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cornerSainte Catherine de Sienne patronne de l'Europe

Lettre à l'Ordre des prêcheurs, publiée en avril 2000 à l'occasion du choix de sainte catherine de Sienne comme l'une des patronnes de l'Europe

fr. Timothy Radcliffe, o.p.

 

Timothy Radcliffe, o.p.Au cours de la messe d'ouverture du deuxième Synode pour l'Europe, à ma grande surprise et pour ma très grande joie, le pape a proclamé sainte Catherine de Sienne copatronne de l'Europe, avec sainte Thérèse Bénédicte de la Croix et sainte Brigitte de Suède. À la prodigieuse épistolière que fut Catherine s'adressant à ses frères et soeurs, il convenait tout particulièrement de rendre hommage par une brève lettre à l'ordre.

L'Europe de Catherine était, tout comme notre monde moderne, marquée par la violence, et un avenir incertain: la papauté avait fui en Avignon, divisant l'Église et divisant les pays, villes et ordres religieux, y compris le nôtre; les cités étaient décimées par la peste bubonique, dite peste noire; l'Église subissait un déclin de sa vitalité, une perte du sens de sa raison d'être et une crise de la vie religieuse.

Catherine refusa de se résigner à ces souffrances et ces divisions. Selon les mots du pape Jean-Paul II, elle entra " dans le vif des problèmes ecclésiastiques et sociaux de son époques " (Lettre apostolique, en forme de motu proprio, Spes aedificandi). Elle s'adressa aux dirigeants politiques et religieux, face à face ou par lettre, pour leur énoncer clairement leurs fautes et les rappeler à leur devoir de chrétiens. Elle n'hésita pas à dire au pape lui-même qu'il devait être courageux et rentrer à Rome. Elle allait dans les prisons, s'occupait des pauvres et des malades. Elle brûlait d'apporter à tous l'amour et la miséricorde de Dieu.

Plus que tout, Catherine s'est battue pour la paix. Elle était convaincue que " ce n'est ni par le glaive ni par la guerre ni par la cruauté " que l'on peut faire le bien, mais " par la paix, les prières humbles et continuelles2 ". Et pourtant, jamais elle n'a sacrifié la vérité ou la justice à une paix facile ou bon marché. Elle rappela aux gouvernants de Bologne que rechercher la paix sans la justice est comme appliquer un onguent sur une blessure qu'il faudrait cautérisera. Elle savait qu'être pacificateur, c'est suivre les pas du Christ, qui fit la paix entre Dieu et l'humanité. Aussi celui qui apporte la paix doit-il parfois affronter le même destin que le Christ, et pâtir d'un rejet. Le pacificateur est " un autre Christ crucifié ". Notre monde est aujourd'hui déchiré lui aussi par la violence: la violence ethnique et tribale en Afrique et dans les Balkans; la menace de guerre nucléaire; la violence dans nos villes et nos familles. Catherine nous invite au courage d'être des faiseurs de paix, même si cela doit signifier que nous souffrions nous-mêmes persécutions et rejets.

La paix, pour Catherine, signifiait surtout la paix de l'Église, la guérison du Grand Schisme. On trouve là, réunis, son intense amour de l'Église, qui n'était autre pour elle " que le Christ en personne4 ", et son courage et sa liberté. Elle a tant aimé l'Église qu'elle n'a pas hésité à dénoncer les erreurs du clergé et des évêques, leur convoitise de richesses et de pouvoir, et qu'elle a appelé l'Église à être le mystère du Christ dans le monde, humble servante de tous. Dans ses prières, elle a même osé dire à Dieu ce qu'il devait faire : " Puisque tu sais, et tu peux, et tu veux, je t'implore de faire miséricorde au monde, et de ramener la chaleur de la charité, avec la paix et l'unité, dans la sainte Église. Je ne veux pas que tu tardes davantage. "

L'Église de notre temps souffre elle aussi de divisions provoquées par l'incompréhension, l'intolérance et une perte de " la chaleur de la charité et de la paix ". Aujourd'hui on croit souvent qu'aimer l'Église implique silence et absence de critique. Il ne faut pas " faire tanguer le bateau " ! Mais Catherine, elle, ne pouvait pas se taire. Elle écrivit à un grand prélat: " Ah, assez de silence! criez avec cent mille langues. Je vois qu'à force de silence le monde est pourri. L'Epouse du Christ est blême, son teint est pâle depuis qu'on lui suce le sang du Christ2. " Puisse sainte Catherine nous enseigner son amour profond pour le Corps du Christ, et la sagesse et le courage de dire la vérité ouvertement, avec des mots qui rassemblent au lieu de diviser, qui illuminent au lieu d'obscurcir, et qui guérissent au lieu de blesser.

Les relations de Catherine avec ses amis, et en particulier ses frères et soeurs dominicains, étaient marquées par le même alliage d'amour et d'assurance (parrhesia e. g. Actes 4, 31; 2 Co 7, 4). Elle considérait chaque ami comme un don de Dieu, à chérir tout particulièrement " d'une étroite affections ". Elle croyait que leur amitié mutuelle était une occasion " de s'éveiller l'un l'autre à la douce présence de Dieu " (Lettres 292), et proclamait " la gloire et la louange du nom de Dieu (Lettres 226) ".

Mais cet amour ne l'empêchait pas de parler avec grande franchise à ses amis, et de dire exactement à ses frères ce qu'ils devaient faire, y compris son bien-aimé Raymond de Capoue, qui devint Maître de l'Ordre l'année suivant la mort de Catherine. Il ne saurait y avoir d'amour sans vérité, ni de vérité sans amour. Voici comment elle priait pour ses frères

Dieu éternel, je te prie pour tous ceux que tu m'as donnés à aimer d'un amour tout particulier et avec une sollicitude toute particulière. Que ta lumière les illumine. Que toute imperfection leur soit ôtée, afin qu'en vérité ils travaillent dans ton jardin, où tu les as assignés (Oraisons 21).

Pour que la famille dominicaine devienne, selon les mots de Catherine, " toute large, toute joyeuse, parfumée, un véritable jardin de délices " (Dialogues, p. 340), nous devons apprendre à la fois ses qualités d'amitié mutuelle et de vérité. Notre amitié d'hommes et de femmes, de religieux et de laïcs, est un don immense pour l'Ordre et l'Église, mais il est souvent altéré par des blessures dont nous osons à peine parler. Si nous voulons travailler ensemble comme prêcheurs de l'Évangile, nous devons nous parler avec la même franchise et la même confiance réciproque que Catherine, afin que " en vérité, ils travaillent dans ton jardin ".

Catherine était une femme passionnée, aux grands désirs l'union avec Dieu, la diffusion de l'Évangile, et le bien de la famille humaine tout entière. Le désir dilate nos coeurs. Elle disait à Dieu: " tu rends le coeur immense, sans étroitesse -si immense qu'il y a de la place pour tous dans sa charité d'amours. " Dieu dit à Catherine: " Je suis votre Dieu infini et je veux être servi avec ce que vous avez d'infini; or d'infini vous n'avez que l'amour et le désir de votre âme. "

Comment nous épanouir en hommes et femmes touchés par la passion de Catherine pour Dieu ? Comment nous libérer de l'étroitesse de coeur, et ne pas nous contenter de petites satisfactions ? C'est peut-être, comme ce fut le cas pour Catherine, par la découverte de la présence de Dieu au principe même de notre être et de notre identité. La passion de Dieu n'est pas un goût que l'on acquiert, comme l'amour du foot. La passion de Dieu est là, au coeur de l'être, attendant d'être découverte. Notre monde est marqué par une soif profonde d'identité. Pour bien des gens aujourd'hui la question urgente est: " Qui suis-je ? " C'était la question de Catherine. La soif contemporaine de connaissance de soi est souvent un souci narcissique, une concentration introvertie sur son propre bien-être et l'épanouissement personnel. Mais pour Catherine, quand on finit par se voir tel que l'on est, ce n'est pas pour isoler une petite pépite d'individualité. Dans ce que Catherine a appelé " la cellule de la connaissance de soi ", on se découvre créé par l'amour reçu. Elle s'est décrite comme " demeurant dans la cellule de la connaissance d'elle-même pour mieux connaître la bonté de Dieu". Si j'ose faire ce voyage vers la connaissance de moi-même, je découvrirai combien je suis petit, imparfait, et fini, mais je verrai aussi que je suis inconditionnellement aimé et considéré. Dieu dit à Catherine: " N'est-ce pas ma providence qui a créé l'homme ? C'est en regardant en moi-même que je me suis épris de ma créature. "

Aussi Catherine offre-t-elle une réponse libératrice à la quête contemporaine d'une identité. Cette réponse nous emmène bien loin d'une fausse identité fondée sur le statut social ou la richesse ou le pouvoir. Car au coeur de notre être se trouve le Dieu dont l'amour nous soutient dans notre existence. C'est le lieu de la prière contemplative, où l'on rencontre le Dieu qui se réjouit d'aimer et de pardonner, et dont nous goûtons la bonté même. C'est là que nous découvrons le secret de la paix de Catherine et de son dynamisme, de sa confiance et de son humilité. C'est ce qui a fait de cette jeune femme si peu instruite, un grand prêcheur. C'est ce qui lui a donné la liberté de parler et d'écouter. C'est ce qui lui a donné le courage de se plonger dans les grandes questions de son époque et de les affronter. Avec l'aide de ses prières nous pouvons faire de même.

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L’Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique fut, on le sait, dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes.

Notre mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus-Christ par la parole et par l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection.

 

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