PROVINCE SainT DOMINIQUE

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Dominicans of Canada

cornerLettre aux moniales de l'Ordre

 

 

fr. Damian Byrne, O.P.

Damian Byrne, O.P.Dans ma Relatio au Chapitre général de Mexico, je parle de l'unité de la Famille dominicaine partout dans le monde. Cette unité repose sur une admiration et un amour commun de saint Dominique et de nos traditions. Elle s'est affirmée davantage depuis que le Concile Vatican II a exhorté les religieux au retour continu à leurs origines.

Dans le cas des moniales, cette unité se manifeste par l'appréciation et l'acceptation vraiment remarquables de vos nouvelles Constitutions. Les réponses au questionnaire de la Commission des moniales en témoignent explicitement. Cette unité est aussi fortement soulignée par la place que vos Constitutions réservent au Maître de l'Ordre.

Conséquemment, il me semble normal que je vous dédie, comme un de mes derniers actes en tant que Maître de l'Ordre, cette lettre depuis longtemps promise.

Trois raisons principales la justifient. D'abord, je désire exprimer la reconnaissance de l'Ordre envers nos moniales pour leur fidélité au projet de saint Dominique. Vous êtes vraiment au coeur de notre Famille de prêcheurs. De plus, il faut souligner le besoin général d'une formation adéquate à tous les échelons et d'une forme de participation de plus en plus responsable à la vie communautaire en accord avec notre tradition. Enfin, je voudrais répondre, si possible, à tant de questions et d'interrogations qui parviennent souvent ici, à la Curie généralice, concernant l'interprétation des Constitutions et des Directoires.

Durant la préparation du Chapitre d'Oakland (1989), le Conseil généralice a pensé que la meilleure façon de répondre à ces demandes ou autres semblables, serait de former une commission de moniales au Chapitre. La commission, qui comprenait quatre moniales, décida avec raison d'éviter ces questions, mais de souligner plutôt la place des moniales à l'intérieur de la Famille dominicaine et de proposer la nomination d'un promoteur et d'une commission selon certaines indications précises.

Le promoteur et la commission ont été désignés. Je comprends que quelques monastères auraient souhaité plus ample consultation avant la désignation des personnes en cause. Malheureusement, le temps ne l'a pas permis. D'abord, le P. Viktor Hofstetter ne pouvait être nommé promoteur avant la fin de son provincialat. Et ensuite la commission devait être établie le plus rapidement possible pour lui permettre de commencer ses travaux. Depuis, la commission, avec le promoteur, s'est réunie deux fois. Vous en avez reçu les rapports. De plus, à sa dernière réunion, tenue à Sainte-Sabine du 2 au 6 mars dernier (1992), elle a formulé une proposition visant à former une commission représentative en tenant compte des cultures, des langues et des mentalités.

Unité et renouveau

La rédaction et l'acceptation entière de vos nouvelles Constitutions marque une étape importante dans l'histoire de l'Ordre. Vos réponses à la consultation de la commission constituent un signe impressionnant de votre unité avec l'Ordre et entre vous. Cette unité garantit fortement un renouveau nécessaire. Ce qui nous réunit tout spécialement, c'est l'orientation communautaire et notre tradition de collégialité. Ce sont là des valeurs à protéger et à développer si nous voulons demeurer d'authentiques dominicains. Cette organisation collégiale et communautaire ainsi que le consensus à rechercher doivent constituer la base, non seulement de notre gouvernement, mais aussi de notre approche des problèmes concrets comme la formation, la solitude et l'indépendance, la clôture, etc.

Dans sa récente encyclique sur les questions sociales, le Pape Jean-Paul II affirme que la continuité et le renouveau font la preuve de la traditionnelle valeur de l'enseignement de l'Église. Le véritable renouveau ne peut exister sans la fidélité à la tradition. À propos de renouveau de l'Ordre, le Père Aniceto Ferndndez écrivait, dans une lettre qu'il vous adressait du Chapitre général de River Forest (1968):

"Le renouveau de toute l'Église suppose spécialement le renouveau des Ordres religieux, et en particulier des contemplatifs. Le décret Perfectae Caritatis de Vatican II l'affirmait clairement. Bien que notre programme de renouveau ne soit évidemment pas identique au vôtre en tout point, nous en partageons beaucoup d'éléments communs".

Vie dominicaine contemplative

La vocation à la vie contemplative en est une bien particulière qui "tient une place de choix dans la mission de l'Église, si urgente que soit la nécessité d'un apostolat actif' (Mut. Rel. 23; Per. Car. 7). Par ailleurs, s'adressant aux moniales à Guadalajara, le 30 janvier 1979, le Pape Jean-Paul II déclarait :

"Être contemplatif ne signifie passe désintéresser complètement du monde et de l'apostolat. La religieuse contemplative doit trouver sa manière propre de travailler à l'extension du Règne de Dieu, de collaborer à la construction de la cité terrestre, non seulement à l'aide de ses prières et de ses sacrifices, mais aussi par son témoignage silencieux, de façon telle que les personnes de bonne volonté avec qui elle est en contact puissent recevoir ce témoignage. C'est pourquoi vous devez trouver votre propre style de vie qui, à l intérieur dune perspective contemplative vous aidera à partager avec vos frères et soeurs le don gratuit de Dieu".

Chaque Ordre contemplatif possède son identité propre ainsi que ses propres moyens de conduire ses membres à Dieu. L'identité dominicaine, tout comme les moyens dominicains, est profondément reliée à la lecture, à la méditation et à la prédication de la Parole de Dieu. Ce qui requiert de chaque Dominicain de se consacrer sérieusement à la lecture qui le conduise à Dieu, tout en constituant notre principale ascèse. Et puis, cette relation avec Dieu dans la prière et l'étude conduit à la proclamation du Verbe. Dans votre cas, vos Constitutions rappellent le projet de Dominique pour vous :

" Attentives à l'exemple des premières soeurs que saint Dominique établit au monastère de Prouilhe, au coeur de la "Sainte Prédication", les moniales, habitant ensemble animées d'un même esprit, suivent Jésus se retirant au désert pour prier. Elles offrent ainsi un signe de la Jérusalem céleste, cette Cité bienheureuse que les frères construisent par leur prédication. Le cloître, est en effet le lieu où les soeurs se dédient totalement à Dieu (..) perpétuant cette grâce singulière de notre bienheureux Père à l'égard des pécheurs, des opprimés et des affligés, qu'il portait dans le sanctuaire intime de sa compassion " (LCM 35, 1).

Il est certain que la vie contemplative dominicaine apparaît, sous cet angle, intimement liée à la mission de l'Ordre tout entier.

"Souligner la conscience de la vocation originale et de la tâche spéciale des moniales dans l'Ordre" (LCM 181), signifie qu'il faut approfondir notre perception du lien profond qui unit contemplation et mission de l'Ordre, comme l'ont rappelé les derniers Chapitres généraux. Lorsque cette conscience fait défaut, on "rétrécit la vision de Dominique et, conséquemment, on réduit de beaucoup l'importance et la contribution de l'Ordre dans le monde et l'Église" (Oakland 147, 2). Sur ce sujet, l'une d'entre vous écrivait récemment:

" Notre caractère proprement dominicain consiste dans notre relation à la mission de l'Ordre, prêcher l'Évangile de la miséricorde, mais il s'exprime par la qualité de la communion entre nous, la communion au Christ inspirée par l'Esprit. La place des moniales dans la mission de la prédication se situe exactement dans ce témoignage fondamental de la prédication: la communauté. Notre témoignage jaillit d'abord de notre vie communautaire. C'est dans la communauté que naît et vit le Verbe ".

Le Verbe de Dieu

Notre spiritualité repose sur le Verbe de Dieu, sur l'écoute du Verbe, la contemplation du Verbe et la prédication du Verbe. Ces trois fonctions sont intimement liées, ce qui fait que les Prêcheurs du Verbe les plus efficaces peuvent bien être les moniales. Les Actes du Chapitre de Oakland rappelaient aux frères:

"Nous n'avons pas toujours été assez sensibles à l'aspect contemplatif de la vie dominicaine, si manifestement illustré par la vie des moniales, et l'efficacité de notre prédication en a subi les conséquences" (147, 4).

Pour écouter le Verbe de Dieu, nous devons nous faire pauvres et humbles de bien des façons. Inspirons nous de chacun des troisièmes mystères du Rosaire: la naissance du Christ, son couronnement d'épines, la venue de l'Esprit Saint.

Pour écouter le Verbe de Dieu, il faut d'abord être vraiment pauvre. Dans le troisième mystère joyeux, nous apprenons que les témoins de la naissance de Jésus sont de pauvres bergers. Leurs coeurs étaient prêts et capables de recevoir le message.

Le 5 juillet 1986, le Pape Jean-Paul II parlait aux prêtres de Colombie du service des pauvres selon l'Évangile. Il disait:

" Vous ne pouvez aller vers les pauvres sans avoir le coeur de la pauvre personne qui sait écouter et recevoir le Verbe de Dieu tel qu'Il est. Il nous faut des apôtres qui suivent et imitent le, Christ dans sa vie de pauvreté ".

Le Saint Père poursuivait en affirmant que cette pauvreté comporte le renoncement à nos ambitions personnelles. C'est ce que nous enseigne le troisième mystère douloureux. Le Christ apparaît dépouillé de tout bien matériel y compris l'honneur. Nous devons apprendre à pouvoir renoncer à tout si nous voulons écouter le Verbe. Pensons aux personnes, aux places d'honneur, aux coutumes surannées, aux pratiques ostentatoires, au pouvoir...

Le troisième mystère glorieux nous rappelle que notre écoute est soutenue de différentes façons: par l'Église, par l'Ordre et par nos soeurs en communauté. Il nous enseigne aussi que l'Esprit habite en chacun de nous et que nous devons reconnaître la valeur de nos propres intuitions tout en acceptant qu'elles puissent être éprouvées. "N'ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s'ils sont de Dieu." (Un 4,1).

Quels défis particuliers voudrais-je que l'Ordre vous lance aujourd'hui, à l'écoute du Verbe ? En tout premier lieu je dirais qu'on doit lutter contre toute forme d'isolationnisme entre les monastères dominicains. Dans un article sur la vie dominicaine, le P. Thomas Raush, S.J., écrivait :

" Fondés comme une communauté apostolique, les Dominicains allient les éléments du passé monastique et canonial avec le mouvement évangélique de la fin du XII,' siècle. La mission de la communauté détermine son style de vie et sa spiritualité. Mais le processus d'institutionnalisation que la communauté a vécu dans les nombreuses générations qui ont suivi celle de Dominique leur a conféré un caractère monastique de plus en plus accentué ".

C'est certainement vrai des frères et des soeurs. Mais c'est seulement dans les nouvelles Constitutions des frères qu'on a cessé de parler des observances monastiques on y parle plutôt d'observances régulières. La situation des moniales n'est pas tout à fait la même. Mais, même si vous appelez vos maisons "monastères", les supérieures sont des prieures et non des abbesses. Je ne désire; en rien changer de vocabulaire; je ne fais que signaler les différences. Elles signifient dans les mots votre notion de gouvernement interne et votre volonté de ne pas vous tenir à distance - à la manière d'un grand monastère ou d'une abbaye - des autres prieures et des autres monastères, selon notre tradition.

Déjà le Pape Pie XII déclarait :

"Bien qu'en règle générale on ne puisse imposer les Fédérations de monastères, on ne peut que les recommander instamment, non seulement pour abolir le dommage et les inconvénients que peut produire l'isolement total, niais aussi pour stimuler l'observance régulière et la vie contemplative" (Sponsa Christi, art. VI, no. 2-I).

Vous avez des Constitutions communes, vous avez aussi plusieurs Fédérations. Mais il reste encore parmi vous beaucoup d'isolationnisme. Passer d'une indépendance outrancière ou parfois d'un total isolement vers une situation d'interdépendance: voilà un de vos premiers défis.

Valeurs et structures

Il y a plusieurs années, à la suite de ma première visite canonique d'un monastère, j'avais l'impression qu'il y avait besoin de changement. Comme je n'étais pas très sûr de moi-même, je soumis à un autre vicaire de moniales, beaucoup plus expérimenté que moi, la liste des changements que j'entrevoyais. À chacun il me disait: " Oui, cela devrait aider les moniales à mieux prier ".

Depuis je n'ai cessé d'apprécier la sagesse de cette remarque. Il est probable qu'elle m'a servi, longtemps après, lorsque j'ai rédigé ma lettre sur la vie commune. Elle m'a permis d'exprimer une conviction: bien que nécessaires, les structures ne sont pas ce qu'il y a de plus important. Les valeurs sont beaucoup plus importantes, car elles demeurent dans la mesure où elles prennent racine dans l'Évangile.

Dans cette lettre, je soulignais six valeurs essentielles de la vie dominicaine: la prière, le partage de la foi, la correction fraternelle, les voeux, la prise de décision et la tâche de bâtir la communauté. Certainement nous avons besoin de réexaminer nos vies de temps en temps et de nous demander si nous vivons les valeurs que l'Évangile et nos Constitutions mettent de l'avant dans notre vie. Nous devons insister sur la vie commune et sur la vie contemplative, mais les structures de cette vie peuvent changer. Elles ne constituent pas une fin en soi. Vos Constitutions sont claires sur ce point :

" L'observance régulière, que saint Dominique a prise dans la tradition ou qu'il a lui-même instaurée, ordonne la manière de vivre des moniales en vue de favoriser leur propos de suivre plus étroitement le Christ et de permettre un meilleur accomplissement leur vie de contemplatives dans l'Ordre des Prêcheurs ".

Et plus loin :

" Relèvent de l'observance régulière tous les éléments qui constituent la vie dominicaine et l'organisent par la discipline commune. Parmi ceux-ci, dominent la vie commune, la célébration de la liturgie et la prière privée, l'accomplissement des voeux, l étude assidue de la vérité, dont la réalisation fidèle nous est facilitée par la clôture, le silence, l'habit religieux, le travail et les oeuvres de pénitence " (LCM :35, 1.2).

II existe un ordre bien précis de ces valeurs. L'observance régulière soutient les moniales dans leur détermination de suivre le Christ plus attentivement et leur pennes de vivre plus ef,ficacement leur vie contemplative dans l'Ordre des Prêcheurs. C'est le premier et le plus important niveau de la vie, la suite du Christ dans la vie contemplative de l'Ordre des Prêcheurs. L'observance régulière n'est pas un but en soi; elle aide les moniales et favorise plus sûrement la vie contemplative. Mais on trouve aussi un ordre parmi les éléments de l'observance régulière. Il en est qui sont plus importants, comme la vie commune, la célébration de la liturgie et la prière privée, l'observance des voeux et l'étude de la vérité sacrée, parce qu'ils constituent notre vie dominicaine et les organisent dans une discipline commune. Il en est encore qui nous aident à rester fidèles aux autres, comme la clôture, le silence, l'habit, le travail et les pratiques pénitentielles. Remarquez que les Constitutions ne disent pas qu'ils sont facultatifs, mais qu'ils favorisent tous la poursuite du but, la suite du Christ dans la vie contemplative dominicaine. Je crois que plusieurs des problèmes de nos communautés proviennent du manque d'attention à cette hiérarchie de valeurs.

Évidemment, il est des structures qui peuvent changer. Les Constitutions disent précisément que saint Dominique en a adopté certaines de la tradition et qu'il en a créé d'autres. De vraies valeurs et de bonnes structures nous assurent une vie équilibrée; de vraies valeurs sans bonnes structures aboutissent à une vie déséquilibrée. D'autre part, de piètres valeurs encadrées de bonnes structures aboutissent à un ensemble plutôt faux, tandis que de piètres valeurs reposant sur de pauvres structures conduisent à la dérive. Bien sûr, il ne s'agit pas de nier la nécessité des structures, bien au contraire. Mais nous avons d'abord besoin de valeurs authentiques, des valeurs religieuses et chrétiennes, et nous avons ensuite besoin de structures pour favoriser en nous une vie réellement équilibrée sur le plan humain, chrétien et religieux.

Le gouvernement dominicain

La question première et la plus importante question à considérer est celle du gouvernement interne du monastère. Lorsque vos Constitutions traitent du gouvernement, il faut se rendre compte qu'il s'agit d'une législation concernant d'une façon très particulière d'exercer l'autorité par la prieure, le chapitre et le conseil (dans cet ordre). Chaque palier d'autorité doit jouer son rôle propre. Et si, à l'intérieur de la communauté, l'une ou l'autre "autorité" ne le joue pas convenablement, à la fin ce sera la communauté elle-même qui ne jouera plus le sien.

À propos d'obéissance, voici ce que j'écrivais à la Fédération mexicaine à la suite de ma récente visite :

" Obéir signifie écouter. Selon la tradition dominicaine vous devez écouter, dans vos monastères, la prieure., le conseil et le chapitre. Chacune de ces instances possède son autorité qui doit respecter les autres autorités légitimes. Aucune d'entre elles ne doit prédominer. Voyez le bel exemple que saint Dominique nous a laissé en héritage: il soumettait son autorité aux frères. On ne doit pas exagérer, ni minimiser le rôle de la prieure, du conseil ou du chapitre; mais on doit se fier aux Constitutions, qui déterminent la compétence de chacun. La véritable obéissance dominicaine ne se trouve que dans la connaissance, le respect et l'observance de ces réalités. Ce qui suppose la discussion, vraie et ouverte, en chapitre, l'acceptation par le conseil de son rôle dans les questions juridiques, et enfin le "leadership" de la prieure dans l'observance des Constitutions et l'appréciation du consensus général de la communauté dans les matières qui le réclament. Cest seulement de cette façon que vous réaliserez ce que disent les Constitutions: "Pour demeurer fidèle à son esprit et à sa mission, la communauté a besoin de ce principe d'unité qui lui est assuré par l'obéissance. " (no. 17, 1)".

Conformément à LCM 201, il revient au chapitre du monastère d'étudier et de régler les principales questions de la vie de la communauté. Est-ce si difficile à réaliser ? Lorsque j'étais Provincial, j'ai eu de temps en temps des prieurs qui ne tenaient pas le chapitre, i.e. avec discussions: je ne parle pas de conférences ou de chapitre des coulpes. Habituellement c'est qu'ils se trouvaient confrontés avec le problème de deux ou trois frères qui revenaient continuellement sur les mêmes questions. Je faisais les commentaires suivants :

1) Si vous ne tenez pas le chapitre régulièrement, il est inévitable que les frères reviennent souvent sur les mêmes questions.
2) Si vous tenez le chapitre régulièrement, les frères vont épuiser leurs rengaines puisqu'on aura déjè discuté peu avant de leurs questions.
3) Cest le prieur, après consultation de la communauté qui doit déterminer l'ordre du jour. Et donc il peut toujours refuser de discuter tel ou tel point.

Les Constitutions des frères déterminent ceci:

" Avant le chapitre, les capitulaires peuvent proposer au président des affaires à traiter; et si le tiers du chapitre a proposé une affaire, le président est tenu de la soumettre à discussion. Pendant le chapitre, aucune affaire ne doit être proposée à moins que le président n'y ait consenti ou n' y ait invité " (LCO 312 III).

Ce texte contient plusieurs sages dispositions sur le droit à la discussion où les questions doivent être préparées à l'avance, et on ne peut déroger à ce programme sans le consentement du président. Peut-être devriez-vous à l'avenir introduire une disposition semblable à votre LCM. D'ici là, elle peut vous inspirer dans la préparation de vos chapitres de communauté.

L'exercice légitime de l'autorité d'une personne en charge ne règle pas tous les problèmes. Le prieur ou la prieure doit plutôt s'appliquer constamment à rechercher un consensus à l'intérieur de la communauté. Permettez que je cite ici le P. de Couesnongle au sujet de l'obéissance dominicaine :

" La loi fondamentale de la démocratie, c'est la loi de la majorité"'. ll n'en est pas ainsi chez nous où pourtant les votes sont nombreux. Notre loi propre est la loi de l'unanimité. Au chapitre conventuel - et il en est de même aux chapitres provinciaux ou généraux - le prieur, loin de se satisfaire d'un vote précipité, doit permettre une large information, susciter une recherche commune et provoquer le débat de telle façon que l'on tende à un avis aussi unanime que possible. Cette recherche d'unanimité - même si on n'arrive pas - garantit la présence du Seigneur et de son Esprit et, par le fait même, oriente plus souvent vers la découverte de la volonté de Dieu. De même, à Vatican II, Paul VI a fait retarder certains votes pour favoriser une plus grande entente et éviter que des décisions soient prises seulement à la majorité.

Il est inutile d'insister sur ce qu'une telle recherche exige de chacun et de la communauté tout entière. Mais c'est le lieu où se vérifie par excellence la justesse de ce que le frère prêcheur veut vivre et annoncer. Faute de quoi, l'appareil complexe et si riche de virtualités risque de tourner à vide. Et les couvents au lieu d'être des fraternités d'hommes qui vivent de la foi, l'approfondissent et la prêchent, peuvent donner l'apparence de groupes uniformes à vague coloration religieuse " (Le courage du futur, pp. 110-111).

Peut-être est-il nécessaire d'ajouter qu'on ne peut pas toujours réaliser cette unanimité, malgré nos efforts. Mais si la minorité peut se faire entendre, l'expression de la majorité sera acceptée plus facilement, et ce procédé pourra parfois produire un changement de direction dans les affaires de la communauté.

L'élément important de la discussion en chapitre c'est d'écouter, essayer de comprendre le point de vue de l'autre sans le juger. Dans Ecclesiam suam, no. 26, le Pape Paul VI suggère quatre conditions de l'échange qu'il est bon de rappeler :

1) La clarté. Le dialogue présuppose et requiert l'intelligibilité, qui est comme l'échange des idées.

2) La bienveillance. Le dialogue ne doit pas être arrogant, il ne blesse pas, n'attaque pas... Il est paisible, il refuse les procédés violents, il est patient, généreux.

3) La confiance. D'après Paul VI, deux attitudes sont nécessaires à la confiance dans le dialogue: le choix judicieux des motifs et la disposition fondamentale de bonne volonté, qui permet d'écouter l'autre.

4) La prudence. Nous ne devons jamais oublier les dispositions psychologiques de nos interlocuteurs.

Lorsque la communauté est parvenue à un consensus, elle a nécessairement l'obligation d'accepter la décision et de l'appliquer. Le chapitre est responsable de cette application des décisions prises. Il ne s'agit pas que d'exercer un droit, mais plutôt de travailler au bien de la communauté entière.

" Pour que la vie contemplative et la communion fraternelle portent des fruits féconds, la participation unanime de toutes les soeurs est de la plus haute importance: en effet,toute décision approuvée en commun sera exécutée rapidement et sans difficultés (Humbert de Romans) " (LCM 7).

Alors que le rôle du chapitre est capital dans le mode dominicain de gouvernement, le conseil et la prieure ont aussi leur rôle à jouer et qui n'est pas moins important. On doit prendre des décisions et les mettre en pratique. Le conseil donne son avis à la prieure lorsqu'elle le demande. Sur certaines questions précises il doit jouer un rôle bien déterminé (LCM 210). Quant au rôle de la prieure il est d'abord pastoral dans sa relation avec les soeurs. En second lieu, la prieure doit s'assurer que la vie se déroule en accord avec les Constitutions (LCM 195). Elle représente la suprême autorité dans la communauté, mais cette autorité doit. s'exercer dans l'esprit de saint Dominique qui, selon les dépositions à son procès de canonisation, était " joyeux, agréable, patient, compatissant et bon, véritable réconfort des frères ". Mais le même Dominique pouvait s'avérer ferme et décidé à l'occasion. On n'a qu'à rappeler qu'il reprenait les frères avec autorité. Pensons aussi à sa décision personnelle d'envoyer les frères, le 15 août 1217, dans le monde entier.

Cet équilibre constitue un idéal presque impossible et de fait, comme certains le pensent, il est devenu encore plus difficile dans une société et une Église en mutation. Il faut bien s'y résigner, nos communautés auront toujours des religieux insatisfaits et contestataires. La prieure doit compter sur sa communauté pour neutraliser ces individus et les empêcher de nuire. Permettez que je demande si la considération et la miséricorde qu'on se doit les uns aux autres ne pourraient pas encore plus être accordées aux supérieurs ?

La seconde question que je voudrais considérer se rapporte à une "faiblesse" extérieure ou structurale due à la nature même d'une communauté monastique et aussi à l'apport (ou manque d'apport) de l'Ordre.

II est clair que la tradition monastique de l'importance de l'abbé ou de l'abbesse comme père ou mère de la communauté est très différente de la conception dominicaine du prieur ou de la prieure comme primus ou prima inter pares. Vos Constitutions reflètent parfaitement la tradition dominicaine et en conséquence l'autorité doit s'exercer selon cette tradition et les Constitutions. Au cours des siècles, la seule façon de former une nouvelle communauté (et ce fut vrai également des soeurs de vie active), était de la faire comme de nouvelles et indépendantes unités. Le rôle de la supérieure dans la fondation de l'établissement d'une nouvelle communauté était primordial. Il me semble qu'on avait exagéré le rôle d'une personne dans les communautés. De fait, on a connu dans certains monastères des dynasties de prieures et de maîtresses des novices. Et voilà que maintenant les Constitutions sont très claires sur cette question:

"La prieure demeure en charge trois ans; au ternie de ces trois ans elle peut être réélue pour un nouveau triennat, mais Ras immédiatement pour un troisième dans le même monastère" (LCM 196, 1).

Comment se fait-il que cette disposition des Constitutions est si facilement ignorée ?

Ce que j'ai déjà dit du détachement des choses, des personnes et des charges s'applique très bien aux ex-prieures. C'est durant leur terme d'office qu'elles doivent préparer les soeurs à assumer des responsabilités dans la communauté; elles doivent fuir toute tentation de fonder des dynasties de soeurs de la même mentalité. Et lorsqu'elles ont terminé leur mandat, peut-être feraient-elles mieux de passer quelque temps dans un autre monastère, ce qui serait bon et pour elles et pour celles qui leur succèdent.

Pas plus que l'autorité de la prieure est absolue dans notre tradition, je crois que l'Église et l'Ordre nous invitent aujourd'hui à admettre que l'autonomie des monastères ne peut pas être absolue. Chacun doit penser que toutes les tendances existent ailleurs et chercher à aider les autres et à en recevoir aussi de l'aide. Le document conciliaire sur le renouveau de la vie religieuse, paru en 1965, insistait sur l'entraide des monastères de moniales :

" Pour ce qui concerne la rénovation adaptée des monastères de moniales, on pourra recueillir également les voeux et les avis des assemblées des Fédérations ou d'autres réunions légitimement convoquées " (Ren. Causam, no. 4).

Lorsque vos Constitutions parlent de Fédérations (LCM 235-237), on y reconnaît l'autonomie du monastère tout autant que le droit d'appartenir à une Fédération. Je crois qu'il nous reste un long chemin à parcourir avant que les Fédérations (ou les Conférences) remplissent leur rôle dans le renouveau et l'aide mutuelle, spécialement en ce qui concerne la formation et l'échange éventuel de personnel qualifié. On sait que les lois de l'hérédité répugnent à l'autosuffisance. De même, une indépendance ou un isolement exagéré est toujours malsain du point de vue de la vie religieuse.

Dans l'esprit de liberté

" La liberté à laquelle les moniales ont droit pour le sacrement de pénitence et la direction de conscience doit être très exactement assurée " (LCM 85).

C'est là un seul des passages des Constitutions qui rappellent l'esprit de liberté que saint Dominique voulait maintenir dans ses communautés. Dans cette ligne je voudrais attirer votre attention sur quelques points en particulier.

Premièrement. On ne doit pas considérer les Constitutions comme une arme pour juger ou attaquer les autres ou bien pour nous investir du rôle de gardiens. La loi vise à protéger les droits des individus et des communautés, et non à nous permettre d'écraser les autres.

" Alors un des légistes dit à Jésus: Maître, en parlant de la sorte, c'est nous aussi que tu insultes: Il répondit: 'vous aussi, légistes, vous êtes malheureux, vous qui chargez les hommes de fardeaux accablants et qui ne touchez pas vous-mêmes d'un seul de vos doigts à ces fardeaux ". (Lc 11, 45-46).

Il existe parmi nous beaucoup de légistes de cette sorte.

Deuxièmement. Chaque soeur a le droit d'écrire régulièrement à sa famille. Et pour les novices et les postulantes, pas moins d'une fois par mois. On doit aussi favoriser une grande liberté d'échanges épistolaires d'un monastère à l'autre. Je voudrais ici attirer votre attention sur un point du droit canon :

" Personne n'a le droit d'attaquer injustement la réputation de qui que ce soit, pas plus que de violer le droit à toute personne à protéger son intimité " (C.I.C. 220).

Aussi une directive exceptionnelle mentionnée dans le LCM 43 doit-elle être appliquée seulement dans des circonstances vraiment graves.

Troisièmement. On ne peut trop insister sur la valeur de la visite canonique. Le Maître de l'Ordre a le pouvoir de décréter une visite canonique. Mais en pratique, il ne le fait pas sans consulter l'évêque du lieu. Je demande aux prieures et leurs conseils de veiller à ce que chaque couvent soit visité au moins tous les deux ans (LCM 227 III, 3). Même dans les monastères sous la juridiction immédiate de l'évêque, rien n'empêche qu'on puisse rappeler à l'évêque le besoin d'une visite canonique non plus que de suggérer des noms de visiteurs (LCM 228 II, S). Je concède que des monastères ont vécu des expériences malheureuses dans des visites faites par des Dominicains ou non Dominicains; aussi que des communautés ont parfois été déçues des visites.

Peut-être serait-il bon d'ajouter quelques remarques :

1. Le but de la visite canonique n'est pas d'intervenir dans le gouvernement interne du monastère, mais plutôt d'aider la communauté à mieux fonctionner aux trois paliers d'autorité, prieure, chapitre, conseil.

2. Je crois que la première tâche d'un visiteur canonique consiste à écouter attentivement chaque personne. II ne trouvera pas la solution des problèmes, humains ou autres; mais l'important c'est que chaque membre de la communauté puisse s'exprimer en toute confiance une fois tous les deux ans.

3. Comme il est difficile de trouver des visiteurs et comme, par ailleurs, on ne possède pas de critères précis pour les choisir, serait-il possible de demander aux provinciaux ou groupes de provinciaux, de désigner tous les deux ans un visiteur pour tous les monastères de la province ou de la région.

Lors du travail de révision du droit canon, la commission préparatoire a énoncé les principes suivants :

" Dans la législation actuellement en vigueur (Le. celle de 1917) les monastères et les moniales sont en fait soumis à une tutelle, sur bien des points, du supérieur régulier ou de l'ordinaire du lieu. Cette situation ne favorise certainement pas la maturité des moniales, pas plus qu'elle ne développe leur sens de la responsabilité. Au contraire, il n'est pas rare qu'elle provoque des interventions indues dans l'administration de leur vie interne ou de leur propre gouvernement, ce qui trouble la discipline et la vie commune des moniales.

Le nouveau code ne doit plus favoriser de telles pratiques. En effet, la commission consultative désire éviter en principe toute discrimination entre les Instituts, spécialement entre les Instituts masculins et féminins. C'est pourquoi les Instituts et les monastères autonomes (sui iuris) des moniales ont droit à leur propre mode de vie et à leur propre législation conforme à leur droit particulier " (Communicationes vol. VI, no. I, 1974, p. 90).

Conformément à ce principe, l'actuelle législation de l'Église sur les monastères de moniales ne confère pas à l'ordinaire du lieu ou au supérieur régulier le droit de légiférer ou de gouverner. Ce sont les Constitutions du monastère qui déterminent les relations entre l'ordinaire du lieu ou le supérieur régulier en ce qui concerne la vie interne et le gouvernement du monastère.

Je sais que seuls quelques-uns de nos monastères ont encore des soeurs externes. Dans l'esprit du renouveau actuel, on doit reconnaître leur contribution à la vie dominicaine contemplative. Les Constitutions et aussi les Directoires particuliers fournissent les façons de le faire. Les soeurs externes ont le droit de participer à la vie de la communauté, et non uniquement pour les élections.

La formation

La formation représente un nouveau défi. Je rappelle fréquemment aux frères deux questions que posait le P. de Couesnongle:

a) Pourquoi désirez-vous des recrues ?
b) Comment allez-vous les former ?

La réponse qui vient spontanément à la première question: c'est parce que nous désirons des gens pour nous remplacer. Mais si nous devions nous recruter uniquement pour maintenir nos effectifs ou pour nous empêcher de fermer des monastères, tout en négligeant la formation, ce serait une erreur, si ce n'est une grave négligence. S'adressant aux Evêques du Japon, le Pape leur demandait comment ils allaient exploiter les talents de ceux qui se donnent au service de l'Église. Un diocèse a tellement de besoins et tellement de postes à remplir! Malgré tout, le Pape demande aux Évêques de s'occuper encore plus attentivement de l'utilisation des talents des jeunes à qui Dieu donne une vocation sacerdotale. En conséquence, nous ne pouvons pas oublier, dans notre recrutement, ce que ces jeunes portent avec eux de talents et d'expérience, et nous devons leur procurer une formation capable de leur assurer une vie saine, joyeuse et fructueuse.

Sous cet éclairage, la seconde question prend de l'importance. L'Église attire notre attention sur la formation des religieux. La formation ne doit pas être perçue comme un processus automatique où seule suffit la bonne volonté des formateurs et des personnes en formation. Dans son introduction à Renovationis Causam, en 1969, la Congrégation des Religieux reconnaît la nécessité "de mieux adapter le cycle entier de la formation à la mentalité des jeunes d'aujourd'hui". Et le document insiste sur l'importance que l'on doit accorder à la période de préparation précédant l'entrée au noviciat.

Votre situation n'est pas la même que celle des communautés apostoliques auxquelles Renovationis Causam s'adressait. Mais elle comporte des points de ressemblance. Vous entrez en contact avec des jeunes d'une mentalité différente de la vôtre et qui viennent d'un monde bien différent du vôtre. Les Directives du Saint-Siège de janvier 1990 englobent explicitement 'les moniales dans ce contexte. Au no. 44, parlant des formes de stages avant le noviciat, le texte déclare:

" Elles peuvent être diverses: accueil dans une communauté de l'institut, sans pour autant en partager toute la vie, sauf la communauté du noviciat qui est déconseillée, le cas des moniales étant mis à part sur ce point; périodes de contacts avec l'institut ou l'un de ses représentants, vie commune dans une maison d'accueil pour candidats ".

J'aimerais que nos moniales des diverses Fédérations se révèlent aussi créatives à cette étape de la formation qu'elles le sont pour le noviciat ou pour le juniorat. Le no. 43 des Directives énonce clairement les quatre conditions fixées par la loi générale de l'Église pour l'admission au noviciat :

a) la formation humaine et intellectuelle suffisante;
b) la formation chrétienne nécessaire;
c) l'équilibre de l'affectivité, et spécialement l'équilibre sexuel;
d) la capacité de vivre en communauté.

Voilà ce qu'on doit exiger d"une personne avant son entrée au noviciat. Concédons que très peu de jeunes femmes peuvent remplir ces quatre conditions lorsqu'elles entrent en contact pour la première fois avec la communauté. J'ai l'impression que la formation humaine et l'éducation chrétienne doivent mûrir en dehors du monastère. Lorsque de jeunes femmes se trouvent intéressées par la vie monastique on doit les encourager à poursuivre leurs études, au moins jusqu'au niveau secondaire, chez elles ou bien, en cas d'impossibilité, en participant aux sessions de nos soeurs actives. On sait d'expérience que le monastère n'est pas un endroit où l'on peut compléter son éducation.

Voici un extrait de la lettre que j'ai reçue d'une de nos moniales à la suite de ma lettre sur le pré-noviciat :

" Même ici, dans notre monastère, il est absolument certain que, nous aussi, nous aurions besoin d'un programme pour permettre à celles qui voudraient se joindre à nous de sonder sérieusement et plus longtemps leurs capacités avant d'entrer réellement à notre noviciat... La mère prieure le croit aussi fermement; mais nous ne voyons pas comment on pourrait y parvenir comme moniales... ".

Une fois convaincues de la nécessité d'une telle entreprise, le reste suivra. Surtout ne soyez pas pressées d'attirer des jeunes en clôture avant que vous et elles ayez rempli les quatre conditions énoncées par le Saint-Siège.

Aux deux questions du P. de Couesnongle, je crois que nous devons en ajouter une troisième :

c) Comment nous formons-nous nous-mêmes à accueillir des jeunes ?

Voilà un réel défi pour plusieurs de nos communautés. Si la formation initiale pose problème ici et là à cause du manque de formateurs nécessaires, comment pouvons-nous prétendre que nous sommes prêts à intégrer à la vie du monastère des jeunes qui viennent d'un monde si différent du nôtre ? Voici encore ce qu'en dit une d'entre vous :

" Je crois que nous, moniales, nous devons comme telles réfléchir sérieusement à l'avenir. J'ai l'impression qu'on pourra dire avoir de la chance si six ou sept de nos communautés peuvent survivre. Il nous faut prévoir entre temps beaucoup de besoins à court terme. Cependant, ne devons-nous pas faire des choix ? Privilégier certains monastères en fonction de l'avenir ? Par exemple, ne pourrait-on pas penser à désigner un monastère en particulier comme lieu de formation, deux ou trois autres comme maisons de soins pour les soeurs âgées, un autre comme centre de communication et de publication pour nos communautés ? "

Il me semble que si vous, nos moniales dominicaines, désirez "promouvoir la vie dominicaine contemplative selon les conditions de chaque époque" (LCM 181), vous ne pouvez éviter cette troisième question.

Noviciat et juniorat

Dans mon rapport au Chapitre de Oakland, je disais :

" Le noviciat est une période qui offre au novice le lieu et le temps nécessaire à l'acquisition d'une profonde expérience de Dieu. C'est là qu'on doit prendre conscience de l'amour de Dieu et recevoir cet amour ainsi que la fidélité qu'il commande. La séparation qui a toujours existé entre le noviciat et le reste de la maison n'est pas sans valeur. On doit bien faire attention à ce que les novices ne soient pas surchargés par les tâches de la maison ". (Acta p. 117)

Sur le même sujet, je posais aux provinces d'autres questions qui peuvent s'adresser à vous aussi. Par exemple :

1. Votre monastère a-t-il des formatrices en nombre et en qualité suffisantes

2. Les besoins des personnes en formation sont-ils pour vous de la première importance ?

3. Avez-vous un sérieux programme de formation ?

4. Avez-vous suffisamment confiance dans les autres monastères, pour ce que vous pourriez leur apporter ou ce que vous pourriez en recevoir ?

Alors que la plupart des monastères ont de la difficulté à surmonter les exigences dont on vient de parler, les fédérations ou les groupes de monastères peuvent le faire.

On ne peut pas considérer les jeunes uniquement comme celles qui nous permettent de maintenir le noviciat ou d'assurer le travail nécessaire au bon ordre de la communauté. Elles ont besoin de compagnes pour poursuivre avec elles la même expérience. Lorsque je vois qu'on tient à la séparation complète entre une ou quelques novices avec leur maîtresse des novices dans le noviciat, je me demande si nous comprenons vraiment les exigences de la formation aujourd'hui.

Dans son introduction au livre des Constitutions de 1930, le P. Martin Gillet, alors Maître de l'Ordre, soulignait l'importance de la formation et de l'étude comme prérequis à la vie contemplative dominicaine:

" Il ne s'agit pas de remplir les monastères d' intellectuelles, pas plus que de soutenir que, dans la vie contemplative, la science l'emporte sur l'amour. Ce serait désastreux Non, on ne parle pas d'intellectuelles, mais de religieuses instruites qui désirent connaître Dieu le mieux possible, afin de l'aimer davantage; et de l'aimer davantage afin de Le connaître plus intimement ".

Combien de monastères pris individuellement peuvent offrir cette formation essentielle aujourd'hui ?

Prêcher l'espérance

Le Chapitre général de Oakland nous rappelle que "nous n'avons pas de raison valable d'intervenir par la parole si notre propos ne réveille pas l'espérance ou ne lui donne pas une nouvelle vigueur" (4 3,IV). L'immense variété des saints de l'Ordre de Prêcheurs démontre qu'il existe plusieurs façons de remplir notre mission de prêcheurs. Le Pape Paul VI écrivait dans Evangelii Nuntiandi :

" Pour l'Église, le témoignage dune vie authentiquement chrétienne, livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre mais également donnée au prochain avec un zèle sans limite, est le premier moyen d'évangélisation " (no. 41).

C'était là la vision de saint Dominique et de plusieurs de nos saints. La vie d'une moniale contemplative est d'abord une vie qui prêche par son témoignage.

Vous pouvez aussi prêcher en paroles lorsque vous partagez votre foi avec une autre ou avec la communauté et encore dans les contacts personnels de votre correspondance ou de vos rencontres. (cf. Evangelii Nuntiandi, dans la section consacrée aux moyens d'évangélisation). Le Père Chenu disait un jour:

" On peut entrer dans l'Ordre des Prêcheurs par deux portes différentes: celle de l'apostolat et celle de la contemplation. Je suis entré dans l'Ordre par la porte de la contemplation et au long des années j'ai découvert la dimension apostolique du charisme dominicain ".

Dans ses dernières années il posait la question: l'Ordre a-t-il encore sa chance ? Avec un optimisme remarquable il disait :

" La chance de l'Ordre, elle est en ceci que, là où l'Église doit courir sa chance, dans un monde en mutation si rapide et radicale, l'Ordre trouve sa raison d'être. La chance de l'Ordre c'est l'actualité même de l'Église. Nous sommes nés dune rencontre, d'un affrontement de l'Église et du monde - un monde déjà " moderne " - ; ce fut alors, en action, et plus encore en pensée, un défi. Nous lavons relevé joyeusement, par le mouvement même de notre nature. Soyons fidèles à notre nature ".

Je termine sur cette belle définition de votre vie par une moniale qui fut déjà membre d'une de nos Congrégations actives :

"C'est depuis que je vis dans un monastère que j'ai compris davantage, comme Dominicaine, le sens du service des autres. Je suis ici afin d'offrir ma vie de prière pour le monde, et en particulier pour mes soeurs et frères dominicains. Je ne suis plus une Dominicaine engagée dans un apostolat personnel; je participe plutôt à tout l'apostolat dominicain. Ainsi je perçois plus vivement le pouls de la souffrance et de la joie à l'intérieur de notre famille."

 

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St. Mary's Parish:
téléphone: (604) 435-9611

Notre mission

Nos Constitutions définissent notre mission de la manière suivante :

L’Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique fut, on le sait, dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes.

Notre mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus-Christ par la parole et par l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection.

 

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