PROVINCE SainT DOMINIQUE

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Dominicans of Canada

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Fêtes du centenaire 2011-2012

 

DISCOURS D'INAUGURATION DES FÊTES DU CENTENAIRE
SAINT-HYACINTHE 1er OCTOBRE 2011

Fr. André Descôteaux, o.p.
Prieur Provincial

Cent ans! Cent ans d’une aventure qui avait débuté en 1873 à Saint-Hyacinthe. Je crois qu’il est très important, pour nous, les Dominicains, de signifier à l’Église de Saint-Hyacinthe, et à vous, Mgr Lapierre, qui en êtes le pasteur, toute notre gratitude pour nous avoir si généreusement accueillis dans le passé et pour continuer de le faire.

L’accueil que votre diocèse a offert aux Dominicains, au XIXe siècle, a été d’un tout autre ordre qu’une simple réponse au désir de religieux français de notre Ordre souhaitant venir s’établir ici. Au contraire, depuis des années, la présence des Dominicains était souhaitée. C’est Mgr Jean-Charles Prince, premier évêque de Saint-Hyacinthe, de concert avec l’abbé Joseph Raymond, qui entreprit une offensive de lettres auprès du maître de l’Ordre des prêcheurs. C’est dans le cœur de l’abbé Raymond qu’il faut chercher la plus ancienne racine de l’idée d’une fondation dominicaine au Canada, partageant avec Lacordaire, mais aussi avec Lamennais et Montalembert, l’idéal de la liberté. Merci aux autorités du diocèse de n’avoir jamais désespéré et surtout merci d’avoir accompagné les frères tout au long de leur présence ici!

Merci également aux paroissiens de la paroisse Notre-Dame-du-Rosaire! Il y a longtemps que les dominicains et vous formez une communauté chrétienne célébrant le Christ ressuscité et témoignant de sa parole de vie.

Si je salue avec joie et reconnaissance l’Église de Saint-Hyacinthe, mon regard se porte tout naturellement vers le frère Jean-Paul Vesco, prieur provincial de la Province de France. Il représente, au milieu de nous, notre province mère. Il y a près de 150 ans, des frères ont quitté la douce France pour venir dans une contrée inconnue. Ces bâtisseurs se sont adaptés à ses gens, à sa culture, à son climat. Sans eux, nous ne serions pas ici.

Si une province est heureuse de donner la vie à une autre entité et si elle se réjouit que celle-ci devienne à son tour une province, le passage à l’état de province n’est pas toujours évident pour tous. Je me permets de citer un extrait d’une lettre écrite en 1901 par le frère Louis Bourgeois, provincial de France, au Maître de l’Ordre, dix ans avant la création de la province canadienne.

« Les supérieurs des autres congrégations nous avertissaient bien par leurs paroles et leurs exemples qu'il ne convient de donner l'autorité aux Canadiens que par mesure. C'est ainsi que Saint-Sulpice a toujours eu, depuis deux siècles, un supérieur général français. Les Jésuites, les Oblats, les Rédemptoristes de même ont gardé l'autorité entre les mains des Français. […] Je tiens à dire que, à notre point de vue, je serais enchanté de nous voir débarrassés du boulet que nous traînons depuis plusieurs années. […] Si le résultat doit être de nous rendre notre liberté, je suis sûr que tout le monde chez nous en sera ravi. Les difficultés qui nous viennent de là sont les cauchemars de tous les provinciaux. Mais pour l'œuvre elle-même, ce sera plus que jamais le cas de dire : à la grâce de Dieu! »

Ah! Ces Canadiens rebelles! Jean-Paul, excuse-moi cette taquinerie! Provincial, je vis, comme mes prédécesseurs, les tensions normales entre une jeune entité en pleine croissance et sa mère! Les crises de croissance ne sont jamais faciles. Mais elles rendent souvent possible la créativité, l’audace et le développement.

Sérieusement, les frères de la Province canadienne sont conscients de tout ce qu’ils doivent à ces frères des premières générations : entre autres choses, un sens aigu de la mission. Si les frères français se sont établis à Saint-Hyacinthe, c’était dans le but d’essaimer à partir de là. Ils rêvaient du Québec et des États-Unis. Le frère Robillard, dans sa conférence, a bien montré les réticences d’autres diocèses à accueillir les Dominicains. Mais ils ne lâchèrent pas. Ils s’implantèrent bientôt à Ottawa, Québec, et, finalement, à Montréal. Mais il ne faut pas oublier ce grand crochet par la Nouvelle-Angleterre. Alors qu’ils souhaitaient s’établir dans le diocèse de Boston, le refus de l’évêque les a obligés à regarder vers le Maine. C’est ainsi que quelques frères arrivèrent en 1881 à Lewiston. De là, trois frères allèrent s’établir en 1887 à Fall River dans l’État du Massachusetts.

L’esprit missionnaire. L’esprit d’aventure. Dès les origines, les Dominicains d’ici ont été fidèles à cette injonction de saint Dominique : « Le grain que l’on sème fructifie, il pourrit quand on l’entasse ». Ainsi, avons-nous vu très tôt dans l’histoire de notre Province des frères partir pour le Japon. Le Père Langlais, deuxième provincial, écrivait en 1927 : « La demande au Saint-Siège d’une mission en pays infidèle ouvre à notre apostolat le champ illimité de la sainte prédication universelle. Notre jeune province s’empresse de vouloir prendre le pas avec les provinces anciennes dans la voie des meilleures traditions de l’Ordre ». Ainsi, arrivèrent à Nakodaté, au Japon, le 1er juin 1928, une équipe de quatre frères canadiens. En 1931, le frère Marie-Joseph Lemieux devenait évêque de Sendaï et, en même temps, le plus jeune évêque de l’Église catholique.

En 1948, en réponse à une demande du Maître de l’Ordre, le frère Emmanuel Suarez, trois dominicains s’embarquèrent pour le Portugal afin de restaurer la province du Portugal dont le premier couvent remontait à 1218, mais qui s’éteignit en 1834. Le premier provincial de la province restaurée ne sera nul autre qu’un frère canadien, le frère Louis-Marie Sylvain. C’était l’aboutissement de quatorze années de labeur acharné.

À la demande d’aide de Mgr Perraudin, évêque au Rwanda, quelques frères partirent pour le Rwanda en 1959. À la même époque, le président de la République du Rwanda cherchait quelqu’un pour ouvrir à Butare une université nationale. C’est alors que le frère Georges-Henri Lévesque, fondateur de la faculté des sciences sociales de l’Université Laval, prit en charge ce projet. Il fut le premier recteur de l’Université inaugurée en 1963.

Encore aujourd’hui, des frères canadiens quittent leur pays pour se retrouver au Japon, au Rwanda, au Burundi et même en Chine populaire. Notre Province a manifestement hérité de ce beau trait de sa province mère, l’esprit missionnaire inscrit si puissamment dans les gênes même de l’Ordre.

Si ce souci pour la mission universelle nous a été transmis par la Province de France, je ne peux passer sous silence le thème qu’a si bien développé le frère Robillard dans sa conférence : une certaine vision du christianisme portée par le Père Lacordaire. Un christianisme ouvert aux changements qui marquèrent l’Europe du siècle des Lumières et de la Révolution française.

Alors que j’interviewais un professeur de l’Institut de pastorale, le frère Gaston Raymond, j’ai été surpris de constater que, même avant le Concile, la Province portait en elle des attentes qui trouveraient leur accomplissement dans le Concile Vatican II. L’Institut de pastorale, qui vient de célébrer son cinquantième anniversaire, a été précédé par l’École de prédication de Québec. Qui y rencontrait-on à l’époque? Des Dominicains soucieux d’une parole percutante et ouverte à la nouvelle réalité sociale du Québec qui émergeait. Ils n’hésitaient pas à s’associer à des croyants comme le sociologueFernand Dumont. C’est toujours le même esprit qui habite l’Institut. Je peux, bien modestement, dire toute ma fierté de la collaboration qui a récemment pris la forme d’un partenariat entre l’Institut de pastorale et l’Église de Saint-Hyacinthe.

Cet esprit d’ouverture a été entretenu par les liens serrés qui se sont maintenus entre la province du Canada et la province de France. Plusieurs des nôtres ont étudié au Saulchoir. Que de frères français sont venus enseigner au Canada! Je pense ici aux Chenu, Congar, Ducatillon, Duval, Geiger, Liégé, et à tant d’autres. Alors que je demandais au frère Benoît Lacroix, qui est presque aussi âgé que la Province, de me donner des noms de frères français passés au Canada, il m’a rappelé de ne pas oublier de mentionner les Canadiens qui sont allés en France et au premier chef, lui-même, spécialiste en études médiévales, qui a enseigné à l’Université de Caen.

Je ne pourrais évoquer cet esprit d’ouverture et de liberté, sans mentionner le Père Georges-Henri Lévesque auquel j’ai déjà fait allusion. Jeune professeur, dans les années trente, il donna une conférence où il soutenait que si l’obéissance est chrétienne, la liberté, elle, vient de Dieu. C’est lui qui a fondé, comme je l’indiquais précédemment, la faculté des Sciences sociales de l’Université Laval. C’est lui qui soutenait qu’un syndicat n’avait pas besoin d’être catholique. Lors de l’inauguration du buste érigé en son honneur à l’Université Laval, deux des principaux orateurs, Bernard Landry, alors premier ministre du Québec, et Stéphane Dion, ministre fédéral dont le père avait enseigné les sciences politiques à la même université, se posaient une question identique: « Comment se fait-il qu’un prêtre catholique, un “curé”, comme on dit, ait été si à l’avant-garde de son temps? » Leur réponse : sa foi. Réponse qui me semble très juste et qui mérite toutefois d’être complétée comme le Père Lévesque l’aurait fait : l’Ordre auquel il appartenait. Je l’entends encore me dire : « J’ai toujours été soutenu par ma Province et par l’Ordre quand j’ai été dénoncé et attaqué ». Il a trouvé au cours de sa formation des maîtres qui, enseignant la pensée de Thomas d’Aquin, ne l’ont pas enfermé dans les perspectives de la scholastique du Moyen-Âge, mais qui lui ont permis d’entrer en dialogue avec son temps. Il a trouvé des supérieurs qui l’ont incité à se lancer dans des domaines nouveaux aux yeux des frères de sa province.

Je m’en voudrais de terminer sans mentionner certains de nos grands prédicateurs comme le père Marcel-Marie Desmarais. Dans un christianisme trop souvent marqué par le jansénisme, il a cherché à éclairer la vie des fidèles par la joie et la liberté de l’Évangile en ayant recours à des images simples et percutantes. Je pourrais poursuivre longtemps encore autant sur le père Desmarais que sur plusieurs autres éminents prédicateurs. Mais le temps se fait court.

Connaissant quelques provinces dans l’Ordre, je peux dire que nous sommes devenus ce que nous sommes certainement parce que nous avons été fondés par la province de France, elle-même marquée par l’esprit de Lacordaire. Je suis convaincu que si une autre Province était venue ici, nous n’aurions pas retrouvé cette manière qui nous est propre d’appréhender la foi et de l’annoncer.

Je souhaite que, fidèles à l’esprit de nos origines, nous n’ayons pas peur du grand large. Même si la Province a déjà été plus nombreuse qu’elle ne l’est maintenant, l’appel de la mission se fait encore entendre. L’accueil réservé présentementà la foi peut décourager, mais restons ouverts au souffle de l’Esprit. Sachons, comme nos devanciers, reconnaître les signes des temps et surtout sachons, comme eux, entendre la soif de tant d’hommes et de femmes qui aspirent à la vie, à la vérité et à la liberté. Merci.

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Notre mission

Nos Constitutions définissent notre mission de la manière suivante :

L’Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique fut, on le sait, dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes.

Notre mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus-Christ par la parole et par l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection.

 

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