose quand ils sont entrés au monastère doivent accepter volontiers que tout cela soit désormais commun. Ceux qui n’avaient rien n’ont pas à chercher dans le monastère ce qu’au dehors ils n’avaient pu posséder. Qu’on leur donne toutefois ce que requiert leur mauvaise santé, même si auparavant leur pauvreté les empêchait de se procurer le nécessaire.

     Mais alors qu’ils ne félicitent pas d’avoir trouvé vivre et couvert (10), qu’ils n’auraient pu trouver tels au dehors! Qu’ils n’aillent pas orgueilleusement tête haute (11) parce qu’ils ont désormais pour compagnons des gens qu’auparavant ils n’auraient pas osé approcher: que leur coeur plutôt s’élève (12), sans chercher les vanités de la terre (13). Les monastères n’auraient d’utilité que pour les riches et non pour les pauvres, s’ils devenaient lieu d’humble abaissement pour les premiers, d’enflure pour les autres (14).

     De leur côté ceux qui étaient antérieurement des gens considérés (15) ne seront pas dédaigneux à l’égard de leurs frères venus de la pauvreté dans cette société sainte. S’ils cherchent à se glorifier, que ce ne soit pas de la richesse et du prestige de leur parenté, mais bien plutôt d’habiter en compagnie de frères pauvres. Qu’ils ne se vantent pas d’avoir tant soit peu contribué de leur fortune (16) à la vie commune; avoir distribué leurs richesses dans le monastère ne devrait pas leur causer plus d’orgueil que d’en jouir dans le monde. Tout autre vice se déploie en faisant faire le mal; mais l’orgueil, lui, s’attaque même au bien que l’on fait, pour le réduire à néant. À quoi sert de distribuer ses biens aux pauvres (17), de se faire pauvre soi-même, si l’âme dans sa misère devient plus orgueilleuse de mépriser les richesses qu’elle ne l’était de les posséder?

     Vivez donc tous dans l’unanimité (18) et la concorde, et honorez mutuellement en vous Dieu, dont vous avez été faits les temples (19).

De la prière et de l’office divin

     [II] Soyez assidus aux prières (20), aux heures et aux temps fixés. Puisque l’oratoire est par définition un lieu de prière, qu’on n’y fasse pas autre chose. Si l’un ou l’autre, en dehors des heures fixées, veut profiter de son loisir pour y prier, qu’il n’en soit pas empêché par ce qu’on y prétendait faire.

     Quand vous priez Dieu avec des psaumes et des hymnes (21), portez dans votre coeur ce que profèrent vos lèvres (22). Ne chantez que ce qui est prescrit; ce qui n’est pas indiqué pour être chanté ne doit pas être chanté.

Du jeûne et de la lecture de table

     [III] Domptez votre chair par le jeûne et l’abstinence dans la nourriture et la boisson, autant que la santé le permet. Celui qui ne peut pas jeûner doit à tout le moins ne pas prendre de nourriture en dehors de l’heure des repas, sauf en cas de maladie.

     À table, jusqu’à la fin du repas, écoutez la lecture d’usage sans bruit et sans discussions. Que votre bouche ne soit pas seule à prendre nourriture; que vos oreilles aussi aient faim de la parole de Dieu (23).

     Affaiblis par leur ancienne manière de vivre, certains peuvent avoir un régime spécial; ceux que d’autres habitudes ont rendus plus robustes ne doivent pas s’en chagriner, ni voir là une injustice. Qu’ils n’estiment pas ceux-ci plus heureux de recevoir ce qu’eux-mêmes ne reçoivent pas; qu’ils se félicitent plutôt d’avoir plus de force physique que les autres. Si ceux qui sont passés d’une vie plus raffinée au monastère reçoivent, en fait de nourriture, de vêtements et de couvertures, un peu plus que les autres, plus vigoureux et donc plus heureux, ces derniers doivent songer à la différence de niveau qui sépare la vie mondaine que leurs compagnons ont quittée et celle du monastère, lors même qu’ils n’arrivent pas à la frugalité des plus robustes. Tous ne doivent pas réclamer le supplément accordé à quelques-uns non comme marque d’honneur mais par condescendance. Ce serait vraiment un lamentable renversement des choses si dans un monastère, où les riches font tous les efforts possibles, les pauvres devenaient des délicats.

Du soin des malades

     On donne moins aux malades, pour ne pas les charger. Aussi doivent-ils être spécialement traités ensuite pour se rétablir plus rapidement, fussent-ils originaires de la plus humble condition; leur récente maladie leur laisse les mêmes besoins qu’aux riches leur genre de vie antérieur. Une fois leurs forces réparées, qu’ils reviennent à leur plus heureuse façon de vivre, celle qui convient d’autant mieux à des serviteurs de Dieu qu’ils ont moins de besoins. Redevenus bien portants, qu’ils ne s’attachent pas par mollesse à ce que la maladie avait rendu nécessaire. Mieux vaut en effet moins de besoins que plus de biens.

De la garde de la chasteté

     [IV] Pas de singularités dans votre tenue; ne cherchez pas à plaire par vos vêtements, mais par votre manière de vivre.

     Si vous sortez, marchez ensemble; à l’arrivée, restez ensemble. Dans votre démarche, votre maintien, tous vos gestes, n’offensez le regard de personne; mais que tout s’accorde avec la sainteté de votre état.

     Que votre regard ne se fixe sur aucune femme. En vos allées et venues, il ne vous est pas défendu de voir des femmes; ce qui est coupable, c’est le désir que l’on accepte en soi, ou que l’on voudrait provoquer chez autrui. La convoitise s’éprouve et se provoque non seulement par un sentiment secret, mais aussi par ce que l’on manifeste. Ne dites pas: mon coeur est chaste si vos yeux ne le sont pas. L’oeil impudique dénonce le coeur impudique (24). Quand, même sans paroles, l’échange des regards manifeste l’impureté des coeurs, chacun se complaisant en l’autre selon la concupiscence de la chair (25), les corps ont beau demeurer intacts de toute souillure, la chasteté, quant à elle, est en fuite.

     Celui qui fixe ses regards sur une femme et se complaît à se savoir regardé par elle ne doit pas s’imaginer qu’on ne le voit pas lorsqu’il agit ainsi: il est parfaitement vu de ceux dont il ne se doute pas. Mais passerait-il inaperçu et ne serait-il vu de personne, que fait-il de Celui qui d’en-haut lit dans les coeurs (26), à qui rien ne peut échapper? Doit-on croire qu’Il ne le voit pas, parce que sa patience est aussi grande que sa perspicacité? Que l’homme consacré craigne donc de Lui déplaire (27), et il ne cherchera pas à plaire coupablement à une femme. Qu’il songe que Dieu voit tout, et il ne cherchera pas à regarder coupablement une femme. Car c’est précisément en cela que la crainte de Dieu est recommandée par l’Écriture: qui fixe son regard est en abomination au Seigneur (28).

     Quand donc vous êtes ensemble, à l’Église, et partout où il y a des femmes, veillez mutuellement sur votre chasteté; car Dieu qui habite en vous (29), par ce moyen même veillera (30) par vous sur vous.

De la correction fraternelle

     Si vous remarquez chez l’un d’entre vous cette effronterie du regard dont je parle, avertissez-le tout de suite, pour empêcher le progrès du mal et amener un amendement immédiat. Mais si après cet avertissement, ou un autre jour, vous le voyez recommencer, c’est comme un blessé à guérir qu’il convient de le dénoncer. Toutefois, prévenez d’abord un ou deux autres (31) pour qu’on puisse le convaincre par le témoignage de deux ou trois (32) et le punir ensuite avec la sévérité qui convient.

     Ne vous taxez pas vous-même de malveillance, à dénoncer ainsi. Bien au contraire, vous ne seriez pas sans reproches, si vos frères, que votre dénonciation pourrait corriger, se trouvaient par votre silence abandonnés à leur perte. Si, par exemple, ton frère voulait cacher une plaie corporelle par crainte des soins, n’y aurait-il pas cruauté à te taire, et miséricorde à parler (33)? Combien plus justement dois-tu le dénoncer, pour que n’empire pas la plaie de son coeur!

     Cependant, avant d’en informer d’autres pour le confondre en ses dénégations, c’est d’abord au Supérieur qu’il faut le signaler, si malgré l’avertissement déjà reçu il ne s’est pas soucié de s’amender; une réprimande plus secrète pourrait éviter en effet que d’autres soient mis au courant. S’il nie, c’est alors qu’il faut lui opposer d’autres témoins; ainsi, devant tous il ne sera pas seulement inculpé (34) par un seul, mais convaincu par deux ou trois (35).

     Une fois confondu, selon la décision du Supérieur ou du Prêtre auquel en revient le pouvoir, il doit se soumettre à une sanction salutaire. S’il la refuse, ne voudrait-il pas de lui-même se retirer, qu’il soit exclu de votre communauté. Ici encore, ce n’est pas cruauté mais miséricorde (36), pour éviter une funeste contagion qui en perdrait un plus grand nombre.

     Ce que j’ai dit des regards trop appuyés doit être de même soigneusement et fidèlement observé pour toute autre faute à découvrir, prévenir, dénoncer, confondre et punir, la haine des vices s’y associant à l’affection pour les personnes.

     D’autre part, on peut être avancé dans le mal jusqu’à recevoir clandestinement de quelqu’un lettres ou cadeaux. À celui qui s’en accuse on pardonnera, et on priera pour lui; celui qui sera pris sur le fait et convaincu sera plus sévèrement puni selon la décision du Prêtre ou du Supérieur.

Du dépôt commun

     [V] Laissez vos vêtements sous la garde d’une personne ou deux, ou d’autant qu’il en faudra pour les secouer et les défendre contre les mites. De même qu’une seule dépense vous nourrit, qu’un seul vestiaire vous habille.

     Si possible, ne vous préoccupez pas des effets que l’on vous procure selon l’exigence des saisons, ni de savoir si vous recevez bien le vêtement que vous aviez déposé ou au contraire celui qu’un autre avait porté; — à condition toutefois qu’on ne refuse à aucun ce dont il a besoin (37).

     Si cette distribution provoque parmi vous contestations et murmures, si l’on se plaint de recevoir un vêtement moins bon que le précédent, si l’on s’indigne d’être habillé comme un autre frère l’était auparavant, jugez vous-même par là de ce qui vous manque en cette tenue sainte (38) qui est celle de l’intime du coeur, vous qui vous chicanez pour la tenue du corps. Si toutefois l’on condescend à votre faiblesse en vous rendant vos anciens habits, rangez cependant toujours en un seul vestiaire, sous une garde commune, les effets que vous déposez.

     Que personne ne travaille pour soi; mais que tous vos travaux se fassent en commun, avec plus d’empressement, de constance et de zèle que si chacun s’occupait exclusivement de ses propres affaires. La charité en effet, comme il est écrit, ne recherche pas ses intérêts (39); cela veut dire qu’elle fait passer ce qui est commun avant ce qui est personnel, et non ce qui est personnel avant ce qui est commun. Plus vous aurez souci du bien commun avant votre bien propre, plus vous découvrirez vos progrès. Dans l’usage de toutes ces choses nécessaires qui passent, que la prééminence (40) soit à la charité, qui demeure (41).

     C’est pourquoi, lorsque tel ou telle envoie à ses enfants ou à de plus ou moins proches parents vivant au monastère, un vêtement ou tout autre objet d’usage courant, il ne faut pas les recevoir en cachette, mais les mettre à la disposition du Supérieur pour que, rangés au commun (42), ils soient attribués à qui en a besoin. Cacher un présent ainsi reçu, c’est un délit à juger comme un vol.

Du lavage des habits, des bains, des malades, des provisions

     Au Supérieur de régler comment les vêtements seront lavés, soit par vous-mêmes soit par des blanchisseurs. Il ne faut pas qu’un souci excessif de propreté dans les habits provoque quelques taches intérieures dans l’âme.

     Ne pas refuser les bains, si la santé l’exige. Qu’on suive sans murmure l’avis du médecin. Même y répugnerait-on, sur l’ordre du Supérieur on fera ce qui est nécessaire pour la santé. Qu’on ne cède pas au caprice de celui qui réclame un bain, si ce traitement n’est pas opportun. Quand quelque chose fait plaisir en effet, on s’imagine que cela fait du bien, même si c’est en réalité nuisible. Un serviteur de Dieu vient-il se plaindre d’une douleur cachée, on le croira sans hésiter; mais s’il n’est pas sûr que le remède agréable souhaité doive guérir cette douleur, mieux vaut consulter le médecin.

     Pour les bains, comme pour tout déplacement nécessaire, on sera au moins deux ou trois. Celui qui doit sortir n’a pas à choisir ses compagnons; ils seront désignés par le Supérieur.

     Le soin des malades, des convalescents et de tous ceux qui, même sans fièvre, sont plus ou moins affaiblis, sera confié à l’un d’entre vous, qui aura à demander lui-même à la dépense ce qu’il jugera nécessaire pour eux. Quant aux responsables de la dépense, du vestiaire ou des livres, qu’ils servent leurs frères sans murmurer. Pour les livres, une heure, chaque jour, sera fixée pour les demander; en dehors de cette heure, aucune demande ne sera honorée. Ceux qui s’occupent des vêtements et des chaussures les remettront sans délai à ceux qui, en ayant besoin, viendront les leur demander.

De la paix

     [VI] Pas de litiges entre vous; ou alors mettez-y fin au plus vite; que votre colère ne se développe pas en haine, d’un fétu faisant une poutre (43), et rendant votre âme homicide. Vous lisez en effet: qui hait son frère est homicide (44).

     Quiconque blesse autrui par injure, mauvais propos, accusation directe, se préoccupera de réparer le plus tôt possible; et que l’offensé pardonne sans récriminer (45). Si l’offense a été réciproque, que l’on se pardonne réciproquement ses torts (46), à cause de vos prières qui doivent être d’autant plus saintes qu’elles sont plus fréquentes.

     Mieux vaut le vif coléreux, qui se dépêche de solliciter son pardon auprès de celui qu’il reconnaît avoir offensé, que l’homme plus lent à s’irriter mais plus lent aussi à s’excuser. Qui ne veut jamais demander pardon ou le fait de mauvaise grâce n’a rien à faire dans le monastère, même si on ne l’en chasse pas.

     Épargnez-vous donc des paroles trop dures; s’il en échappe de votre bouche, que cette bouche prononce sans retard les mots qui seront un remède aux blessures qu’elle a causées.

     Si la nécessité de la régularité à maintenir vous pousse à des paroles sévères, même si vous avez conscience d’avoir dépassé la mesure, on n’exige pas de vous que vous demandiez pardon à vos inférieurs. En effet, vis-à-vis de ceux qui ont à demeurer soumis, un excès d’humilité compromettrait l’autorité que vous avez pour les commander. Mais alors demandez pardon à Celui qui est le Seigneur de tous; Il sait bien, Lui, quelle bienveillante affection vous portez à ceux-là mêmes que vous réprimandez peut-être plus qu’il ne convient. Car entre vous l’affection ne doit pas être charnelle, mais spirituelle.

De l’obéissance

     [VII] Obéissez au Supérieur (47) comme à un père, et plus encore au Prêtre qui a la charge de vous tous.

     Veiller à l’observation de toutes ces prescriptions, ne laisser passer par négligence aucun manquement mais amender et corriger, telle est la charge du Supérieur. Pour ce qui dépasserait ses moyens ou ses forces, qu’il en réfère au Prêtre dont l’autorité sur vous est plus grande.

     Quant à celui qui est à votre tête, qu’il ne s’estime pas heureux de dominer au nom de son autorité mais de servir par amour (48). Que l’honneur, devant vous, lui revienne de la première place; que la crainte, devant Dieu, le maintienne à vos pieds (49). Qu’il s’offre à tous comme un modèle de bonnes oeuvres (50). Qu’il reprenne les turbulents, encourage les pusillanimes, soutienne les faibles; qu’il soit patient à l’égard de tous (51). Empressé lui-même à la vie régulière, qu’en se faisant craindre il la maintienne. Et bien que l’un et l’autre soient nécessaires, qu’il recherche auprès de vous l’affection plutôt que la crainte, se rappelant sans cesse que c’est à Dieu qu’il aura à rendre compte de vous (52). Quant à vous, par votre obéissance ayez pitié de vous-même sans doute (53), mais plus encore de lui; car, parmi vous, plus la place est élevée, plus elle est dangereuse.

De l’observance et de la lecture de cette Règle

     [VIII] Puisse le Seigneur vous donner d’observer tout cela avec amour, en êtres épris de beauté spirituelle et dont l’excellence de la vie (54) exhale l’excellent parfum du Christ (55), non comme des esclaves sous le régime de la loi, mais en hommes libres sous le régime de la grâce (56).

     Que ce livret vous soit comme un miroir pour vous regarder; et de peur que l’oubli n’entraîne des négligences, qu’on vous le lise chaque semaine. Si vous vous trouvez fidèles à l’égard de ce qui est écrit, rendez grâce au Seigneur dispensateur de tout bien. Si par contre quelqu’un se découvre en défaut, qu’il regrette le passé, veille à l’avenir, priant notre Père de lui remettre sa dette et de ne pas le soumettre à la tentation (57).


Notes

1. Mt 22, 35-40.

2. Mt 18, 20; Jn 11, 52; 17.

3. Ps 67, 7 ...Deus qui habitare facit unanimes in domo…

4. Act 4, 32.

5. Act 2, 44; 4, 32.

6. Act 4, 35.

7. 1 Tim 6, 8 …habentes autem victum et tegumentum his contenti sumus… cf Deut 10, 18.

8. Act 2, 45; 4, 35.

9. Act 2, 44-45.

10. cf supra note 7.

11. erigere cervicem, expression dérivée de l’AT et fréquemment employée par saint Augustin pour désigner l’orgueil.

12. Col 3, 1-2.

13. Phil 3, 19.

14. 1 Cor 5, 2; 13, 4.

15. Gal 2, 2.

16. Tob 1, 19; Lc 8, 3; 1 Cor 13, 3.

17. Ps 111, 9; Lc 18, 22; 1 Cor 13, 3.

18. Act 1, 14; 2, 46; Rom 15, 6.

19. Cor 6, 16 …Nos enim templa Dei vivi sumus…; cf 1 Cor 3, 16.

20. Col 4, 2; Rom 12, 12.

21 Eph 5, 19.

22. Mt 12, 34.

23. Amos 8, 11; Mt 4, 4.

24. Mt 5, 28.

25. Jn 2, 16.

26. Prov 24, 12.

27. Prov 24, 18.

28. Prov 27, 20 a, selon les Septante.

29. 1 Cor 3, 16; Rom 8, 9. 11.

30. custodiet, cf psautier, passim.

31. Mt 18, 15-17.

32. Deut 19, 15; 17, 6.

33. Prov 11, 17.

34. 1 Tim 5, 20.

35. cf supra note 32.

36. cf supra note 33.

37. Act 4, 35.

38. Tit 2, 3.

39. 1 Cor 13, 5.

40. 1 Cor 12, 31 …et adhuc supereminentiorem viam vobis demonstro...

41. 1 Cor 13, 8-13.

42. Act 4, 35.

43. Mt 7, 3-5.

44. 1 Jn 3, 15.

45. Mt 6, 12.

46. debita, cf. ibid.

47. Heb 13, 17.

48. Lc 22, 25-26; Gal 5, 13.

49. Eccli 13, 20.

50. Tit 2,7 …circa omnes te ipsum bonorum operum praebens exemplum…

51. 1 Th 5, 14.

52. Heb 13, 17 …quia ipsi vigilant pro animabus vestris, tamquan rationem reddituri pro vobis

53. Eccli 30, 34.

54. Jac 3, 13; 1 Pet 3, 16; 2, 12.

55. 2 Cor 2, 15.

56. Rom 6, 14; Gal 4, 1-7.

57. Mt 6, 13.

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