PROVINCE SainT DOMINIQUE

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Dominicans of Canada

cornerDonner sa vie pour la mission

Lettre à l'Ordre des Prêcheurs. Sainte Sabine, Rome, 1994

fr. Timothy Radcliffe, o.p.

 

Timothy Radcliffe, o.p.Au temps de saint Dominique, les jeunes accouraient vers l'Ordre en grand nombre parce qu'avec sa passion pour la prédication, il les invitait à prendre part à une aventure. Qu'est-ce qui nous passionne et quelles sont les aventures de notre époque? Qui sont nos Cumans? Nous affrontons le défi d'établir l'Ordre dans une grande partie de l'Asie, où vit la moitié de l'humanité, et de nous préparer à enseigner en Chine. Y a-t-il de jeunes Dominicains prêts à apprendre le chinois et à se donner eux-mêmes, sans savoir ce qu'il leur en coûtera? Partout dans le monde, nous sommes renvoyés au dialogue avec l'Islam. Sommes-nous prêts à y donner notre vie?

     Comme Dominique, nous aussi, nous avons à prêcher l'évangile dans les nouvelles villes, mais maintenant, ce sont des mégapoles tentaculaires où habite un pourcentage toujours grandissant de l'humanité, les jungles urbaines de Los Angeles, São Paolo, Mexico, Lagos, Tokyo, Londres, etc. Ce sont souvent des déserts urbains, marqués par la criminalité et la violence, et par l'immense solitude de ceux qui sont entourés de millions de gens et pourtant seuls. Comment parviendrons-nous à entrer dans le nouveau monde de la jeunesse, un monde de plus en plus mono-culturel, avec sa quête religieuse et son scepticisme, son respect des individus et sa suspicion envers les institutions, sa méfiance des mots et sa fascination pour la technologie de l'information, sa musique et ses chansons? Comment allons-nous être en contact avec tout ce qui est force de vie et de création dans cette nouvelle culture, en tirer profit et l'accueillir pour l'évangile?

     Par-dessus tout, comment serons-nous des prêcheurs de l'espérance dans un monde souvent tenté par le désespoir et le fatalisme, affligé par un système économique minant les structures socio-économiques de la plupart des pays du monde? Quel évangile pouvons-nous prêcher en Amérique latine, ou bien quand l'Ordre s'implante en Afrique et renaît en Europe de l'Est? Et puis, il y a l'aventure intellectuelle sans fin de l'étude, de l'affrontement à la Parole de Dieu, l'exigence de la vérité, d'un questionnement à produire et à entendre, et la passion de comprendre. Une autre lettre en traitera.

     Ainsi, frères et soeurs, il y a une chose indubitable: notre vocation de prêcheurs de l'évangile est aussi crucialement nécessaire aujourd'hui qu'hier (1). Nous pouvons répondre à ces défis si nous sommes des gens de courage, qui osent lâcher des engagements anciens pour être libres de prendre de nouvelles initiatives, qui ont l'audace de faire des expériences nouvelles et de risquer l'échec. Nous ne serons jamais capables d'y répondre sans nous offrir les uns aux autres confiance et courage. Une structure aussi complexe qu'un Ordre religieux peut tout aussi bien transmettre pessimisme et sentiment de la défaite qu'être un réseau d'espérance où chacun aide l'autre à imaginer et à créer du neuf. Si l'Ordre doit choisir la deuxième voie, alors nous devons affronter plusieurs questions.

     Osons-nous accepter dans l'Ordre des jeunes qui ont l'audace d'affronter ces nouveaux défis avec courage et initiative, sachant qu'ils pourraient bien remettre en question beaucoup de ce que nous avons été et de ce que nous avons fait? Serions-nous heureux d'accueillir dans notre Province un homme comme Thomas d'Aquin, qui a épousé une philosophie nouvelle et suspecte et qui a posé des questions difficiles et fondamentales? Accueillerions-nous un frère comme Bartolomé de Las Casas, avec sa passion pour la justice sociale? Nous réjouirions-nous d'avoir un Fra Angelico, qui a expérimenté de nouvelles façons de prêcher l'évangile? Recevrions-nous Catherine de Sienne à la profession, avec tout son franc-parler? Accueillerions-nous Martin de Porrès, qui pourrait troubler la paix de la communauté en invitant toutes sortes de pauvres? Accepterions-nous Dominique? Ou est-ce que nous préférons des candidats qui nous laissent en paix? Et à quoi notre formation initiale conduit-elle? Produit-elle des frères et soeurs qui ont grandi dans la foi et le courage, qui osent tenter et risquer davantage qu'en arrivant à nous? Ou les rendons-nous fades et inoffensifs?

     Si nous voulons affronter les défis immenses et passionnants d'aujourd'hui, renouveler ce sens de l'aventure de la vie religieuse, alors nous devrons considérer plusieurs aspects de notre vie comme Ordre dans les lettres à venir. Aujourd'hui, dans cette lettre, je voudrais n'explorer qu'une seule question, que j'ai vue surgir dans toutes les régions de l'Ordre durant mes voyages. Comment les voeux que nous avons prononcés peuvent-ils être source de vie et de dynamisme et nous soutenir dans notre prédication? Les voeux ne constituent pas le tout de notre vie religieuse, mais c'est souvent à propos d'eux que les frères et les soeurs posent des questions de fond qu'ensemble nous devons aborder. On dit souvent que les voeux ne sont qu'un moyen. C'est vrai, car l'Ordre a été fondé non pour que nous puissions vivre les voeux mais pour que nous prêchions l'évangile. Mais les voeux ne sont pas un moyen dans un sens strictement utilitaire, comme une voiture peut l'être pour aller d'un endroit à l'autre. Les voeux sont des moyens en vue de faire de nous des gens vraiment missionnaires. Saint Thomas dit que tous les voeux ont pour fin la caritas (2), l'amour qui est la vie même de Dieu. Ils servent leur propos à la seule condition de nous aider à grandir dans l'amour, de sorte que nous puissions parler avec autorité du Dieu d'amour.

     Les voeux sont en contradiction fondamentale avec les valeurs principales de la société, en particulier avec celles de la culture de consommation qui devient rapidement la culture dominante de notre planète. Le voeu d'obéissance va à l'encontre d'une compréhension de l'être humain comme un être enraciné dans une autonomie et un individualisme radicaux; dans notre culture, être pauvre est un signe d'échec et de manque de valeur, et la chasteté apparaît comme un rejet inconcevable du droit universel de la personne à l'accomplissement sexuel. Si nous embrassons les voeux, il est probable qu'à un certain moment nous les trouverons difficiles à tenir. Ils peuvent paraître nous condamner à la frustration et à la stérilité. Si nous les acceptons seulement comme un moyen utile pour une fin, un inconvénient inévitable dans la vie du prêcheur, ils peuvent paraître un prix à payer qui n'en vaut pas la peine. Mais si nous les vivons dans leur ordination à la caritas, comme une voie parmi d'autres où partager la vie du Dieu d'amour, alors nous pouvons croire que la souffrance peut être féconde, que la mort que nous expérimentons peut ouvrir un chemin de résurrection. Nous pouvons alors dire, comme notre frère Réginald d'Orléans: « Je ne crois pas avoir gagné aucun mérite à vivre dans cet Ordre, parce que j'y ai toujours trouvé tant de joie. » (3)

     Dans cette lettre, je veux présenter quelques observations simples sur les voeux. Elles seront largement marquées de mes propres limites, et par la culture qui m'a formé. Mon souhait est qu'elles contribuent à un dialogue à travers lequel nous arriverons à une vision commune qui nous rendra capables de nous encourager les uns les autres et nous donnera la force d'être un Ordre qui ose faire face aux défis du siècle à venir.

Oser vouer sa vie

     Dans plusieurs régions du monde, en particulier celles qui sont marquées par la culture occidentale, il y a eu une profonde perte de confiance dans l'acte de s'engager par promesse. On peut le constater dans la chute du mariage, le taux élevé de divorces ou, dans notre Ordre, dans les demandes régulières de dispense des voeux, cette lente et régulière hémorragie de la sève vitale de l'Ordre. Quel sens cela peut-il avoir de donner sa parole usque ad mortem?

     Une raison pour laquelle donner sa parole peut ne pas sembler sérieux, c'est peut-être un affaiblissement du sens de l'importance de nos paroles. Est-ce que les paroles sont tellement importantes dans notre société? Peuvent-elles faire la différence? Peut-on donner sa propre vie à un autre, à Dieu ou dans le mariage, en disant quelques mots? Nous, les prêcheurs de la Parole de Dieu, nous sommes des témoins de l'importance des paroles. Nous sommes faits à l'image de Dieu qui dit une parole et les cieux et la terre vinrent à l'existence. Il dit une Parole qui est devenue chair pour notre rédemption. Les mots que les êtres humains se disent les uns aux autres donnent la vie ou la mort, construisent la communauté ou la détruisent. La solitude terrible de nos vastes cités est sans aucun doute signe d'une culture qui a parfois cessé de croire à l'importance du langage, de croire qu'elle peut construire la communauté par le langage partagé. Quand nous donnons notre parole dans les voeux, nous témoignons d'une vocation humaine fondamentale: dire des paroles qui ont du poids et de l'autorité.

     Cependant, nous ne pouvons savoir ce que nos voeux signifieront et où ils nous mèneront. Pourquoi s'enhardir à les professer? Seulement parce que notre Dieu en a fait autant et que nous sommes ses enfants. Nous osons faire ce que notre Père a fait le premier. Depuis le commencement, l'histoire du salut a été celle d'un Dieu qui a fait des promesses, qui a promis à Noé que jamais plus la terre ne serait submergée par un déluge, qui a promis à Abraham une descendance plus nombreuse que le sable, et qui a promis à Moïse de conduire son peuple hors d'esclavage. Le sommet et l'accomplissement étonnant de toutes ces promesses, ce fut Jésus Christ, le « Oui » éternel de Dieu. Comme enfants de Dieu, nous osons donner notre parole, sans savoir ce qu'elle signifiera. Cet acte est un signe d'espérance puisque pour beaucoup de gens, il n'y a que la promesse qui existe. Si quelqu'un est enfermé dans le désespoir, détruit par la pauvreté ou le chômage, emprisonné dans un échec personnel, alors peut-être n'y a-t-il rien en quoi placer son espérance et sa confiance sinon en Dieu qui a prononcé des voeux pour nous, qui, toujours et toujours, a offert une alliance à l'humanité et, par les prophètes, nous a appelés à l'espérance du salut (4).

     Dans ce monde tellement tenté par la désespérance, il ne peut y avoir d'autre source d'espérance que la confiance en ce Dieu qui nous a donné sa Parole. Et quel signe de cet engagement pris par Dieu, sinon des hommes et des femmes qui osent prononcer des voeux, dans le mariage ou dans la vie religieuse? Je n'ai jamais compris aussi clairement le sens de nos voeux que lorsque je suis allé visiter un barrio aux limites de Lisbonne, où habitent les plus pauvres des pauvres, les oubliés et les invisibles de la ville, et j'y ai trouvé un quartier vivant dans la liesse parce qu'une soeur qui partageait leurs vies allait faire profession solennelle. C'était leur fête.

     On a appelé notre culture « la génération du maintenant », une culture où n'existe que l'instant présent. Ce peut être la source d'une spontanéité merveilleuse, d'une fraîcheur et d'une immédiateté dans lesquelles nous pouvons nous réjouir. Mais si le temps présent en est un de pauvreté et d'échec, de défaite ou de dépression, alors quelle espérance reste-t-il? Les voeux, par nature, conduisent vers un avenir inconnu. Pour saint Thomas, prononcer un voeu était un acte d'une générosité radicale, parce qu'on y donne en un instant une vie qui devra être vécue progressivement à travers le temps (5). Pour beaucoup de gens, dans notre culture, offrir ainsi un futur qui ne peut être prévu, n'a pas de sens. Comment puis-je me lier moi-même jusqu'à la mort quand je ne sais pas qui et ce que je peux devenir? Qui serai-je dans dix ou vingt ans? Qui aurai-je rencontré et qu'est-ce qui me touchera le coeur? Pour nous, c'est un signe de notre dignité d'enfants de Dieu et de confiance dans le Dieu de providence, qui présente, de façon inattendue, le bélier pris dans les buissons. Prononcer des voeux reste un acte de la plus profonde signification, un signe d'espérance dans le Dieu qui nous promet un avenir, même s'il dépasse notre imagination, et qui tiendra sa parole.

     Il est vrai que parfois un frère ou une soeur peut s'estimer incapable de continuer selon les voeux prononcés. Ce peut être dû à un manque de discernement dans la période de la formation initiale, ou simplement parce que c'est une vie que, en toute honnêteté, ils ne peuvent plus assumer. Existe alors le sage recours à la possibilité d'une dispense des voeux. Rendons grâce au moins pour ce qu'ils nous ont donné, réjouissons-nous de ce que nous avons partagé! Demandons-nous aussi si, dans nos communautés, nous avons fait tout ce que nous pouvions pour les soutenir dans leurs voeux.

L'OBÉISSANCE: LA LIBERTÉ DES ENFANTS DE DIEU

     Le commencement de la prédication de Jésus, ce fut sa proclamation de l'accomplissement de la promesse d'Isaïe, la délivrance pour les captifs et la liberté pour les opprimés (Lc 4). L'évangile que nous sommes appelés à prêcher est celui de la liberté irrépressible des enfants de Dieu. « C'est pour la liberté que le Christ nous a rendus libres. » (Ga 5,1) Il est donc paradoxal de donner nos vies à l'Ordre, de prêcher cet évangile, à travers un voeu d'obéissance, le seul voeu que nous prononcons. Comment pouvons-nous parler de liberté alors que nous avons donné nos vies?

     Le voeu d'obéissance est un scandale dans un monde qui aspire à la liberté comme à sa plus haute valeur. Mais de quelle liberté avons-nous faim? C'est une question qui se pose avec une intensité toute particulière dans les pays libérés du communisme. Ils sont entrés dans le « monde libre », mais était-ce pour cette liberté qu'ils ont combattu? Ils ont sûrement gagné une certaine liberté, importante, dans le processus politique, mais la liberté de marché est souvent décevante. Elle n'apporte pas la libération promise, elle déchire le tissu de la société humaine encore davantage. Par-dessus tout, notre monde supposé libre est souvent caractérisé par un profond sentiment de fatalisme, une incapacité à prendre nos destinées en main, à décider vraiment de nos vies, qui doivent nous interroger sur la liberté dans la culture de consommation. Le voeu d'obéissance, pour nous, n'est pas qu'une commodité administrative, un moyen utile. Il doit nous confronter à la question suivante: À quelle liberté aspirons-nous en Christ? Comment ce voeu peut-il le signifier, et nous aider comme prêcheurs du Royaume à vivre la liberté joyeuse des enfants de Dieu?

     Quand les disciples trouvent Jésus parlant avec la Samaritaine auprès du puits, il leur dit: « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé » (Jn 4,34). L'obéissance de Jésus au Père n'est pas une limitation de sa liberté, une restriction de son autonomie. C'est la nourriture qui lui donne la force et le rend solide. Sa relation au Père, le don de tout ce qu'il est, voilà son être même.

     La profonde liberté de Jésus, son appartenance au Père, est certainement le contexte dans lequel réfléchir à ce que cela signifie pour nous d'être libres et de donner nos vies à l'Ordre. Ce n'est pas la liberté du consommateur, avec un choix sans restriction entre différents achats ou modes d'action; c'est la liberté d'être, la liberté de celui qui aime. Dans notre propre tradition dominicaine, cette appartenance réciproque dans l'obéissance mutuelle est marquée par une tension entre deux caractéristiques: un don total de nos vies à l'Ordre et une recherche de consensus fondée sur le débat, sur l'attention et le respect mutuels. Les deux sont nécessaires pour être prêcheurs de la liberté du Christ, cette liberté dont le monde a soif. Si nous échouons à nous donner réellement nous-mêmes à l'Ordre, sans condition, alors nous devenons simplement un groupe d'individus indépendants qui, à l'occasion, coopèrent; si l'obéissance est vécue comme l'imposition de la volonté du supérieur, sans la recherche d'un esprit commun, alors notre voeu devient aliénant et inhumain.

1. Obéissance et écoute

     Dans notre tradition, l'obéissance n'est pas fondamentalement la soumission de la volonté d'un frère ou d'une soeur à un supérieur. Parce qu'elle est expression de notre fraternité les uns avec les autres, de notre vie partagée dans l'Ordre, elle est fondée sur le dialogue et la discussion. Comme on l'a souvent souligné, le mot obedire vient de ob-audire, écouter. Le commencement de l'obéissance vraie, c'est quand nous osons laisser parler nos frères et soeurs et que nous les écoutons. C'est le « principe d'unité » (6). C'est également quand nous sommes enjoints à grandir en humanité par l'attention aux autres. Les gens mariés n'ont pas d'autre choix que d'être entraînés au-delà d'eux-mêmes par les exigences de leurs enfants ou de leurs conjoints. Notre mode de vie, avec son silence et sa solitude, peut nous aider à grandir en attention et en générosité, mais nous risquons aussi de nous enfermer en nous-mêmes et dans nos propres préoccupations. La vie religieuse peut produire des gens profondément désintéressés ou fortement égoïstes, selon que nous écoutions ou non. Cela réclame toute notre attention, une réceptivité totale. Le moment fécond de notre rédemption, ce fut l'obéissance de Marie qui a osé écouter un ange.

     Cette écoute demande que nous usions de notre intelligence. Dans notre tradition, nous utilisons notre raison non pas pour dominer l'autre mais pour nous en approcher. Comme le disait le P. Rousselot, l'intelligence, c'est « la faculté de l'autre ». Elle ouvre nos oreilles pour entendre. Comme l'écrivait Herbert McCabe:

« C'est d'abord une ouverture d'esprit comme on en trouve dans tout apprentissage. L'obéissance ne devient parfaite que lorsque celui qui commande et celui qui obéit partagent un même esprit. La notion d'obéissance aveugle n'a pas plus de sens dans notre tradition que n'en aurait celle d'apprentissage aveugle. Une communauté totalement obéissante serait une communauté où personne n'a jamais été forcé à faire quelque chose. » (7)

     Il en découle que le premier lieu où nous pratiquons l'obéissance dans la tradition dominicaine, c'est le chapitre de la communauté, où nous discutons les uns avec les autres. La fonction de la discussion dans le chapitre est de rechercher l'unité de coeur et d'esprit en même temps que nous recherchons le bien commun. Nous discutons ensemble, en bons Dominicains, non pour vaincre mais dans l'espoir d'apprendre les uns des autres. Ce que nous recherchons n'est pas la victoire de la majorité mais, dans toute la mesure du possible, l'unanimité. Cette recherche de l'unanimité, même si elle est parfois inaccessible, n'exprime pas simplement un désir de vivre en paix les uns avec les autres. Plus radicalement, c'est une forme de gouvernement issue du fait que nous croyons que ceux avec lesquels nous sommes en désaccord ont quelque chose à dire et donc que nous ne pouvons atteindre seuls la vérité. Vérité et communauté sont inséparables. Comme l'écrivait Malachy O'Dwyer:

« Pourquoi Dominique mettait-il tant de confiance et de foi dans ses compagnons? La réponse est toute simple. C'était profondément un homme de Dieu, convaincu que la main de Dieu repose sur toute chose et sur toute personne ... Puisqu'il était convaincu que Dieu lui parlait réellement par d'autres voix que la sienne, il avait donc à organiser sa famille de sorte que chacun dans la famille puisse être entendu. » (8)

     Il en découle que dans notre tradition le gouvernement prend du temps. La plupart d'entre nous sommes très occupés et ce temps peut sembler perdu. Pourquoi consacrerions-nous du temps à débattre les uns avec les autres quand nous pourrions être dehors à prêcher et à enseigner? Nous le faisons parce que c'est cette vie partagée, cette solidarité vécue, qui fait de nous des prêcheurs. Nous ne pouvons parler du Christ qu'à partir de ce que nous vivons et la peine prise à chercher à être un seul coeur et un seul esprit nous prépare à parler avec autorité du Christ dans lequel se trouve toute réconciliation.

     L'obéissance pour nous n'est pas une fuite de responsabilité. Elle structure les différentes façons dont nous la partageons. Souvent, le rôle d'un prieur est difficile parce que quelques frères pensent qu'en l'ayant élu à sa charge, il doit porter seul le fardeau. Ceci traduit un rapport puéril à l'autorité. L'obéissance demande que nous nous saisissions de la responsabilité qui est la nôtre, sinon nous ne répondrons jamais aux défis qui se posent à l'Ordre. Comme je l'ai dit à la rencontre des Provinciaux européens à Prague en 1993:

« La responsabilité, c'est la capacité de répondre? Le voulons-nous? Dans mon expérience personnelle comme Provincial, j'ai vu "le mystère de la responsabilité disparue". C'est aussi mystérieux qu'une nouvelle de Sherlock Holmes! Un chapitre provincial constate un problème et charge le Provincial de le traiter et de le résoudre. Une décision courageuse doit être prise. Il demande l'avis du conseil provincial. Le conseil charge une commission de considérer ce qui doit être fait. Ils prennent deux ou trois ans pour clarifier plus avant les données du problème. Puis ils renvoient l'affaire au prochain chapitre provincial, et ainsi le cycle de l'irresponsabilité continue. »

     Parfois, ce qui paralyse l'Ordre et nous empêche d'oser faire du neuf, c'est la peur d'accepter la responsabilité et de risquer l'échec. Nous devons chacun nous saisir de la responsabilité qui est la nôtre, même si c'est douloureux de le faire et si nous risquons de prendre une mauvaise décision. Sinon, nous allons mourir par perte de pertinence.

     On pourrait objecter que notre système de gouvernement n'est pas le plus efficace. Un gouvernement plus centralisé et plus autoritaire nous rendrait capables de répondre plus rapidement aux crises, de prendre de sages décisions basées sur une connaissance plus large de l'Ordre. Il y a souvent des poussées vers une centralisation de l'autorité. Mais, comme l'écrivait Bede Jarrett, o.p., il y a soixante-dix ans:

« Pour ceux qui vivent à son ombre, la liberté dans le gouvernement électif est une réalité trop sacrée pour être écartée, même au risque de l'inefficacité. Avec toute sa faiblesse inhérente, selon eux, elle convient mieux que l'autocratie, si bienfaisante qu'elle soit, à l'indépendance de la raison humaine et à la consolidation de la volonté humaine. La démocratie peut gâcher le résultat, mais elle fait des hommes. » (9)

     Elle peut parfois se révéler inefficace, mais elle fait des prêcheurs. Notre forme de gouvernement est profondément liée à notre vocation de prêcheurs, parce que nous ne pouvons parler avec autorité de notre liberté en Christ que si nous la vivons les uns avec les autres. Mais notre tradition de démocratie et de décentralisation ne peut jamais servir d'excuse à l'immobilisme et à l'irresponsabilité. Elle ne doit pas être une façon de nous soustraire aux défis de notre mission.

2. Obéissance et don de soi

     La tradition démocratique de l'Ordre, notre accent sur la responsabilité partagée, sur le débat et le dialogue, peut laisser croire que les exigences que nous pose l'obéissance sont moins grandes que dans un système plus autocratique et centralisé. L'obéissance, alors, n'est-elle pas toujours un compromis entre ce que je veux et ce que l'Ordre demande? Est-ce qu'on ne peut pas négocier une certaine autonomie limitée? Je ne crois pas qu'il en soit ainsi. La fraternité réclame de nous tout ce que nous sommes. Puisque, comme tous les voeux, l'obéissance est ordonnée à la caritas, une expression de l'amour, elle doit être sans réserve. Il y aura inévitablement une tension entre le processus du dialogue, la recherche de consensus, et le moment où il faut se remettre entre les mains des frères, mais c'est une tension féconde plutôt qu'un compromis négocié. Bien que je parle plus spécialement à partir de mon expérience de gouvernement parmi les frères, j'espère que plusieurs éléments de ce qui va suivre pourront être utiles à nos soeurs.

     Je commençais en soulignant l'immensité des défis auxquels nous sommes affrontés en tant qu'Ordre. Nous pouvons y faire face à la seule condition d'être capables de constituer de nouveaux projets communs et d'abandonner des apostolats qui peuvent nous être chers comme individus ou comme Provinces. Nous devons oser tenter de nouvelles expériences et risquer l'échec. Nous devons avoir le courage parfois de laisser des institutions qui ont été importantes dans le passé et peut-être même restent significatives aujourd'hui. Si nous ne le faisons pas, nous serons prisonniers de notre passé. Nous devons avoir le courage de mourir si nous voulons vivre. Ceci exigera, des Provinces et des individus, une mobilité d'esprit, de coeur et de corps. Si nous voulons construire des centres de formation et d'études propres à l'Ordre en Afrique et en Amérique latine, rebâtir l'Ordre en Europe de l'Est, faire face aux défis de la Chine, de la prédication dans le monde de la jeunesse, du dialogue avec l'Islam et les autres religions, il y aura inévitablement des apostolats qu'il nous faudra abandonner. Sinon nous ne ferons jamais rien de nouveau.

      Pour moi, ce don sans réserve aux frères de sa propre vie représente davantage que la simple souplesse que réclame une organisation complexe pour répondre à de nouveaux chantiers. Il relève de la liberté en Christ que nous prêchons. Il relève de la lex libertatis (10), la loi de liberté de la Nouvelle Alliance. La nuit où il fut livré, alors que sa vie était vouée à l'échec, Jésus prit du pain, le rompit, le donna à ses disciples et dit: « C'est mon corps, et je vous le donne. » Placé devant son destin, parce qu'« il était nécessaire que le Fils de l'homme soit livré », il posa cet acte suprême de liberté en donnant sa vie. Notre profession, quand nous mettons nos vies dans les mains du provincial, est un acte eucharistique d'une folle liberté. C'est ma vie et je vous la donne. C'est ainsi que nous nous donnons nous-mêmes à la mission de l'Ordre « entièrement députés à l'évangélisation totale de la Parole de Dieu. » (11)

     Quand un frère remet sa vie entre nos mains, cela implique que nous sommes liés par une obligation correspondante. Nous devons oser lui demander beaucoup. Un Provincial doit avoir le courage de croire que les frères de sa Province sont capables de choses formidables, davantage qu'ils ne peuvent jamais l'imaginer. Notre système de gouvernement doit exprimer une confiance surprenante envers chacun, de la même façon que Dominique qui scandalisait ses contemporains en envoyant ses novices prêcher, disant: « Allez en confiance, parce que le Seigneur sera avec vous, et il mettra en vos lèvres les paroles à prêcher. » (12) Si un membre de l'Ordre a librement donné sa vie, alors nous honorons ce don en demandant beaucoup les uns des autres, dans la liberté, même si cela conduit un frère à abandonner un projet qu'il aime chèrement et où il s'est épanoui. Sinon l'Ordre sera paralysé. Nous devons nous inviter les uns les autres à donner nos vies pour de nouveaux projets, à oser nous saisir des questions du jour, plutôt que nous contenter de maintenir des institutions ou des communautés qui ne sont plus vitales pour notre prédication.

     Il y a aujourd'hui des défis qui se présentent à nous et qui nécessitent une réponse de l'Ordre tout entier. L'évangélisation de la Chine peut en être un. Dans de tels cas, le Maître aura à faire appel à la générosité des Provinces pour donner des frères à de nouvelles zones de missions, même si cela aura des conséquences difficiles à porter. J'ai rencontré un Provincial pour discuter du don d'un frère pour notre nouveau Vicariat général en Russie et Ukraine. Je l'ai fait avec une grande hésitation parce que je savais que c'était un frère que la Province aurait du mal à perdre. Le Provincial me dit: « Si la providence de Dieu a préparé ce frère pour ce travail, nous devons croire nous aussi à la providence de Dieu pour nos besoins. »

     Rien de neuf ne pourra jamais naître si nous n'osons abandonner ce qui s'est montré valable, pour quelque chose qui pourrait tourner à l'échec. Personne ne peut savoir à l'avance. La pression de la société veut qu'on se construise une carrière, une vie qui aille quelque part. Donner sa vie à la prédication de l'évangile, c'est renoncer à cette assurance. Nous sommes des gens sans carrière, sans projets définis. C'est là notre liberté. Je pense au courage de nos frères qui établissent l'Ordre en Corée, se débattant avec un nouveau langage et une nouvelle culture, sans garantie à l'avance que ce don de leurs vies portera du fruit. C'est seulement un don du Seigneur, comme fut sa résurrection après l'échec de la croix. Par nature, un vrai don, c'est une surprise.

     Une façon de vivre cette générosité, c'est d'accepter une élection comme prieur, comme provincial ou comme membre du conseil conventuel ou provincial. Dans plusieurs Provinces, il est devenu difficile de trouver des frères capables qui soient prêts à accepter des charges. La recherche d'un supérieur devient le problème de trouver quelqu'un qui soit d'accord pour que son nom soit proposé au chapitre. Nous cherchons des « candidats ». Or il me semble que la seule raison d'accepter un tel poste, c'est qu'on est obéissant aux désirs des frères et non parce qu'on souhaite être « candidat ». Il peut y avoir de bonnes raisons objectives de refuser une charge, qui doivent être prises au sérieux et éventuellement acceptées après confirmation par l'autorité supérieure. Il doit s'agir de raisons graves, et non simplement du fait qu'on n'est pas attiré par l'idée d'avoir cette charge.

     Sur la montagne de la Transfiguration, Pierre est fasciné par la vision de gloire qu'il a eue. Il souhaite dresser des tentes et s'installer. Il résiste à l'appel de Jésus à marcher sur la route de Jérusalem, où il doit souffrir et mourir. Il n'arrive pas à voir que c'est dans cette mort sur la croix que la gloire sera révélée. Parfois, nous restons fascinés par la gloire de notre passé, la gloire des institutions que nos frères ont construites avant nous. Notre reconnaissance envers eux doit se traduire par la recherche de chemins pour rencontrer les questions actuelles. Comme Pierre, nous pouvons être hypnotisés et paralysés et résister à l'invitation à nous lever et à marcher pour avoir part à la mort et à la résurrection. À chaque génération, chaque Province doit faire face à la mort. Mais il y a la mort stérile, de ceux qui restent accrochés à la montagne de la Transfiguration alors que le Seigneur l'a quittée, et il y a la mort féconde de ceux qui osent prendre la route et voyager avec lui vers la montagne du calvaire, qui conduit à la résurrection.

LA PAUVRETÉ: LA GÉNÉROSITÉ DU DIEU DE GRÂCE

     La pauvreté est le voeu pour lequel il est le plus difficile de trouver des mots qui sonnent juste, et ceci pour deux raisons. Les frères et les soeurs qui ont connu de plus près la pauvreté réelle sont souvent les plus réticents à en parler. Ils savent combien est purement rhétorique une bonne part de ce que nous disons sur la pauvreté et sur l'« option pour les pauvres ». Ils savent à quel point la vie des pauvres est terrible, souvent sans espérance, avec la violence journalière et oppressante, l'ennui, l'insécurité, la dépendance. Ceux d'entre nous qui ont vu, même de loin, à quoi ressemble la pauvreté, se méfient souvent des mots faciles. Pouvons-nous vraiment connaître nous-mêmes ce que veut dire cette dégradation, cette insécurité et cette désespérance?

     Une deuxième raison pour laquelle il est si difficile d'écrire sur la pauvreté c'est que ce que signifie « être pauvre », varie tellement d'une société à l'autre, dépend beaucoup de la nature des liens familiaux, du modèle économique, des dispositions sociales de l'État, etc. La pauvreté signifie quelque chose en Inde, avec sa longue tradition de la sainte mendicité, autre chose en Afrique où dans la plupart des cultures la richesse est considérée comme une bénédiction de Dieu, autre chose encore dans la société de consommation occidentale. Ce que signifie pour nous prononcer le voeu de pauvreté est encore plus déterminé culturellement que quand il s'agit de l'obéissance ou de la chasteté. La taille et la localisation de la communauté, les apostolats des frères, imposent différentes contraintes qui doivent nous éviter des jugements trop faciles quant à savoir à quel point les autres vivent bien ce voeu.

     Comme tous les voeux, c'est d'abord un moyen. La pauvreté nous offre la liberté d'aller partout prêcher. Vous ne pourrez pas être un prêcheur itinérant si vous devez transporter toutes vos affaires chaque fois que vous bougez. Dans la bulle Cum spiritus fervore de 1217, Honorius III écrivait que Dominique et ses frères,

« dans la ferveur de l'esprit qui les animait, se dépouillaient des fardeaux des riches de ce monde et, courant avec zèle pour propager l'évangile, avaient résolu d'exercer la charge de la prédication dans l'humble état de la pauvreté volontaire, s'exposant eux-mêmes à des souffrances et à des dangers innombrables pour le salut des autres. » (13)

     Nous ne sommes pas invités à abandonner seulement les richesses pour suivre le Christ, mais « frères et soeurs et mères et pères pour l'amour de moi ». Le renoncement qui nous donne la liberté implique une coupure radicale avec nos liens familiaux, c'est-à-dire une perte d'héritage. Les conséquences doivent en être envisagées avec grande délicatesse parce que la nature de ces liens familiaux a changé dans plusieurs sociétés. Aujourd'hui, nos familles connaissent souvent divorce et remariage et, dans certaines sociétés, nos frères et nos soeurs seront de plus en plus des enfants uniques. Nous avons de véritables obligations envers nos parents, mais comment les concilier avec le don radical de nous-mêmes que nous avons fait en donnant nos vies à la prédication de l'évangile par nos voeux dans l'Ordre? Paradoxalement, c'est souvent les membres d'une famille qui sont engagés par des voeux religieux qu'on estime « libres » pour aider au soin des parents âgés ou malades. Nous devrons y réfléchir avec beaucoup d'attention.

     Le voeu de pauvreté nous offre la liberté de nous donner sans réserve à la prédication de l'évangile, mais ce n'est pas seulement un moyen au sens étroit et utilitaire du terme. Comme les autres voeux, il est ordonné, comme l'écrivait Thomas, à la caritas, l'amour qui est la vie même de Dieu. Comment le vivre de sorte que nous puissions parler de Dieu avec autorité?

     Une façon de répondre serait d'examiner comment la pauvreté touche aux aspects fondamentaux de ce sacrement de l'amour qu'est l'Eucharistie. L'Eucharistie est le sacrement de l'unité que la pauvreté détruit; c'est le sacrement de la vulnérabilité, que le pauvre endure; c'est le temps du don, que notre société de consommation refuse. Nous demander comment nous pouvons et devons être pauvres, c'est nous demander comment nous devons vivre de façon eucharistique.

1. Invisibilité

     La nuit avant sa mort, Jésus réunit ses disciples autour de la table pour célébrer la nouvelle alliance. C'était la naissance d'une demeure à laquelle tous pourraient appartenir, puisqu'il assumait tout ce qui peut détruire la communauté humaine: la trahison, le rejet, la mort même. Le scandale de la pauvreté, c'est qu'elle déchire ce que le Christ avait uni. La pauvreté n'est pas seulement une condition économique, le manque de nourriture, de vêtement ou d'emploi. Elle brise la famille humaine. Elle nous rend étrangers de nos frères et de nos soeurs. Lazare, à la porte de la maison du riche, n'est pas seulement exclu du partage de sa nourriture, mais aussi de s'asseoir à sa table. L'abîme irréconciliable qui les sépare après la mort ne fait que révéler ce que la situation était durant leurs vies. Dans notre monde, aujourd'hui, le fossé entre les pays riches et les pays pauvres, et à l'intérieur de ces pays eux-mêmes, devient toujours plus grand. Même dans les pays riches de la Communauté européenne, il y a presque vingt millions de chômeurs. Le corps du Christ est désarticulé.

     La pauvreté volontaire dont nous faisons le voeu est valable non parce que, dans un certain sens, il serait bon d'être pauvre. La pauvreté est terrible. Elle n'a de sens que si elle permet de dépasser les frontières qui séparent les êtres humains les uns des autres, si elle est présence auprès de nos frères et soeurs séparés. Quelle autorité pourraient avoir nos paroles sur l'unité en Christ si nous n'osons prendre ce chemin? L'an dernier, j'ai vu combien nos soeurs peuvent en apprendre aux frères, par leur présence discrète auprès des pauvres dans de nombreuses régions du monde. Elles savent l'importance d'être simplement là, comme un signe du Royaume.

     L'Eucharistie est le fondement de la demeure humaine universelle. Une personne pauvre se sentirait-elle chez elle et bienvenue dans nos communautés? Y sentirait-elle sa dignité respectée? Ou bien se sentirait-elle intimidée et insignifiante? Nos bâtiments sont-ils attirants ou repoussent-ils? Une des façons pour les pauvres d'être exclus de la communauté humaine, c'est de devenir invisibles et inaudibles. Ils disparaissent, des desaparecidos, comme Lazare à la porte de l'homme riche. Quand on arrive à la gare centrale de Calcutta, les mendiants se ruent sur vous et vous imposent leurs difformités. Ils veulent être vus, être visibles. Sommes-nous prêts à affronter la peur de ce que nous pourrions voir, un frère ou une soeur?

2. Vulnérabilité

À la dernière Cène, le Christ assume sa souffrance et sa mort. Il accepte l'ultime vulnérabilité de l'être humain, sa possibilité d'être blessé et mis à mort. Notre voeu de pauvreté nous invite certainement à assumer notre vulnérabilité humaine. Dans la bulle d'Honorius III, que j'ai citée plus haut, Dominique et les frères sont loués non seulement parce qu'ils sont pauvres mais parce qu'« ils s'exposent eux-mêmes à des souffrances et à des dangers innombrables pour le salut des autres ». En quel sens partageons-nous ne serait-ce que l'ombre de la vulnérabilité des pauvres?

     Aussi peu que nous mangions, il nous reste toujours une issue si nous ne pouvons plus le supporter. L'Ordre ne nous laissera pas mourir de faim. Cependant, j'ai rencontré des frères et des soeurs qui ont osé aller aussi loin qu'ils le pouvaient, par exemple dans un des plus violents barrios de Caracas. Ils supportent le danger et l'épuisement à vivre chaque jour dans un monde où la violence atteint tout. C'est une réelle vulnérabilité qui pourrait leur coûter la vie. Je pense à nos frères et soeurs en Haïti, dont l'appel courageux à la justice met les vies en danger. En Algérie et au Caire, nos frères ont choisi de rester, malgré tous les dangers, comme un signe de leur espérance dans la réconciliation entre chrétiens et musulmans. Au Guatemala, nos soeurs indigènes portent les vêtements de leur propre peuple, dont elles partagent ainsi quotidiennement l'humiliation. Si elles portaient l'habit habituel des soeurs, elles en seraient protégées. Nous ne sommes pas tous appelés à ce niveau d'exposition. Il y a des tâches différentes dans l'Ordre. Mais nous pouvons les soutenir, les écouter et apprendre d'eux. Le terreau de notre théologie, c'est leur expérience.

     Cet appel du Christ à la vulnérabilité doit nous interroger sur notre façon de vivre ensemble le voeu de pauvreté. Osons-nous au moins vivre la vulnérabilité que suppose la vie commune? Vivons-nous vraiment d'une bourse commune? Vivons-nous l'insécurité de donner à la communauté tout ce que nous recevons, en nous exposant au risque qu'ils pourraient ne pas nous donner tout ce dont nous pensons avoir besoin? Comment parler du Christ qui s'est remis entre nos mains, si nous ne le faisons pas? Nos communautés sont-elles divisées en classes financières? Y en a-t-il parmi nous qui ont accès à plus d'argent que les autres? Y a-t-il un réel partage des ressources entre les communautés d'une Province, ou entre Provinces?

3. Don

     Au coeur de nos vies, il y a la célébration de ce moment de totale vulnérabilité et de totale générosité, où Jésus prit le pain, le rompit et le donna à ses disciples en disant: « Prenez et mangez, ceci est mon corps, livré pour vous ». Au centre de l'évangile, il y a un moment de pur don. C'est là que la caritas, qui est la vie de Dieu, devient la plus tangible. C'est une générosité que notre société a du mal à saisir parce qu'elle est un marché où tout est à acheter et à vendre. Quel sens peut-elle trouver à un Dieu qui s'est écrié: « Venez à moi vous tous qui avez soif et je vous donnerai de la nourriture gratuitement »? Toutes les sociétés humaines ont des marchés, achètent, vendent et échangent des biens. La société occidentale est différente parce qu'elle est un marché. C'est le modèle fondamental qui domine et informe notre conception de la société, de la politique et même des personnes. Tout est à vendre. L'infinie fécondité de la nature, la terre, l'eau, sont devenues des marchandises. Même nous, les êtres humains, nous sommes sur « le marché de l'emploi ». Cette culture de la consommation menace d'envahir le monde entier, et elle prétend le faire au nom de la liberté tandis qu'elle nous enferme dans un monde où rien n'est libre. Même quand nous devenons conscients de la détresse du pauvre et cherchons à y répondre, très souvent la caritas est monétarisée en « charité », où le don d'argent se substitut au partage de la vie.

     Comment pouvons-nous être prêcheurs d'un Dieu de grâce et de générosité, qui nous donne sa vie, si nous demeurons prisonniers de cette culture qui envahit tout? Une des exigences les plus radicales du voeu de pauvreté est certainement que nous vivions dans une simplicité telle que nous voyions le monde différemment et que nous saisissions quelques traits du Dieu absolument gracieux. Les vies de nos communautés devraient être marquées par une simplicité qui nous aide à nous libérer des promesses illusoires de notre culture de consommation, et de « la domination des richesses » (14). Le monde change de figure depuis le siège arrière d'une Mercedes ou de la selle d'une bicyclette. Jourdain de Saxe disait que Dominique était un « véritable amant de la pauvreté », non pas peut-être parce que la pauvreté est aimable en elle-même mais parce qu'elle peut nous révéler nos désirs les plus profonds. J'ai souvent été impressionné par la joie et la spontanéité de nos frères et soeurs qui vivent dans la simplicité et la pauvreté.

     Dans quelques régions de l'Ordre, le langage même que nous utilisons pour parler de notre vie commune nous invite à être attentifs aux dangers d'absorber les valeurs du monde des affaires. Les frères et soeurs deviennent du « personnel », nous avons un « bureau de direction », le supérieur reçoit un rôle de « gestion » ou d'administration », et nous étudions les « techniques de gestion ». Quelqu'un pourrait-il imaginer Dominique comme le premier Président de la Société anonyme de l'Ordre des Prêcheurs? Combien de fois un Provincial décourage-t-il un frère de chercher de nouvelles façons créatives de prêcher et d'enseigner parce que la Province en pâtirait financièrement?

     Les bâtiments dans lesquels nous vivons sont des dons. Y vivons-nous et les traitons-nous avec gratitude? Avons-nous une attitude responsable face à ce qui nous est donné, à l'entretien de nos bâtiments, à ce que nous recevons? Avons-nous besoin des bâtiments que nous avons? Nos bâtiments pourraient-ils être mieux utilisés? Les économes ont souvent une tâche ingrate, bien qu'ils aient un rôle vital pour nous aider à porter la responsabilité que nous avons envers ceux qui ont été généreux à notre endroit.

LA CHASTETÉ: L'AMITIÉ DE DIEU

     Nous avons un besoin urgent dans l'Ordre de réfléchir ensemble au sens du voeu de chasteté. Il touche à des données centrales de notre humanité: notre sexualité, notre corporéité, notre besoin d'exprimer et de recevoir de l'affection, et pourtant, fréquemment, nous avons peur d'en parler. C'est si souvent un lieu de lutte solitaire, dans la peur du jugement ou de l'incompréhension. Il pourrait être utile de préparer une autre lettre sur ce point dans l'avenir.

     Bien sûr, ce voeu, comme les autres, est un moyen. Il nous donne la liberté pour prêcher, la mobilité pour répondre aux besoins de l'Ordre. Mais, à propos de ce voeu, il est peut-être particulièrement important qu'il ne soit pas seulement ressenti comme une nécessité pénible. Si nous ne parvenons pas à apprendre, après peut-être beaucoup de temps et de souffrances, à l'assumer positivement, il peut empoisonner nos vies. Il nous est possible de l'assumer parce que, comme tous les voeux, la chasteté est ordonnée à la caritas, à cet amour qui est la vie même de Dieu. C'est une façon particulière d'aimer. Si elle ne l'est pas, alors elle nous conduira à la frustration et à la stérilité.

     Le premier péché contre la chasteté, c'est le manque d'amour. On disait de Dominique que « comme il aimait tout le monde, tout le monde l'aimait » (15). Ce qui est en jeu ici, encore une fois, c'est l'autorité de notre prédication. Comment pouvons-nous parler du Dieu d'amour si ce n'est pas un mystère que nous vivons? Si oui, alors il réclamera de nous mort et résurrection. La tentation est de prendre la fuite. Une voie habituelle d'évitement, c'est l'activisme, se perdre dans un travail trépidant, un bon travail, important même, pour fuir la solitude. Nous pouvons être tentés de fuir la réalité même de notre sexualité, de notre corporéité. Or l'Ordre est né justement dans le combat contre un tel dualisme. Dominique était celui qui prêchait contre la division du corps et de l'âme, de l'esprit et de la matière. Cela demeure une tentation actuelle. Pour une grande part, notre culture moderne est profondément dualiste. La pornographie, qui semble se délecter de la sexualité, en est en réalité une fuite, un refus de cette vulnérabilité que demande la relation humaine. Le voyeur garde ses distances, invulnérable et sous contrôle, par peur.

     C'est notre corporéité qui est bénie et sanctifiée dans l'Incarnation. Si nous devons être prêcheurs d'une Parole faite chair, alors nous ne pouvons renier ou oublier ce que nous sommes. Nous soucions-nous des corps de nos frères, en nous assurant qu'ils ont assez de nourriture, les soignons-nous quand ils sont malades, leur donnons-nous de la tendresse quand ils sont vieux? Quand Bede Jarrett encourageait un jeune Bénédictin qui endurait les premières souffrances de l'amitié, il écrivait:

« Je suis heureux parce que je pense que votre tentation a été celle du puritanisme, d'une étroitesse, d'une certaine inhumanité. Vous tendiez presque à un refus de la sanctification de la matière. Vous étiez amoureux du Seigneur, mais pas vraiment de l'Incarnation. En fait, vous aviez peur. » (16)

     Le fondement de notre chasteté ne peut jamais être la peur, la peur de notre sexualité, la peur de notre corporéité, la peur des personnes de l'autre sexe. La peur n'est jamais un bon fondement pour la vie religieuse. Car le Dieu qui s'est approché de nous a osé devenir chair et sang, même si cela le conduisait à la crucifixion. Finalement, ce voeu réclame de nous que nous passions par là où Dieu est passé d'abord. Notre Dieu s'est fait homme, il nous invite à en faire autant.

     Saint Thomas d'Aquin affirme, ce qui peut surprendre, que notre relation à Dieu est une relation d'amitié, amicitia. La bonne nouvelle que nous prêchons, c'est que nous avons part au mystère infini de l'amitié du Père et du Fils qui est l'Esprit. De fait, Thomas explique que les « conseils évangéliques » sont les conseils offerts par le Christ dans l'amitié (17). Une façon de vivre cette amitié c'est notre voeu de chasteté. Pour mieux voir ce qu'il réclame de nous, réfléchissons un instant à deux aspects de cet amour trinitaire: c'est un amour absolument généreux et non possessif et c'est un amour entre égaux.

1. Un amour non possessif

     C'est cet amour absolument généreux et non possessif par lequel le Père donne à son Fils tout ce qu'il est, y compris sa divinité. Ce n'est pas un sentiment ou une émotion, mais c'est l'amour qui fonde l'être du Fils. Tout amour humain, des gens mariés ou des religieux, doit chercher à vivre ce mystère et à participer de sa générosité non possessive.

     Nous devons être complètement sans ambiguïté sur ce que cet amour exige de nous qui avons fait voeu de chasteté. Cela ne signifie pas seulement que nous ne nous marions pas, mais aussi que nous nous abstenons de toute activité sexuelle. Cela réclame de nous une renonciation claire et réelle, un ascétisme. Si nous prétendons faire autrement et acceptons volontairement des compromis, nous entrons alors dans une voie qui peut devenir finalement impossible à tenir et nous rendre, nous comme d'autres, terriblement malheureux.

     La première chose à laquelle nous sommes appelés, c'est de croire que le voeu de chasteté peut vraiment être une façon d'aimer; quand bien même nous aurions à passer par des moments de frustration et de désolation, c'est un chemin qui peut faire de nous des êtres riches en affection et pleinement humains. Les aînés de notre communauté sont souvent signes d'espérance pour nous. Nous côtoyons des hommes et des femmes qui sont passés par les épreuves de la chasteté et ont atteint la liberté de ceux qui peuvent aimer en liberté. Ils peuvent être pour nous des signes que rien n'est impossible avec Dieu.

     Entrer dans cet amour libre et non possessif prendra du temps. Nous pourrons rencontrer des échecs et des découragements en chemin. Maintenant que plusieurs personnes entrent dans l'Ordre à un âge plus avancé, ayant déjà eu des expériences sexuelles, nous ne devons pas imaginer la chasteté comme une innocence qu'on peut perdre mais comme une intégrité du coeur dans laquelle on peut grandir. Même les moments d'échec peuvent, avec la grâce de Dieu, dessiner la route sur laquelle nous devenons plus mûrs, car « nous savons qu'en toute chose Dieu oeuvre pour le bien de ceux qui l'aiment » (Rm 8,28).

     Nos communautés doivent être des lieux où nous devons nous donner les uns aux autres le courage quand le coeur hésite, le pardon quand l'un tombe et la vérité quand l'autre est tenté de se mentir à lui-même. Nous devons croire dans la bonté de nos frères ou de nos soeurs quand ils cessent eux-mêmes d'y croire. Rien n'est plus venimeux que le mépris de soi-même. Comme l'écrivait Damian Byrne dans sa lettre sur La vie commune:

« Alors que le sanctuaire le plus profond de nos coeurs est voué à Dieu, nous avons d'autres besoins. Il nous a faits tels qu'un large domaine de notre vie est accessible aux autres et est requis par les autres. Chacun de nous a besoin d'expérimenter l'attention véritable des autres membres de la communauté, leur affection, leur estime et leur amitié… Vivre ensemble, cela signifie rompre le pain de nos esprits et de nos coeurs les uns avec les autres. Si des religieux ne trouvent pas cela dans leurs communautés, alors ils iront le chercher ailleurs. »

     Parfois, le passage à une véritable liberté et intégrité du coeur réclamera de nous que nous passions par la vallée de la mort, qu'apparemment nous ne nous trouvions affrontés qu'à la stérilité et à la frustration. Ce passage est-il vraiment possible sans la prière? Il y a d'abord la prière que nous partageons avec la communauté, la prière quotidienne, fondamentale pour nos vies. Mais il y a aussi la prière silencieuse et privée, qui nous place face à face avec Dieu, dans des instants d'une vérité inévitable et d'un pardon bouleversant. C'est là qu'on peut apprendre l'espérance. Dominique lui-même, quand il marchait, invitait parfois les frères à aller de l'avant pour qu'il puisse être seul pour prier et, dans une version primitive des Constitutions, Dominique disait que le maître des novices devait apprendre à ses novices à prier en silence (18). Nos moniales ont beaucoup à apprendre aux frères sur la valeur de la prière en silence.

2. L'amour qui fait des égaux

     Enfin, l'amour qui est au coeur de Dieu est absolument fécond. Il engendre, il crée tout ce qui existe. Ce pour quoi nous luttons dans l'exercice de la chasteté, ce n'est pas seulement le besoin d'affection mais le désir d'engendrer, d'enfanter. Notre attention les uns pour les autres doit certainement comporter un souci pour la créativité que chacun de nous possède, et que nos vies de Dominicains doivent libérer pour l'évangile. Ce peut être la créativité d'un frère ou d'une soeur conduisant une communauté à devenir paroisse, le travail intellectuel d'un théologien, ou bien les pré-novices au Salvador faisant spontanément du théâtre. Notre chasteté ne doit jamais être stérile.

     L'amour qui est Dieu est assez fécond pour créer une égalité. La Trinité est sans domination ni manipulation. Elle n'est ni paternaliste ni condescendante. C'est l'amour que notre voeu de chasteté nous invite à vivre et à prêcher. Comme l'écrivait Thomas, l'amitié trouve ou crée l'égalité (19). La fraternité de notre tradition dominicaine, la forme démocratique de notre gouvernement que nous apprécions, n'expriment pas seulement une façon d'organiser nos vies et de prendre des décisions, mais elles expriment quelque chose du mystère de la vie de Dieu. Que les frères soient connus en tant qu'Ordo fratrum praedicatorum donne corps à ce que nous prêchons, au mystère de cet amour de parfaite égalité qu'est la Trinité.

     Ceci doit caractériser toutes nos relations. La Famille dominicaine, dans sa reconnaissance réciproque de la dignité de chacun et l'égalité de tous les membres de la Famille, appartient à notre façon de bien vivre ce voeu. Les relations entre les soeurs et les frères, les religieux et les laïcs, doivent aussi être une « sainte prédication ». Même notre recherche d'un monde plus juste, où la dignité de chaque être humain sera respectée, n'est pas un simple impératif moral mais exprime le mystère de l'amour qui est la vie de la Trinité que nous sommes appelés à incarner.

CONCLUSION

     Quand Dominique passait par les villages où sa vie était menacée par les Albigeois, il avait l'habitude de chanter à voix haute pour que chacun sache qu'il était là. Les voeux n'ont de valeur que s'ils nous libèrent pour la mission de l'Ordre avec quelque chose du courage et de la joie de Dominique. Ils ne doivent pas constituer un lourd fardeau qui nous écrase, mais nous donner une liberté pour marcher légèrement tandis que nous allons vers des lieux nouveaux, pour faire du nouveau. Ce que j'ai écrit dans cette lettre ne donne qu'une expression très inadéquate de ce que cela pourrait être. J'espère qu'ensemble nous pourrons construire une vision partagée de notre vie de Dominicains, donnant leur vie pour la mission, qui puisse nous rendre forts sur la route et libres pour chanter.

 Votre frère en saint Dominique,

Frère Timothy Radcliffe, o.p.
Maître de l'Ordre

Pâques 1994

 


Notes

1. Avila, 22.

2. Par exemple: Somme théologique IIa IIae, q. 184, a. 3.

3. Jourdain de Saxe, Libellus, 64.

4. Voir la Quatrième Prière eucharistique.

5. Somme théologique IIa IIae, q. 186, a. 6, ad 2 um.

6. L.C.O. 17, §I.

7. Herbert, McCabe, o.p., God Matters, Londres, 1987.

8. « Pursuing Communion in Government: Role of the Community Chapter », Dominican Monastic Search, vol. II, Automne-hiver 1992, p. 41.

9. The Life of St. Dominic, Londres, 1924, p. 128.

10. Somme théologique Ia IIae, q. 108, a. 4.

11. L.C.O. 1, §III

12. Acta canon. 24.

13. Cité par Marie-Humbert Vicaire, o.p., « The Order of St. Dominic in 1215 », dans Peter B. Lobo, o.p. (éd.), The Genius of St. Dominic, p. 75.

14. L.C.O. 31, §I.

15. Jourdain de Saxe, Libellus, 107. Voir L.C.O. 25.

16. Bede Bailey, Aidan Bellenger, Simon Tugwell (éd.), Letters of Bede Jarrett, Downside and Blackfriars (Dominicain Sources in English, vol. 5), p. 180.

17. Somme théologique Ia IIae, q. 108, a. 4.

18. Constitutions primitives, Dist. I. c. xiii.

19. I Ethicorum, 1.8, s.7

 

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St. Mary's Parish:
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Notre mission

Nos Constitutions définissent notre mission de la manière suivante :

L’Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique fut, on le sait, dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes.

Notre mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus-Christ par la parole et par l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection.

 

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